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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400544

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400544

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400544
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU étrangers 6 semaines
Avocat requérantABDELLI - ALVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Abdelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet du Doubs lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas de non-respect de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à l'expiration de ce délai et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 24 avril 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Besançon a désigné M. Pernot pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pernot, premier conseiller,

- et les observations de Me Abdelli, représentant Mme B, qui s'en rapporte à sa requête.

Le Préfet du Doubs n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise, née le 22 février 1985, est entrée régulièrement sur le territoire français le 20 mars 2022, sous couvert d'un visa C court séjour valable du 11 février au 28 mars 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rendue le 29 septembre 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 21 février 2024. Par un arrêté du 8 mars 2024, le préfet du Doubs a retiré l'attestation de demande d'asile délivrée à Mme B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Mme B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

3. Si le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est opérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination d'un étranger, il ne peut en revanche être utilement invoqué au soutien de conclusions dirigées contre la décision d'obligation de quitter le territoire français elle-même qui, en vertu de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est une décision distincte de celle fixant le pays de renvoi. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de la requérante a été rejetée par des décisions de l'OFPRA et de la CNDA et l'intéressée n'apporte aucune explication précise ni aucun élément complémentaire tendant à démontrer le caractère réel, personnel et actuel des risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. En l'espèce, d'une part, Mme B n'a été autorisée à se maintenir sur le territoire français depuis deux ans à la date de l'arrêté attaqué, que de manière précaire et provisoire le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Célibataire et mère d'une enfant mineure, la requérante ne justifie pas d'attaches privées ou familiales en France, ni en être dépourvue dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu l'essentiel de son existence et où selon ses déclarations résident son père, ses deux frères ainsi que ses deux sœurs. D'autre part, le certificat médical produit par la requérante n'est pas suffisant pour démontrer la gravité de son état de santé, ni l'impossibilité, si tel était le cas, d'accéder aux soins nécessaires dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 5, la décision contestée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

7. Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

9. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En second lieu, compte tenu de la présence récente en France de Mme B, de l'absence de toute attache privée ou familiale et de circonstances humanitaires, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an quand bien même l'intéressée ne constituerait pas une menace à l'ordre public et n'aurait pas été l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen développé en ce sens doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme B aux fins d'annulation de l'arrêté du 8 mars 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens de l'article L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le magistrat désigné,

A. Pernot

La greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2400544

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