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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400596

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400596

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU étrangers 6 semaines
Avocat requérantJOLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2024, M. A B, représenté par Me Jolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet du Jura l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas de non-respect de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir afin d'obtenir un titre de séjour mention vie privée et familiale ou, à défaut, un titre de séjour mention salarié ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Besançon a désigné M. Pernot pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Pernot, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 19 octobre 1975, est entré sur le territoire français le 11 août 2023 sous couvert d'un visa court séjour valable du 10 août 2023 au

24 septembre 2023. Le 18 mars 2024, il a fait l'objet d'un contrôle de police à l'occasion duquel il a été constaté qu'il s'était maintenu de façon irrégulière en France depuis la date d'expiration de son visa. Par un arrêté du 18 mars 2024, le préfet du Jura l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas de non-respect de ce délai. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il en résulte que M. B ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. B soutient que le préfet du Jura a méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il vit en France ponctuellement depuis plusieurs années, qu'il a mené un ensemble d'activités depuis son arrivée témoignant de sa volonté d'intégration et que ses enfants sont présents sur le territoire français. Toutefois, eu égard aux pièces produites, M. B ne réside pas avec ses enfants qui vivent avec leur mère et ne démontre pas qu'il serait dans l'incapacité d'entretenir des liens avec eux depuis l'Algérie. L'intéressé, qui n'a pas entrepris de démarche administrative pour régulariser sa situation, ne justifie ni de liens suffisamment anciens, stables et intenses sur le territoire français, ni d'une intégration sociale et professionnelle particulière, eu égard au fait qu'il ne bénéficie pas d'autorisation de travail et ne justifie pas de ressources légales ni de logement. Enfin, il n'établit pas être démuni d'attaches familiales en Algérie, pays dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside sa famille. Dans ces conditions, le préfet du Jura, en adoptant la décision attaquée, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

5. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 2 et 4, la décision contestée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mars 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens de l'article L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Jura.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le magistrat désigné,

A. Pernot

La greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2400596

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