lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400613 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 avril 2024, M. A C, représenté par Me Colin-Elphege, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département du Doubs pendant quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- sa motivation ne fait pas apparaître que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, et en particulier de la possibilité qui lui était offerte de prendre à son égard une mesure de régularisation en tant que salarié ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 7 de la directive " retour " ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- son éloignement n'est pas une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive CE n° 2008/115 du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Poitreau, premier conseiller,
- les observations de Me Colin-Elphege, pour M. C,
- et les observations de Mme B, représentant le préfet du Doub.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 10 mai 1991, de nationalité tunisienne, après être entré en Italie à la fin d'octobre 2021 sous couvert d'un visa de quatre jours, est arrivé sur le territoire français en novembre 2021. L'intéressé a été interpellé, le 28 mars 2024, à la suite d'un contrôle de la gendarmerie de Morteau et n'a pas été en mesure de présenter un document justifiant un séjour régulier sur le territoire national. En conséquence, par deux arrêtés du 2 avril 2024, notifiés le même jour, le préfet du Doubs, d'une part, a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours. Ce sont ces deux arrêtés dont M. C demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 25-2024-01-29-00002 du 29 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Doubs a accordé à Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale de la préfecture, délégation à l'effet de signer l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré du défaut d'habilitation du signataire de l'acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision faisant au requérant obligation de quitter le territoire français, qui rappelle les éléments de fait mentionnés au point 1 et les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée, est suffisamment motivée et ne révèle aucun défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, l'obligation de motivation n'imposant pas de faire apparaître dans la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'il a pu être envisagé de régulariser la situation de l' étranger objet d'une telle mesure.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien- être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ".
5. En l'espèce le requérant, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, est entré en France en novembre 2021 et s'y est maintenu en situation irrégulière. Il ne justifie d'aucune relation familiale en France, si ce n'est des frères et sœurs avec lesquels il n'entretient pas de liens particuliers. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porterait atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que par les dispositions de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Pour les même raisons, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français procèderait d'une erreur manifeste quant à l'appréciation portée par le préfet sur les conséquences qu'est susceptible d'entraîner cette mesure sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a transposé les dispositions correspondantes de l'article 7 de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
7. L'arrêté attaqué mentionne, comme cela est rappelé au point 1, que le requérant s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration du visa de court séjour qui lui avait été délivré par les autorités italiennes. Par suite, le requérant ne peut pas sérieusement soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il ne lui accorde pas de délai de départ volontaire, ne serait pas motivé. Il apparaît également qu'eu égard à la durée du séjour en France du requérant en situation irrégulière, sans qu'il n'entreprenne aucune démarche en vue de régulariser sa situation, il ne peut pas sérieusement soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire n'était pas justifié au regard des dispositions précédemment citées au point 6.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
8. N'ayant pas démontré que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
9. En premier lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point 1, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence aurait été édicté par une autorité incompétente.
10. En deuxième lieu, n'ayant pas démontré que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence.
11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".
12. L'arrêté en litige prononce à l'encontre du requérant une interdiction du territoire français d'une durée d'un an. Il ressort des pièces du dossier que le requérant dispose d'un passeport délivré par les autorités dont il a la nationalité, de sorte que son éloignement du territoire français demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige procéderait d'un défaut examen particulier de sa situation personnelle, ni que la décision prononçant son assignation à résidence aurait été édictée en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 avril 2024.
Le magistrat désigné,
G. PoitreauLa greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
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