lundi 10 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401043 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BERTIN BRIGITTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, M. B, représenté par Me Bertin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs a décidé de sa remise aux autorités espagnoles ainsi que l'arrêté du même jour l'assignant à résidence dans le département de la Haute-Saône pendant quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile dans un délai de 48 h, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil renonçant dans cette hypothèse à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi n° 91-647.
Il soutient que :
- l'arrêté portant remise aux autorités espagnoles est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et il méconnaît les dispositions des articles
5, 13 et 19 et 34 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du
26 juin 2013 ;
- l'arrêté l'assignant à résidence devra être annulé en conséquence de l'annulation de l'arrêté portant remise aux autorités espagnoles.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Poitreau, premier conseiller,
- les observations de Me Bertin, pour M. A.
Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né en 1985, de nationalité congolaise, est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée et a déposé une demande d'asile le
25 mars 2024. La consultation du fichier EURODAC a fait apparaître qu'il avait été identifié en Espagne le 12 décembre 2019. Les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de prise en charge de M. A en application du règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et ont fait implicitement connaître leur accord le 19 avril 2024. Par deux arrêtés du 30 mai 2024, le préfet du Doubs, d'une part, a décidé de remettre M. A aux autorités espagnoles au motif que l'Espagne était l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de la
Haute-Saône pour une durée de quarante-cinq jours. Ce sont ces deux arrêtés dont M. A demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités espagnoles :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l 'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ".
3. Le préfet du Doubs a produit le résumé de l'entretien individuel dont a bénéficié le requérant le 25 mars 2024 et qui a été conduit par un agent qualifié de la préfecture de Seine et Marne en langue française que le requérant a déclaré comprendre. Le requérant ne fait état d'aucun élément précis laissant penser que l'agent qui a conduit l'entretien ne disposait pas des qualifications et compétences pour ce faire, ni que cet entretien n'aurait pas été réalisé dans des conditions propres à en garantir la confidentialité. Dans ces conditions, alors même que l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien n'est pas mentionné sur le résumé de cet entretien, le moyen tiré de ce que la décision portant remise du requérant aux autorités espagnoles aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du
26 juin 2013 doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cet arrêté expose à cet égard les considérations de fait et droit justifiant que l'Espagne a été considérée comme l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile dont le requérant a saisi les autorités françaises. Dans ces conditions, et même si cet arrêté n'évoque pas le fait que le requérant a transité par l'Italie, il doit être regardé comme suffisamment motivé. Cette motivation ne révèle pas davantage que la situation personnelle du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier.
5. En troisième lieu aux termes de l'article 34 du règlement 604/2013 : " 1. Chaque État membre communique à tout État membre qui en fait la demande les données à caractère personnel concernant le demandeur qui sont adéquates, pertinentes et raisonnables pour : () c) la mise en œuvre de toute obligation découlant du présent règlement. 2. Les informations visées au paragraphe 1 ne peuvent porter que sur: a) les données d'identification relatives au demandeur et, le cas échéant, aux membres de sa famille, à ses proches ou tout autre parent (nom, prénom, le cas échéant, nom de famille à la naissance; surnoms ou pseudonymes; nationalité - actuelle et antérieure; date et lieu de naissance); b) les documents d'identité et de voyage (références, durée de validité, date de délivrance, autorité ayant délivré le document, lieu de délivrance, etc.);c) les autres éléments nécessaires pour établir l'identité du demandeur, y compris les empreintes digitales traitées conformément au règlement (UE) no603/2013; () ".
6. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir constaté que le requérant avait été identifié en Espagne pour y avoir sollicité l'asile, le préfet du Doubs a mis en œuvre la procédure prévue par les dispositions de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il n'est aucunement démontré en quoi il aurait été nécessaire au préfet du Doubs d'adresser une demande d'information en application des dispositions de l'article 34 du règlement 604/2013 dès lors qu'il disposait de toutes les informations nécessaires quant à l'identification du requérant. La circonstance que les autorités espagnoles ont fait implicitement connaître leur accord pour une reprise en charge du requérant en application des dispositions combinées des articles 18 et 25 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'imposait aucunement au préfet d'interroger les autorités espagnoles au sujet des suites qu'elles entendaient réserver à la demande d'asile dont le requérant les avaient précédemment saisies. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté décidant de sa remise aux autorités espagnoles révélerait un manquement aux obligations pesant sur l'Etat auteur d'une demande de reprise en charge en application des dispositions de l'article 34 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 13 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n° 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière " ; aux termes de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () c) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre; d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre " ; aux termes de l'article 19 du règlement du 26 juin 2013 : " 1. Si un État membre délivre au demandeur un titre de séjour, les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, lui sont transférées. 2. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable (). Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que le critère de détermination de l'Etat responsable de la demande d'asile prévu au 1) de l'article 13 du règlement s'applique lorsque le ressortissant d'un pays tiers présente une demande d'asile pour la première fois depuis son entrée sur le territoire de l'un ou l'autre des Etats membres. Lorsque le ressortissant de l'Etat tiers est entré irrégulièrement dans un Etat membre et y a déposé une demande d'asile cet Etat est tenu de reprendre en charge ce ressortissant lorsqu'une demande lui est adressé en application des dispositions précitées du c ou du d de l'article 18 du même règlement. Comme le précise l'article 19 du règlement les obligations qui résultent de l'article 18, paragraphe 1, cessent de s'appliquer si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois ".
8. En l'espèce, dans le résumé de l'entretien individuel mentionné au point 3, le requérant a mentionné être arrivé clandestinement en Espagne en provenance du Congo et avoir déposé en Espagne une demande d'asile dont il affirme qu'elle a été rejetée. Si dans le même document le requérant évoque un retour au Congo après avoir quitté l'Espagne, il a néanmoins déclaré " n'avoir jamais rejoint ni volontairement ni involontairement son pays d'origine ". En tout état de cause le requérant n'apporte aucun élément de nature à justifier d'un retour au Congo après son entrée en Espagne. Force est en outre de reconnaître que les autorités espagnoles n'ont pas fait valoir, comme elles en avaient la possibilité, que le requérant avait quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que les autorités espagnoles ont été considérées comme l'Etat responsable de sa demande d'asile.
9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement 604/2013 :
" Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable ". L'article 17 du même règlement dispose : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement "; par ailleurs, tant l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne prévoient que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Si le requérant formule des craintes quant à un possible éloignement vers son pays d'origine du fait du rejet de sa demande d'asile par les autorités espagnoles, il n'établit pas cependant que les autorités de ce pays auraient pour pratique d'éloigner dans leurs pays d'origine les ressortissants d'Etat tiers qui y seraient exposés à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs aurait commis une erreur d'appréciation quant à l'application des dispositions de l'article 17 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
11. Au regard de ce qui a été précédemment exposé, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités espagnoles à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté prononçant son assignation à résidence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation des décisions en litige doivent être rejetées. Par voie de conséquence doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article
L. 761- 1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.
Le magistrat désigné,
G. PoitreauLa greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026