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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401048

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401048

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBERTIN BRIGITTE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 5 juin 2024, M. B A, représenté par

Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2024 par laquelle le préfet du Doubs a décidé de le transférer aux autorités portugaises en vue de l'examen de sa demande d'asile ainsi que la décision du même jour par laquelle le préfet du Doubs a décidé de l'assigner à résidence dans le département du Doubs pendant quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande d'admission provisoire au séjour dans des délais respectifs de quarante-huit heures et huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1200 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil renonçant dans cette hypothèse à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant transfert aux autorités portugaises :

- elle est entaché d'une motivation insuffisante ;

- il n'est pas justifié des conditions dans lesquelles ont été relevées ses empreintes digitales au regard des dispositions des articles 9, 11 18 et 24 et 25 du règlement (UE)

n° 603/2013 ;

- elle méconnaît l'article 21 du règlement 767/2008 du parlement européen et du conseil du 9 juillet 2008 concernant le système d'information sur les visas (VIS) et l'échange de données entre les États membres sur les visas de court séjour (règlement VIS) en ce que l'administration ne justifie pas de la production du résultat négatif permettant de s'assurer de la consultation légale du système d'information sur les visas ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de transfert pour l'exécution de laquelle elle a été édictée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poitreau, premier conseiller,

- les observations de Me Bertin, pour M. A.

Le préfet du Doubs n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né en 1987, de nationalité angolaise, est entré irrégulièrement sur le territoire français et a sollicité son admission au séjour en qualité de réfugié le 16 janvier 2024. La consultation du fichier Visabio a fait apparaître qu'il s'était vu délivrer, par les autorités consulaires portugaises, un visa de type c, valable du 21 septembre au 21 octobre 2023. Les autorités portugaises ont été saisies, en application de l'article 12 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, d'une demande de prise en charge de

M. A. Par décision du 15 mars 2024, les autorités portugaises ont accepté de prendre en charge l'intéressé pour examiner sa demande d'asile. Par un arrêté du 30 janvier 2024, le préfet du Doubs a décidé de remettre M. A aux autorités portugaises au motif que le Portugal, en application de l'article 12 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013, était responsable de l'examen de la demande d'asile de ce ressortissant angolais. Par un arrêté édicté le même jour, il l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant remise aux autorités portugaises :

