jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400589 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Garcia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de fait au regard de ces dispositions ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 732-1 et L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la seule circonstance qu'une personne fasse l'objet d'une mesure d'éloignement ne justifiant pas à elle-seule son assignation à résidence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui apporte une restriction considérable à la liberté d'aller et venir ;
- elle porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, qui constitue une liberté fondamentale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, aucune garantie de représentation effective de la requérante n'étant établie par le préfet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Diebold pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Diebold, première conseillère, a donné lecture de son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 21 mars 1993, est entrée irrégulièrement sur le territoire français en 2020 selon ses déclarations. Par un arrêté du 17 février 2023, le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pendant une durée de deux ans sur le territoire français. Par un arrêté du 28 janvier 2024, le préfet du Territoire de Belfort lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pendant une durée d'un an sur le territoire français. Par un arrêté du 28 mars 2024, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Territoire de Belfort l'a assignée à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
3. L'arrêté contesté portant assignation à résidence prévoit que Mme B est assignée à résidence dans le Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours, qu'elle devra se présenter à 8 h 30 au commissariat de police de Belfort, chaque jour de la semaine du lundi au vendredi, sauf les jours fériés, afin de faire constater le respect de la mesure. Si Mme B produit une attestation d'hébergement établie le 30 janvier 2024 par une personne vivant à Montbéliard, elle ne saurait être regardée comme permettant de justifier à elle seule d'une résidence stable en l'absence d'autres éléments circonstanciés. La requérante n'établit pas davantage l'avoir portée à la connaissance de l'administration avant que l'édiction de l'arrêté concerné n'intervienne. Il ressort à l'inverse des pièces du dossier que, même si la requérante allègue résider à Montbéliard dans le Doubs, la décision contestée est intervenue à la suite de son interpellation par les services de police du Territoire de Belfort, et l'arrêté du 17 février 2023 était intervenu à l'issue de son interpellation dans le Doubs, à l'occasion de laquelle elle avait déclaré être domiciliée à Villeurbanne. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige, qui détermine le périmètre dans lequel elle est autorisée à résider et circuler et l'assigne à résidence dans le département du Territoire de Belfort méconnaît les dispositions visées au point précédent ni qu'il serait entaché d'une erreur de fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il vise l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'obligation de quitter le territoire dont Mme B a fait l'objet par un premier arrêté du 17 février 2023 puis par un second en date du 28 janvier 2024, précise qu'elle ne peut quitter immédiatement le territoire français en l'absence de détention de document d'identité ou de voyage en cours de validité, mais que l'exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable. Ainsi, il comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de cet arrêté doit donc être écarté. Par ailleurs, la requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 751-2 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux seuls demandeurs d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient Mme B, la règle édictée par l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas contraire aux dispositions législatives de l'article L. 732-1 de ce code, qui reprend en partie les anciennes dispositions de son article L. 561-1 et les modalités d'assignation prévues, qui sont précisées dans le cadre de l'assignation à résidence, n'apportent pas à la liberté d'aller et venir une restriction contraire à la loi. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, et compte tenu de ce qui a été dit au point 3, Mme B, qui ne fait état d'aucune contrainte personnelle faisant obstacle aux présentations détaillées au point 3, n'est pas fondée à soutenir que ces mesures de surveillance portent une atteinte grave et illégale à sa liberté d'aller et venir.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ". Aux termes de l'article L. 731-2 de ce même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3 () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
9. En l'espèce, si Mme B soutient que le préfet a méconnu ces dispositions, et a commis une erreur d'appréciation et de fait en prononçant la mesure en litige, ce en l'absence de toute garantie de représentation effective de sa part et alors qu'elle justifie être hébergée dans un autre département, elle ne conteste toutefois pas s'être soustraite à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement, mentionnées au point 1. Par ailleurs, le fait qu'elle soutienne ne pas disposer de garanties de représentation effective, tout en affirmant également de manière contradictoire être hébergée par une tierce personne dans un autre département, n'est pas de nature à empêcher le préfet de prendre une mesure d'assignation à résidence. Enfin, l'intéressée n'apporte aucun élément pertinent et suffisamment étayé s'agissant de son lieu de résidence à la date de la décision attaquée. Par suite, les moyens relatifs à la méconnaissance des dispositions visées au point précédent, à une erreur d'appréciation et une erreur de fait doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Territoire de Belfort.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.
La magistrate désignée,
N. DieboldLa greffière,
C. Chiappinelli
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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