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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400794

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400794

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400794
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, M. A C B, représenté par Me Erdem, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de la Haute-Saône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire et lui a demandé de lui remettre tout document justificatif de son identité ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de lui restituer son passeport à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance que sa résidence ne se trouvait pas en France ;

- elle ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance qu'il ne maitrise pas la langue française ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il est entré régulièrement sur le territoire français ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant remise de tout document d'identité méconnaît les dispositions de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marquesuzaa a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 25 juin 2001, est entré en France le 20 janvier 2020 sous couvert d'un visa D portant la mention " regroupement familial " valable du 7 novembre 2019 au 5 février 2020. Il a ensuite disposé de titres de séjour " vie privée et familiale " valables jusqu'au 1er août 2022. Le 19 juillet 2023, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 3 avril 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Haute-Saône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire et lui a demandé de lui remettre tout document justificatif de son identité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. Il résulte des dispositions précitées qu'en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. M. B soutient qu'il justifie d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis 2020, qu'il maitrise la langue française et qu'il a candidaté à de multiples emplois situés en France. Toutefois, l'intéressé ne conteste pas qu'une enquête administrative diligentée par la préfecture a révélé que, le 15 mai 2023, il se trouvait en Turquie où il étudie en quatrième année d'ingénieur en bâtiment et que, depuis sa première arrivée en France le 20 janvier 2020, M. B réside principalement en Turquie et ne revient sur le territoire que lors de ses vacances scolaires. En outre, les circonstances, à les supposer avérées, de sa maitrise de la langue française et de ses tentatives pour travailler en France ne sauraient suffire à caractériser une insertion particulière au sein de la société française. Compte tenu de ces éléments, le préfet de la Haute-Saône a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, estimer que la situation du requérant ne relevait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens et pour application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B se prévaut de sa présence en France depuis quatre ans ainsi que de celle de sa mère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, âgé de 23 ans, célibataire et sans enfant, vit la majorité de son temps dans son pays d'origine pour ses études et où il ne conteste pas y avoir conservé des attaches. En outre, il n'établit ni même n'allègue que sa présence aux côtés de sa mère serait indispensable. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En dernier lieu, le requérant soutient qu'il est entré régulièrement en France le 13 juillet 2023, muni d'un récépissé valable du 27 avril 2023 au 26 juillet 2023. Or ce récépissé délivré à la suite de sa demande de renouvellement de titre de séjour du 6 mai 2022 a été nécessairement et implicitement abrogé par une décision de refus de séjour qui lui a été opposée le 29 juin 2023. En outre, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à justifier de son entrée régulière sur le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant remise de tout document justificatif de son identité :

9. Aux termes de l'article L. 721-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger auquel un délai de départ a été accordé la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Aux termes de l'article L. 814-1 du même code : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

10. Le requérant soutient que, disposant d'un récépissé valable du 11 janvier 2024 au 10 avril 2024, il était en situation régulière au moment où cette remise lui a été demandée. Toutefois, ce récépissé délivré suite à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 19 juillet 2023 a été nécessairement et implicitement abrogé par la décision de refus de séjour qui lui a été opposée le 3 avril 2024. Dans ces conditions, M. B n'établit pas être en situation régulière sur le territoire français. En outre, il a fait l'objet, le 3 avril 2024, d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 avril 2024 attaqué. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Haute-Saône.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLa présidente,

S. Grossrieder

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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