2. En premier lieu, bien que l'arrêté portant remise aux autorités espagnoles mentionne à tort comme cela ressort des pièces du dossier que l'accord a été donné par les autorités portugaises le 15 septembre 2023 au lieu du 15 mars 2024, cette simple erreur matérielle n'est pas en elle-même susceptible d'exercer une influence sur la légalité de cet arrêté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l 'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () ". Le préfet du Doubs a produit le résumé de l'entretien individuel dont a bénéficié le requérant le 16 janvier 2024 et qui a été conduit par un agent qualifié de la préfecture du Doubs en langue portugaise que le requérant a déclaré comprendre. Le requérant ne fait état d'aucun élément précis laissant penser que l'agent qui a conduit l'entretien ne disposait pas des qualifications et compétences pour ce faire, ni que cet entretien n'aurait pas été réalisé dans des conditions propres à en garantir la confidentialité. Dans ces conditions, alors même que l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien n'est pas mentionné sur le résumé de cet entretien, le moyen tiré de ce que la décision portant remise du requérant aux autorités portugaises aurait été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cet arrêté expose à cet égard les considérations de fait et droit justifiant que le Portugal soit regardé comme l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile dont le requérant a saisi les autorités françaises. Dans ces conditions, et même si cet arrêté ne mentionne pas dans ses visas le règlement 767/2008 du parlement européen et du conseil du 9 juillet 2008 concernant le système d'information sur les visas (VIS) et l'échange de données entre les États membres sur les visas de court séjour, il doit être regardé comme suffisamment motivé.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Chaque État membre relève sans tarder l'empreinte digitale de tous les doigts de chaque demandeur d'une protection internationale âgé de 14 ans au moins et la transmet au système central dès que possible et au plus tard 72 heures suivant l'introduction de la demande de protection internationale telle que définie à l'article 20, paragraphe 2, du règlement (UE) no 604/2013, accompagnée des données visées à l'article 11, points b) à g) du présent règlement. / Le non-respect du délai de 72 heures n'exonère pas les États membres de l'obligation de relever et de transmettre les empreintes digitales au système central. () ". En application de l'article 11 de ce règlement : " Seules sont enregistrées dans le système central les données suivantes : () b) État membre d'origine, lieu et date de la demande de protection internationale ; dans les cas visés à l'article 10, point b), la date de la demande est la date saisie par l'État membre qui a procédé au transfert du demandeur ; / c) sexe ; / d) numéro de référence attribué par l'État membre d'origine ; / e) date à laquelle les empreintes ont été relevées ; / f) date à laquelle les données ont été transmises au système central ; / g) code d'identification de l'opérateur ; () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 25 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () Le système central procède aux comparaisons en suivant l'ordre dans lequel les demandes lui parviennent. Chaque demande est traitée dans les 24 heures. Un État membre peut demander, pour des motifs relevant de son droit national, que des comparaisons particulièrement urgentes soient effectuées dans l'heure. Si ces délais ne peuvent être respectés pour des raisons qui échappent à la responsabilité de l'agence, le système central traite en priorité les demandes dès que ces raisons ont disparu. En pareil cas, dans la mesure où cela est nécessaire pour le bon fonctionnement du système central, l'agence établit des critères en vue de garantir le traitement prioritaire des demandes. () 4. Le résultat de la comparaison est immédiatement vérifié dans l'État membre de réception par un expert en empreintes digitales au sens de ses règles nationales, qui est spécialement formé pour effectuer les types de comparaison d'empreintes digitales prévus dans le présent règlement. () ". Cette vérification, qui a pour objet de garantir la détermination exacte de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, constitue pour les Etats membres une obligation. Toutefois, cette obligation a pour seul objet de garantir la fiabilité des résultats de la comparaison, de sorte que sa méconnaissance ne saurait affecter la régularité de la procédure suivie lorsque la fiabilité des informations issues de la comparaison n'est pas sérieusement critiquée.

7. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche décadactylaire

n° FR 19930815924 produite au dossier, que les empreintes de tous les doigts de M. A ont pu être correctement relevées et que la transmission au système central de ce relevé d'empreintes était conforme aux indications posées à l'article 24 du règlement (UE)

n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et en particulier accompagnée des données prévues aux points b) à g) de l'article 11 du même règlement.

8. Il apparaît en outre qu' il résulte des dispositions précitées des articles 9 et 25 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 que le délai de 72 heures à compter de l'introduction de la demande de protection internationale, imparti à l'Etat qui procède au relevé des empreintes digitales d'un demandeur d'asile pour le transmettre au système central, et le délai de 24 heures fixé à l'article 25 du même règlement pour le traitement des demandes de comparaison d'empreintes digitales par le système central, ont pour seul objet de favoriser le renseignement de la base de données centrale de collecte et d'enregistrement des empreintes digitales et son actualisation dans les meilleurs délais. Il résulte de ces mêmes dispositions que ces délais ne sont pas prescrits à peine d'impossibilité pour l'Etat de procéder au relevé et à la transmission des données et pour le système central de traiter ces données. Leur seule éventuelle méconnaissance est donc sans incidence sur la régularité de la procédure administrative préalable à la décision de transfert. En tout état de cause, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que ces délais ont été respectés dès lors que les empreintes ont été relevées et transmises au système central le 16 janvier 2024 et traitées par ce dernier le même jour.

9. Il apparaît enfin que le requérant ne peut pas utilement invoquer, d'ailleurs sans plus de précision, les dispositions de l'article 18 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qui sont relatives aux marquages des données des bénéficiaires d'une protection internationale.

