mercredi 3 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400575 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mars 2024, Mme A D épouse B, représentée par Me Jacquin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;
2°)d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a assignée à résidence dans le département de la Haute-Saône pour une durée de quarante-cinq jours, et l'a astreinte à se présenter tous les jours de la semaine, y compris les jours fériés, à 9h00 à la gendarmerie de Luxeuil-les-Bains, à demeurer à son domicile de 14h00 à 16h00 tous les jours, et à ne pas sortir du département sans autorisation de ses services ;
3°)d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou " salariée " sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette même notification et dans les mêmes conditions d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des moyens communs aux arrêtés contestés :
- ils ont été signés par une autorité incompétente ;
- ils sont entachés d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été placée en retenue administrative pendant plus de sept heures avant que les arrêtés lui soient notifiés.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Haute-Saône s'est abstenu de saisir la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a été incarcérée qu'une seule fois et qu'elle n'aurait pas dû faire l'objet d'une incarcération ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour pour une durée de cinq ans :
- elle est disproportionnée.
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Haute-Saône ne pouvait prendre cette décision alors qu'elle a déjà fait l'objet d'une assignation à résidence le 10 juillet 2023.
S'agissant de la décision fixant les modalités de l'assignation à résidence :
- la fréquence de son obligation de présentation et l'obligation qui lui est faite de demeurer à son domicile tous les jours de 14h à 16h sont disproportionnées ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas tenu compte des impératifs de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que l'injonction soit limitée au réexamen de sa situation et à ce que la somme mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soit limitée à 300 euros.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D épouse B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Kiefer, conseillère, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Kiefer, conseillère, a donné lecture de son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse B, ressortissante arménienne née le 13 mars 1989, entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2008, a sollicité l'asile à plusieurs reprises en 2008, 2011 et 2012. Ses demandes ont toutes été rejetées. L'intéressée a également fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement qui, pour l'essentiel, n'ont pas été exécutées en dépit du rejet des recours formés devant les différentes juridictions administratives compétentes. Le 17 janvier 2023, le préfet de la Haute-Saône a pris à l'encontre de Mme D épouse B un nouvel arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 2300534 du tribunal administratif de Besançon du 29 juin 2023. Enfin, en dernier lieu, par deux arrêtés du 25 mars 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Haute-Saône l'a obligée à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, l'a assignée à résidence dans le département de la Haute-Saône pour une durée de quarante-cinq jours, et l'a astreinte à se présenter tous les jours de la semaine, y compris les jours fériés, à 9h00 à la gendarmerie de Luxeuil-les-Bains, à demeurer à son domicile de 14h00 à 16h00 tous les jours, et à ne pas sortir du département sans autorisation de ses services.
Sur les moyens communs aux arrêtés contestés :
2. En premier lieu, par un arrêté du 16 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Saône sous le numéro n° 70-2023-10-16-00007, le préfet de la Haute-Saône a donné délégation à M. C, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et des libertés publiques, pour signer les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 812-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les contrôles des obligations de détention, de port et de présentation des pièces et documents prévus à l'article L. 812-1 peuvent être effectués dans les situations suivantes : / 1° En dehors de tout contrôle d'identité, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger ; ces contrôles ne peuvent être pratiqués que pour une durée n'excédant pas six heures consécutives dans un même lieu et ne peuvent consister en un contrôle systématique des personnes présentes ou circulant dans ce lieu ; / 2° A la suite d'un contrôle d'identité effectué en application des articles 78-1 à 78-2-2 du code de procédure pénale, selon les modalités prévues à ces articles, si des éléments objectifs déduits de circonstances extérieures à la personne même de l'intéressé sont de nature à faire apparaître sa qualité d'étranger ; / 3° En application de l'article 67 quater du code des douanes, selon les modalités prévues à cet article ". Aux termes de l'article L. 813-3 du même code : " L'étranger ne peut être retenu que pour le temps strictement exigé par l'examen de son droit de circulation ou de séjour et, le cas échéant, le prononcé et la notification des décisions administratives applicables. La retenue ne peut excéder vingt-quatre heures à compter du début du contrôle mentionné à l'article L. 812-2. / Dans le cas prévu à l'article L. 813-2, la durée de la retenue effectuée aux fins de vérification d'identité en application de l'article 78-3 du code de procédure pénale s'impute sur celle de la retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour ".
4. Les mesures de contrôle et de retenue que prévoient ces dispositions sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l'étranger de quitter le territoire français ou décide son placement en rétention administrative. Ainsi, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle qui a, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière. Par suite, les conditions dans lesquelles Mme D épouse B a été contrôlée et retenue en application des dispositions précitées sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la retenue dont elle a fait l'objet doit être écarté comme étant inopérant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / () ".
6. La décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Haute-Saône a fait application pour obliger Mme D épouse B à quitter le territoire français. Elle indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Saône s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou règlementaire, ni aucun principe, n'imposait au préfet de consulter la commission du titre de séjour avant d'obliger Mme D épouse B à quitter le territoire français.
