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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401098

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401098

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDRAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, M. A B, représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel le préfet du Doubs lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Dravigny, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant retrait de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que la présence de M. B ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 234-1 du code de la sécurité intérieure et R. 40-29 du code de procédure pénale ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant retrait de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant des décisions portant fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

- elle sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Goyer-Tholon, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 15 mars 1992, est entré en France le 26 mars 2013 muni d'un visa valable du 23 mars au 22 avril 2013 et a obtenu un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 26 mars 2028. Par un arrêté du 23 février 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Doubs lui a retiré son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Sur la légalité de la décision portant retrait de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article, ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () ".

3. Si les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, les stipulations de cet accord ne font pas obstacle à ce que l'autorité compétente puisse procéder au retrait du certificat de résidence délivré à un ressortissant algérien lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a commis en 2022 des faits de violences suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours sur son épouse et d'usage illicite de stupéfiants, pour lesquels il a été condamné à une peine d'un à six mois d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans et à une interdiction d'entrer en relation avec sa victime, et qu'il a été incarcéré suite au non-respect du jugement le plaçant sous bracelet électronique. Il a également été condamné, en 2021, à une peine de suspension du permis de conduire d'une durée de six mois, assortie d'une obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière, pour des faits de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances et notamment à leur caractère grave et récent, le préfet du Doubs n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le requérant constituait une menace pour l'ordre public.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré en France en 2013, vit séparé de son épouse depuis 2018 à la suite des faits de violences conjugales pour lesquels il a été pénalement condamné, et dispose d'un droit de visite médiatisée pour voir sa fille âgée de six ans, à hauteur d'une heure deux fois par mois. Toutefois, il n'établit pas ni même n'allègue l'intensité des liens qu'il aurait tissés avec sa fille et ne justifie d'aucune autre attache personnelle stable et durable en France, ni d'aucune insertion personnelle ou professionnelle particulière. Rien ne fait ainsi obstacle à ce que sa vie privée se poursuive, dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans, et où il n'établit ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressé, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été décidé. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. ".

8. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la décision par laquelle l'autorité préfectorale a retiré le titre de séjour de M. B a été prise sur le fondement d'une menace à l'ordre public, notamment en raison des condamnations pénales mentionnées au point 4 dont l'intéressé a fait l'objet. Ces éléments, qui ne résultent pas de la consultation du fichier régi par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale précité, suffisent, ainsi qu'il a été dit au point 4, pour justifier légalement la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, du fait de la consultation des fichiers des antécédents judiciaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de retrait de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen doit par conséquent être écarté.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. En dehors du droit de visite médiatisée dont M. B bénéficie pour voir sa fille à hauteur d'une heure deux fois par mois, l'intéressé n'établit pas la réalité et l'intensité des liens qu'il aurait tissés avec elle, ni même son souhait de la voir davantage ou encore les démarches qu'il aurait effectuées pour entretenir cette relation. De plus, il ressort des pièces du dossier et notamment des constatations des services de la protection de l'enfance que M. B est un père peu investi dans l'éducation de sa fille, qu'il ne lui rend visite que sous la pression de sa famille et pour poser des problèmes à la mère de sa fille, et qu'il s'est déjà rendu aux visites sous l'emprise d'un état alcoolique. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur la légalité des décisions portant fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

13. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir par la voie de l'exception à l'encontre des décisions portant fixation du délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Le moyen doit par conséquent être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 23 février 2024. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B, prise dans l'ensemble de ses moyens et conclusions, est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Doubs et à Me Dravigny.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente ;

- M. Debat, premier conseiller ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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