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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2400800

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2400800

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2400800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPERREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, M. A B, représenté par Me Perrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a obligé à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de procéder à la suppression de son signalement sur le fichier des personnes recherchées et sur le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêté contestés :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée à cet effet ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé, et la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée " d'une erreur manifeste d'appréciation " ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 3° et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est illégal du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il méconnaît l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Seytel, conseiller, pour statuer en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, l'article L. 614-9 et de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel, conseiller ;

- les observations de M. E, qui représente le préfet du Doubs et qui s'en remet à ses écritures.

M. B n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais, est entré en France le 27 septembre 2021, sous couvert d'un visa C court séjour valable du 27 septembre au 11 novembre 2021. Le 28 décembre 2021, il a présenté une demande d'asile, successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. La demande de réexamen de sa demande d'asile a également été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le 2 mai 2024,

M. B a été interpellé par les forces de police du commissariat de Montbéliard et placé en garde à vue pour des faits de faux, usage de faux, obtention indue d'un document octroyant un titre ou une autorisation. Par des arrêtés du même jour, le préfet du Doubs a, d'une part, obligé M. B à quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays de retour et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, d'autre part, décidé d'assigner M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur la légalité des arrêtés contestés :

En ce qui concerne les moyens communs aux arrêtés contestés :

2. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par Mme D C, adjointe au directeur de la citoyenneté et des libertés, qui disposait d'une délégation de signature du préfet du Doubs, par un arrêté du 29 janvier 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, l'autorisant à signer les mesures d'éloignement et les assignations à résidence dans le département du Doubs. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cet effet manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, les arrêtés contestés visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliquées à la situation de M. B, rappellent le parcours de l'intéressé depuis son arrivée en France ainsi que sa situation administrative et familiale. La circonstance que les arrêtés contestés ne mentionnent pas son emploi en qualité d'intérimaire et que l'intéressé déclare ses revenus, la présence de sa famille et de son entourage amical dans la région de Monbéliard, ou qu'il aurait été spécifiquement interrogé au sujet de son séjour en France pendant sa garde à vue, ne permet de regarder les arrêtés contestés comme étant insuffisamment motivés. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des arrêtés contestés et de la méconnaissance par la décision portant obligation de quitter le territoire français de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". M. B se prévaut de la durée de son séjour en France de deux ans et demi, de la présence de sa famille et d'un entourage amical dans la région de Montbéliard, de son emploi en qualité d'intérimaire et de la circonstance qu'il déclare ses revenus. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir l'existence de liens suffisamment intenses, anciens et stables avec la France, au sens des stipulations précitées. De plus, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B, son enfant mineur ainsi que son père vivent au Sénégal, pays d'origine de l'intéressé. Dans ces conditions, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En second lieu, pour les raisons qui viennent d'être exposées, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. B.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision qui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () "

8. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'audition de M. B par les services de police de Montbéliard le 2 mai 2024, que l'intéressé a déclaré ne pas vouloir repartir dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il doit être regardé comme ayant expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement dont il pourrait être l'objet. Par conséquent, il existe un risque que M. B se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée. A cet égard, si M. B soutient dans sa requête qu'il dispose d'un passeport en cours de validité, il a déclaré lors de son audition du 2 mai 2024 avoir perdu ce passeport. Par ailleurs, la seule circonstance que M. B dispose d'une résidence stable ne saurait constituée une garantie suffisante permettant d'établir que l'intéressé ne va pas se soustraite à la mesure d'éloignement dont il est l'objet. Par suite, en refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions citées au point précédent et le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ".

11. En raison de l'absence de délai de départ volontaire, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée a été assortie d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Pour demander l'annulation de cette dernière décision,

M. B se prévaut de la durée de son séjour en France de deux ans et demi et de la présence de sa famille et d'un entourage amical dans la région de Montbéliard. Toutefois et contrairement à ce que soutient M. B, ces éléments ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que le préfet édicte à son encontre une la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

12. En premier lieu, le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence est illégal par voie de conséquence.

13. En second lieu, les dispositions de l'article R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se limitent à préciser certaines modalités d'exécution d'un arrêté portant assignation à résidence. Dès lors, la méconnaissance de ces dispositions, à la supposer établie, est sans incidence sur la légalité d'un arrêté portant assignation à résidence. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut être qu'écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés qu'il conteste.

Sur les autres demandes :

15. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le magistrat désigné,

J. Seytel

La greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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