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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401007

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401007

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantABDELLI - ALVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juin 2024, M. A B, représenté par Me Abdelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs a décidé de sa remise aux autorités allemandes ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département du Doubs pendant quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour au titre de l'asile en procédure normale et un dossier de demande d'asile à transmettre à l'OFPRA dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté portant remise aux autorités allemandes méconnaît les dispositions des

articles 4, 29, 3 et 17. 1 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du

26 juin 2013 ;

- l'arrêté l'assignant à résidence devra être annulé en conséquence de l'annulation de l'arrêté portant remise aux autorités allemandes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poitreau, premier conseiller,

- les observations de Me Bertin , substituant Me Abdelli, pour M. B,

- le préfet du Doubs n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 30 août 2000, de nationalité turque, est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée et a déposé une demande d'asile le 2 mai 2024. La consultation du fichier EURODAC a fait apparaître qu'il avait été identifié en Allemagne le

10 juillet 2023. Les autorités allemandes ont été saisies d'une demande de prise en charge de M. B en application du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et ont fait connaître leur accord par une décision du 16 mai 2024. Par deux arrêtés du 31 mai 2024, notifiés le même jour, le préfet du Doubs, d'une part, a décidé de remettre M. B aux autorités allemandes au motif que l'Allemagne était l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours. Ce sont ces deux arrêtés dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités allemandes :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune (). Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement n°603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac () ".

3. Le préfet du Doubs a produit en annexe à son mémoire en défense les documents remis à M. B, à savoir une brochure d'informations générales relatives aux demandeurs d'asile, un guide spécifique dédié à la procédure Dublin III ainsi qu'un guide relatif au règlement Eurodac contenant l'ensemble des informations destinées aux demandeurs d'asile, relatives au relevé d'empreintes digitales, à leur exploitation dans le système Eurodac. Ces documents étant rédigées en langue turque, langue que comprend le requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision portant remise du requérant aux autorités allemandes aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, il n'assortit ce moyen d'aucune argumentation propre à en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

6. Au soutien du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent, M. B se borne à affirmer qu'il est menacé en Allemagne par les passeurs qu'ils l'ont aidé à fuir son pays d'origine et qu'il a trouvé refuge en France chez son cousin où il affirme être en sécurité. Par une telle argumentation, extrêmement sommaire, le requérant n'établit pas qu'en refusant de faire usage des pouvoirs qui lui sont conférés par l'article 17 du règlement 604/2013, le préfet du Doubs aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

7. Au regard de ce qui a été précédemment exposé, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités allemandes à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté prononçant son assignation à résidence.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du 31 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de M. B n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

G. PoitreauLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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