mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2400688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Il soutient que :
- il détient un titre de séjour délivré par les autorités hongroises valable jusqu'au 19 septembre 2025 ;
- ces décisions impactent gravement sa situation d'étudiant en Hongrie et l'empêchent de retourner en Hongrie pour y poursuivre ses études ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est détenteur d'un permis de conduire catégorie B en cours de validité ;
- sa situation est régulière vis-à-vis de l'Etat Français, dès lors que son employeur a effectué les démarches administratives pour régulariser sa situation ;
- ces décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Diebold, première conseillère, pour présider la première chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Goyer-Tholon, conseillère, a donné lecture de son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 6 janvier 1994, déclare être en France entre le 16 et le 17 mars 2024, sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités hongroises en cours de validité. Par un arrêté du 5 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Haute-Saône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ". Aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " ()II.- Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu le vendredi 5 avril 2024 à 17 heures 55 notification de l'arrêté attaqué, et que cette notification mentionnait les délais et les voies de recours ouverts à l'encontre de ladite décision. La requête de M. A, déposée dans la boîte aux lettres du tribunal, n'a été enregistrée au greffe du tribunal que postérieurement à l'expiration du délai de recours, le lundi 8 avril 2024, en l'absence de système d'horodatage fonctionnel. Pour autant, en raison de l'impossibilité technique de faire enregistrer la requête en temps utile pendant une période de fermeture du tribunal, qui n'était pas imputable au requérant, et compte tenu de la proximité de l'expiration du délai de recours, la requête doit être regardée comme recevable. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".
5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a obtenu un contrat de travail à durée indéterminée à compter du 19 décembre 2023, qu'il reconnaît avoir commencé à travailler sur instruction de son employeur sans autorisation de travail, et qu'une telle autorisation n'avait pas, au jour de l'arrêté attaqué, été obtenue, la première demande ayant été effectuée en mars 2023. Il ressort également des pièces du dossier que M. A a ouvert un compte bancaire en France le 16 novembre 2022, dont les relevés font apparaitre que des retraits et paiements sont réalisés depuis, de manière régulière, en France. Ainsi, il est établi que M. A s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué. Ce motif, à lui seul, suffit à fonder, en application des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse, quand bien même le motif tiré d'une menace à l'ordre public ne serait pas avéré. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
6. En deuxième lieu, les décisions litigieuses, qui ont pour objet d'éloigner M. A du territoire français, n'ont pas pour effet d'empêcher l'intéressé de retourner en Hongrie pour y poursuivre ses études. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées porteraient atteinte à sa situation d'étudiant en Hongrie doit être écarté.
7. En troisième lieu, M. A, qui est célibataire, sans charge de famille, ni attache personnelle en France en dehors de son frère qui vit à Vesoul, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine et indique en tout état de cause souhaiter poursuivre ses études en Hongrie. Si les décisions litigieuses sont susceptibles d'entraver son activité professionnelle en France, cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de la Haute-Saône aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de l'intéressé. Le moyen doit par conséquent être écarté.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
8. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. ".
9. En l'espèce, M. A est titulaire d'un titre de séjour hongrois et justifie suivre des études en Hongrie. Ainsi, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, qui implique son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, a pour effet de l'empêcher de retourner en Hongrie. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Saône a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français sur la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen doit être accueilli.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l'injonction :
11. Il résulte des dispositions citées au point 9 que l'annulation de l'interdiction de retour prise à l'encontre de M. A implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de ce signalement à compter de la date de notification de la présente décision.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français du 5 avril 2024 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Saône de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 5 avril 2024 annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Diebold, première conseillère faisant fonction de présidente ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La première conseillère faisant fonction de présidente,
N. DieboldLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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