10. En cinquième lieu aux termes de l'article 9 du règlement 767/2008 du parlement européen et du conseil du 9 juillet 2008 concernant le système d'information sur les visas (VIS) et l'échange de données entre les États membres sur les visas de court séjour (règlement VIS) : " L'autorité chargée des visas saisit les données suivantes dans le dossier de demande: 1) le numéro de la demande; 2) l'état de la procédure indiquant qu'un visa a été demandé; 3) l'autorité à laquelle la demande a été présentée, y compris sa localisation, et si la demande a été présentée à cette autorité représentant un autre État membre; 4) les données suivantes extraites du formulaire de demande: a)nom, nom de naissance [nom(s) antérieur(s)]; prénom(s); sexe; date, lieu et pays de naissance; b)nationalité actuelle et nationalité à la naissance; c)type et numéro du document de voyage, autorité l'ayant délivré et date de délivrance et d'expiration; d)lieu et date de la demande; e) type de visa demandé "; aux termes de l' article 21 du même règlement: " 1. Les autorités compétentes en matière d'asile effectuent des recherches à l'aide des empreintes digitales du demandeur d'asile dans le seul but de déterminer l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile conformément aux articles 9 et 21 du règlement (CE) no 343/2003: Lorsque les empreintes digitales du demandeur d'asile ne peuvent être utilisées ou en cas d'échec de la recherche par les empreintes digitales, la recherche est effectuée à l'aide des données visées à l'article 9, paragraphe 4, points a) et/ou c); cette recherche peut être effectuée en combinant ces données avec celles visées à l'article 9, paragraphe 4, point b). 2. Si la recherche à l'aide des données énumérées au paragraphe 1 montre qu'un visa délivré et expirant six mois au maximum avant la date de la demande d'asile et/ou qu'un visa prorogé jusqu'à une date d'expiration de six mois au maximum avant la date de la demande d'asile est enregistré dans le VIS, l'autorité compétente en matière d'asile est autorisée à consulter les données suivantes du dossier de demande et, en ce qui concerne les données énumérées au point g), les données du conjoint et des enfants, conformément à l'article 8, paragraphe 4, à la seule fin visée au paragraphe 1: a)le numéro de la demande et l'autorité ayant délivré ou prorogé le visa ainsi que les informations indiquant si l'autorité l'a délivré au nom d'un autre État membre; b) les données extraites du formulaire de demande, visées à l'article 9, paragraphe 4, points a) et b); c) le type de visa; d) la durée de validité du visa; e)la durée du séjour envisagé; f) les photographies;() ".

11. Il ressort des dispositions précitées qu'en cas d'échec de la recherche par les empreintes digitales la recherche est effectuée à l'aide des données relatives aux visas contenues dans le système d'information sur les visas (VIS) et l'échange de données entre les États membres sur les visas de court séjour.

12. En l'espèce, il n'est pas contesté par le requérant, comme le confirme le reste des pièces du dossier, en particulier la décision d'acceptation par les autorités portugaises fondées sur les dispositions du paragraphe 4 de l'article 12 du règlement 604/2013, que seule la consultation du système d'information sur les visas a permis de déterminer que le requérant a pénétré sur le territoire des Etats membres en étant titulaire d'un visa de court séjour qui lui avait été délivré par les autorités portugaises.

13. En l'espèce, le préfet du Doubs produit un document qui établit que la recherche à partir du numéro de la fiche décadactylaire relative au requérant (n° FR 19930815924) a entraîné un résultat négatif (EURODAC). Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la recherche effectuée à partir de la consultation du système d'information sur les visas a été effectuée dans des conditions irrégulières.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 30 janvier 2024 par lesquelles le préfet du Doubs a ordonné le transfert du requérant aux autorités portugaises doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

15. Au regard de ce qui a été précédemment exposé, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités portugaises à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté prononçant son assignation à résidence.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation des décisions en litige doivent être rejetées. Par voie de conséquence doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 juin 2024.

Le magistrat désigné,

G. PoitreauLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2401048

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