8. En troisième lieu, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D épouse B ait été incarcérée à deux reprises, contrairement à ce qu'indique le préfet de la Haute-Saône dans la décision contestée, cette erreur de fait n'a pas d'incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse B a fait l'objet d'une condamnation pénale par le tribunal correctionnel d'Albertville le 15 avril 2022 à un emprisonnement délictuel de trois ans assorti à hauteur d'un an d'un sursis probatoire pendant deux ans, pour des faits de détention frauduleuse de plusieurs faux documents administratifs, d'exécution en bande organisée d'un travail dissimulé, d'escroquerie réalisée en bande organisée, d'usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation, et de blanchiment par concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit de fraude fiscale aggravée, commis entre janvier 2012 et janvier 2016. A supposer même que ces faits, commis plus de huit ans avant la décision attaquée, ne puissent suffire à caractériser une menace pour l'ordre public au sens des dispositions précitées, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Saône s'est également fondé sur les dispositions des 1°, 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger la requérante à quitter le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public doit être écarté.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
12. Une étrangère ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque la loi prescrit qu'elle doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.
13. Mme D épouse B soutient qu'elle remplit les conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa fille, née le 5 novembre 2010 à Chambéry, est de nationalité française. Toutefois, Mme D épouse B se borne à verser au dossier un récépissé de déclaration du 17 janvier 2024 indiquant qu'elle-même et son époux ont sollicité, au nom de leur fille, la qualité de française en vertu des dispositions de l'article 21-11 du code civil. Ainsi, en l'absence d'autres éléments, à la date de la décision attaquée, elle ne peut être regardée comme étant française. Dans ces conditions, la requérante ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français en application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen doit être écarté.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
15. Mme D épouse B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2008, de son insertion associative, de liens personnels forts tissés en France et de la scolarisation et l'insertion sociale de ses trois enfants nés en France, nés respectivement les 5 novembre 2010, 5 janvier 2013 et 13 décembre 2014. Toutefois, la seule perspective d'insertion professionnelle dont fait état l'intéressée est une promesse d'embauche datée du 25 février 2022, valable quinze jours. Par ailleurs, Mme D épouse B ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale ou personnelle en Arménie, pays dans lequel elle a vécu pendant une vingtaine d'années et où la cellule familiale peut se reconstituer dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que son époux, de nationalité arménienne, fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français et n'a donc pas vocation à séjourner en France. Dans ces conditions, et alors même que la requérante démontre avoir tissé des liens sur le territoire français, le préfet de la Haute-Saône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
17. Il ressort des pièces du dossier que Mme D épouse B a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé pour quitter le territoire français. Pour fixer à cinq ans la durée de l'interdiction de retour, le préfet de la Haute-Saône a notamment relevé, conformément à l'article L. 612-10 de ce code, que l'intéressée ne justifie pas de liens forts et anciens sur le territoire français, hormis son époux et ses enfants, que son époux n'a pas vocation à séjourner en France, que leur cellule familiale, formée d'eux-mêmes et de leurs trois enfants, peut se reformer en Arménie, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie, qu'elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans ce pays, qu'elle s'est soustraite à de précédentes mesures d'éloignement et enfin qu'elle a été condamnée le 15 avril 2022 à une peine d'emprisonnement par le tribunal correctionnel d'Albertville. Eu égard à ces seuls éléments, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Haute-Saône a pu prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.
Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :
18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
19. L'arrêté par lequel le préfet de la Haute-Saône a décidé d'assigner Mme D épouse B à résidence comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour prendre cette décision, au regard des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en ce qui concerne l'existence d'une perspective raisonnable. S'il ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de la requérante, il lui permet de comprendre les motifs de la décision qui lui est opposée. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence serait insuffisamment motivée doit être écarté.
20. En second lieu, il ne ressort pas des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une seule assignation à résidence puisse être édictée par l'autorité administrative lorsqu'un étranger fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire français prises moins de trois ans auparavant.
Sur la légalité de la décision fixant les modalités de l'assignation à résidence :
21. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article L. 733-2 du même code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
22. Les mesures contraignantes prises par le préfet à l'encontre d'une étrangère assignée à résidence sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui limitent l'exercice de la liberté d'aller et venir de l'intéressée, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent.
23. Pour soutenir que les modalités de son assignation à résidence sont disproportionnées, Mme D épouse B indique qu'il n'est pas aisé pour elle de se rendre tous les jours à la gendarmerie alors qu'elle doit s'occuper de ses trois enfants et notamment les emmener et les chercher à l'école. Toutefois, alors que les écoles de ses enfants semblent toutes situées à moins de vingt minutes à pied de la gendarmerie de Luxeuil-les Bains et qu'elle ne précise pas les horaires d'entrée et de sortie d'école de ses enfants, en l'absence d'autres éléments, les obligations faites à la requérante ne peuvent être regardées comme excédant ce qui est nécessaire, adapté et proportionné à leur nature et à leur objet, dont l'objectif est de s'assurer qu'elle n'a pas quitté le périmètre dans lequel elle est assignée à résidence. Par ailleurs, pour les mêmes motifs, le préfet de la Haute-Saône ne peut être regardé comme s'étant abstenu de tenir compte des impératifs de sa vie privée et familiale en l'astreignant à demeurer à son domicile tous les jours de 14h00 et à 16h00, et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 733-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D épouse B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de Mme D épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse B et au préfet de la Haute-Saône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.
La magistrate désignée,
L. KieferLa greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
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