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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400655

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400655

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bouchoudjian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 du préfet du Doubs lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le même arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces versées au dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poitreau, premier conseiller,

- les observations de Me Bouchoudjian, pour M. B A, par lesquelles il fait valoir que deux sœurs de M. A vivent sur le territoire français dont l'une, qui dispose d'un passeport diplomatique, a fui le Sénégal récemment en raison de la situation politique prévalant dans ce pays. En cas d'éloignement de M. A à destination du Sénégal, il est à craindre qu'il soit exposé à des risques de traitement inhumains ou dégradants. M. A n'a pas pu faire valoir ses observations dès lors qu'il était placé en garde à vue.

- et les observations de M. C, pour le préfet du Doubs, qui précise que

M. B A fait l'objet d'une convocation devant le délégué du Procureur de la République pour les faits d'utilisation de faux documents.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité sénégalaise, né en 1992, a obtenu le 24 juillet 2019, un visa schengen de 15 jours. M. A s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de son visa. Le 8 avril 2024, M. A a été interpellé à son domicile de Vieux Charmont en raison d'une suspicion d'utilisation de faux papiers d'identité. La perquisition de son domicile a permis de découvrir plusieurs faux documents. Par deux arrêtés du 8 avril 2024, le préfet du Doubs, d'une part, a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pendant quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision faisant au requérant obligation de quitter le territoire français qui rappelle les éléments de fait mentionnés au point 1 et les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, le requérant a été interrogé, le 8 avril 2024, en présence de son avocate, dans le cadre de la garde à vue dont il faisait l'objet. A cette occasion, comme en atteste le procès- verbal dressé le même jour, le requérant a été informé que le préfet pouvait prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Il a alors déclaré qu'il souhaitait rester en France pour y travailler, et qu'il n'avait rien d'autre à ajouter. Dans ces conditions, le requérant, qui a également fait état de la présence en France de ses deux sœurs, et de ce que sa mère résidait au Sénégal, n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir ses observations avant l'édiction de la décision en litige l'obligeant à quitter le territoire français.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, présent en France depuis fin 2019, est célibataire et sans enfant. Dans la mesure où le requérant ne fait état de la présence en France que deux de ses sœurs, et alors que sa mère réside au Sénégal, il n'est pas fondé à soutenir, eu égard à la durée de son séjour en France, que la décision l'obligeant à quitter le territoire français a porté en l'espèce une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. A supposer que le requérant ait entendu contester la décision fixant le Sénégal comme le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, il n'est pas fondé à soutenir qu'il serait exposé à des risques de mauvais traitements de la part des autorités de ce pays en se bornant à faire état de la présence en France d'une de ses sœurs, titulaire d'un passeport diplomatique, et qui aurait quitté le Sénégal en raison des évènements politiques qui se sont produits dernièrement.

Sur la décision portant assignation à résidence :

7. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant son assignation à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Doubs et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 avril 2024.

Le magistrat désigné,

G. PoitreauLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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