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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400754

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400754

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400754
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIAZ

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 et 26 avril 2024 sous le n° 2400754, M. B C, représenté par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence dans le département du Jura pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois, l'a astreint à se présenter chaque jour de la semaine, du lundi au vendredi, entre 8h00 et 12h00 au commissariat de police de Dole, à demeurer dans son logement entre 4h30 et 7h30 chaque jour et à ne pas sortir du département sans autorisation de ses services ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que le moyen soulevé par M. C n'est pas fondé.

II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 25 et 26 avril 2024 sous le n° 2400755, Mme A D, représentée par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence dans le département du Jura pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois, l'a astreinte à se présenter chaque jour de la semaine, du lundi au vendredi, entre 8h00 et 12h00 au commissariat de police de Dole, à demeurer dans son logement entre 4h30 et 7h30 chaque jour et à ne pas sortir du département sans autorisation de ses services ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle invoque, à l'appui de sa requête, le même moyen que celui, visé ci-avant, soulevé par son compagnon dans le cadre de sa propre requête enregistrée sous le n° 2400754.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 avril 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que le moyen soulevé par Mme D n'est pas fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marquesuzaa, conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-9 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa, magistrate désignée,

- les observations de Me Diaz, représentant M. C et Mme D, qui s'en rapporte à ses écritures,

- les observations de M. E, représentant le préfet du Doubs, qui indique que divers aménagements ont déjà été effectués pour tenir compte de la situation de M. C et de Mme D et notamment que lors de la naissance de leur enfant, ils n'étaient pas assignés à résidence et que le préfet a bien pris en compte la distance entre le commissariat et leur lieu d'hébergement.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C et Mme A D, ressortissants ivoiriens nés respectivement les 3 octobre 2005 et 15 mars 1998, ont fait l'objet de décisions de remise aux autorités italiennes, responsables de l'examen de leur demande d'asile. Par des arrêtés du 9 avril 2024, dont M. C et Mme D demandent l'annulation, le préfet du Doubs les a assignés à résidence dans le département du Jura pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2400754 et n° 2400755, présentées par M. C et Mme D, présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile / () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

4. Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

5. Les décisions d'assignation à résidence en litige font obligation à M. C et Mme D de se présenter chaque jour ouvré entre 8h00 et 12h00 au commissariat de police de Dole. Les requérants soutiennent que les modalités de l'assignation à résidence sont particulièrement contraignantes compte tenu de la fréquence de pointage, de la distance séparant leur lieu d'hébergement du commissariat et de leur état de vulnérabilité. Toutefois, les intéressés ne produisent aucun élément médical récent et circonstancié de nature à démontrer qu'ils seraient dans l'impossibilité de se déplacer alors que le trajet en bus depuis leur domicile jusqu'au commissariat n'est que d'une vingtaine de minutes et ne comprend que quelques minutes de marche à pied. Dans ces conditions, ils n'apportent aucun élément de nature à justifier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en assortissant les mesures d'assignations à résidence de telles obligations de présentation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C et de Mme D au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. C et Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme Mme A D et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 avril 2024.

La magistrate désignée,

A. MarquesuzaaLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

1

Nos 2400754 - 2400755

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