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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400612

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400612

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400612
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, M. A C, représenté par Me Jacquin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence et qu'il est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est également entaché d'erreur de droit et comporte des obligations disproportionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, en cas d'annulation, à ce qu'il soit seulement ordonné le réexamen de la situation du requérant et la condamnation de l'Etat à 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Poitreau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique du 11 avril 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 26 août 1982, de nationalité arménienne, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 24 août 2010 avec son épouse et a déposé une demande d'asile. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) rendue le 29 décembre 2010, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 20 mars 2012. L'intéressé a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été rejeté par l'OFPRA le 19 juillet 2012 et par la CNDA le 3 septembre 2012. Le séjour sur le territoire français du requérant a été marqué par plusieurs mesures administrative d'éloignement qui ont toutes été confirmées par des décisions du juge administratif, en première instance, voire par le juge d'appel. Le requérant a également fait l'objet de condamnations pénales, en dernier lieu par jugement du 15 avril 2022 du tribunal correctionnel d'Albertville. Par un arrêté du 29 mars 2024, pris sur le fondement du 7° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Saône a assigné à résidence M. C dans le département de la Haute-Saône pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Aux termes de l'article 62 du même décret : " La décision d'admission provisoire est immédiatement notifiée à l'intéressé, () par () le greffier de la juridiction. Lorsque l'intéressé est présent, la décision peut être notifiée verbalement contre émargement au dossier ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. B D, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et des libertés publiques à la préfecture de la Haute-Saône, qui disposait d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Saône, par un arrêté n° 70-2023-10-16-00007 du 16 octobre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, l'autorisant expressément à signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En second lieu, l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ".

6. L'arrêté prononçant l'assignation à résidence du requérant comporte les considérations de droit, dont les mentions des dispositions citées au point 5, et les éléments de faits se rapportant à sa situation sur le territoire français. Par suite le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé ne peut qu'être écarté.

7. D'une part, le requérant ne conteste pas que le préfet de la Haute-Saône pouvait se prévaloir à son encontre des dispositions du 7° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce l'arrêté attaqué serait entaché d'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

8. D'autre part, l'arrêté attaqué impose au requérant de se présenter tous les jours de la semaine, y compris les jours fériés et chômés, à 14h30 à la gendarmerie de Luxeuil-les-Bains, et à demeurer à son domicile de 17h30 à 19h30 tous les jours et à ne pas sortir du département sans autorisation. Compte tenu, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, des refus systématiques du requérant de se conformer aux nombreuses décisions d'éloignement prises à son encontre, les obligations que comporte la mesure d'assignation à résidence attaquée ne sauraient être regardées comme disproportionnées au regard des objectifs assignés à ce type de mesure.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté en litige doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions aux fins présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Saône.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 avril 2024.

Le magistrat désigné,

G. PoitreauLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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