jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400593 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2024, M. A B, représenté par Me Lutz, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter tous les jours à 9 heures dans les locaux de la gendarmerie de Marnay ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- dès lors qu'il est dans l'impossibilité de conduire régulièrement un véhicule et que sa compagne travaille, l'obligation de présentation quotidienne aux services de gendarmerie de Marnay est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- dès lors que sa commune de domiciliation est située à la limite du département du Doubs, l'interdiction de sortir du département de la Haute-Saône est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, le préfet de la Haute-Saône demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de M. B ;
2°) à titre subsidiaire, en cas d'annulation de la décision contestée, de limiter l'injonction prononcée au réexamen de la situation du requérant et les frais liés au litige susceptibles d'être mis à sa charge à la somme de 300 euros.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Diebold pour statuer sur les litiges relevant de l'article L. 614-9 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- les observations de Me Lutz, représentant M. B, qui reprend l'argumentation de la requête en soulignant que les moyens de la requête portent sur les horaires de présentation imposés au requérant et non sur la mesure d'assignation à résidence elle-même, qu'il a respecté la première mesure d'assignation à résidence, que l'obligation de se présenter tous les matins à 9 heures à la gendarmerie de Marnay constitue une erreur d'appréciation, sa compagne travaillant à Besançon et devant déposer ses enfants à l'école, elle ne sera pas en mesure de l'y conduire journalièrement, et qu'il conviendrait davantage de prévoir des modalités de présentation adaptées à sa situation, selon un rythme hebdomadaire.
Le préfet de la Haute-Saône n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant albanais né le 4 août 1989, est arrivé en France le 1er décembre 2018, selon ses déclarations. Le 21 octobre 2023, il a fait l'objet d'un contrôle routier à l'issue duquel il a été invité à se présenter aux services de gendarmerie, le 27 octobre 2023, afin de justifier de son droit de conduire sur le territoire français. Ne disposant pas d'un permis de conduire valide en France, il a été placé en garde à vue le 27 octobre 2023. Par deux arrêtés du même jour, le préfet de la Haute-Saône lui a, d'une part, fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence durant quarante-cinq jours. Par une décision du 31 octobre 2023, le tribunal administratif de Besançon a annulé l'obligation qui avait été faite à M. B, par cet arrêté, de se présenter chaque jour à 10 heures aux services de la gendarmerie nationale de Marnay dans le cadre du contrôle de cette mesure. Le 28 mars 2024, M. B a fait l'objet d'un contrôle routier puis d'une garde à vue pour des faits de conduite d'un véhicule sans être titulaire d'un permis de conduire. Par un arrêté du 28 mars 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Haute-Saône l'a assigné à résidence durant quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". En application de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
3. Si M. B fait tout d'abord valoir dans ses écritures que la commune dans laquelle il a été assigné à résidence se trouve à proximité du département du Doubs, dans lequel il pourrait être amené à se déplacer, il ne démontre pas davantage qu'il puisse lui être nécessaire et impératif de se déplacer à destination de ce département. Cet élément ne faisait donc pas obstacle à ce que le préfet de la Haute-Saône puisse légalement lui faire interdiction de sortir du département de la Haute-Saône sans autorisation durant la mesure d'assignation à résidence sur le fondement du 1° de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Le requérant fait ensuite valoir qu'il n'est pas en mesure de respecter l'obligation qui lui est faite de se présenter tous les jours à 9 heures à la gendarmerie de Marnay compte tenu de l'éloignement de sa résidence et de son absence de moyen de locomotion. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Saône, après avoir mentionné que le requérant n'a pas respecté la mesure d'éloignement prise à son encontre ni l'interdiction qui lui est faite de conduire sur le territoire français, a assigné à résidence le requérant en prévoyant qu'il devrait se présenter tous les jours à 9 heures à la gendarmerie de Marnay. Si le préfet fait valoir dans ses écritures que le requérant a été en mesure de respecter l'obligation qui lui avait été faite dans le cadre de la précédente mesure d'éloignement durant trois jours et soutient que le requérant a la possibilité de recourir à des transports en commun ou au covoiturage si sa compagne n'est pas en mesure d'assurer les trajets, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le requérant soit davantage en capacité de se présenter en ces lieux à 9 heures qu'à l'horaire précédemment fixé à 10 heures, pour lequel il avait été relevé qu'il n'était pas établi que sa compagne pourrait l'y conduire journalièrement, et non ponctuellement comme cela a pu être constaté durant cette période de trois jours, ni qu'il disposerait d'autres moyens de transport pour satisfaire à l'obligation de présentation journalière qui lui était faite.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'obligation qui lui est faite de se présenter chaque jour à 9 heures aux services de la gendarmerie nationale de Marnay dans le cadre du contrôle de la mesure d'assignation à résidence.
Sur les frais liés au litige :
6. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du préfet de la Haute-Saône une somme de 300 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : L'obligation qui a été faite par le préfet de la Haute-Saône à M. B, par l'arrêté d'assignation à résidence du 28 mars 2024, de se présenter chaque jour à 9 h 00 aux services de la gendarmerie nationale de Marnay dans le cadre du contrôle de cette mesure, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Saône.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 avril 2024.
La magistrate désignée,
N. DieboldLa greffière,
C. Chiappinelli
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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