mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par laquelle le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une carte de séjour temporaire et, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
Il soutient que :
La décision portant refus de titre de séjour :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est entachée d'une erreur de fait ;
- est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 juillet 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et que la requête est devenue sans objet.
Par ordonnance du 24 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2024.
Un mémoire présenté par le préfet du Doubs a été enregistré le 14 août 2024 postérieurement à la clôture d'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Debat, premier conseiller, a présenté son rapport
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 20 mars 1993, est entré en France le 29 avril 2023 sous couvert d'un visa portant la mention " volontaire " valable jusqu'au 28 novembre 2023. Il a déposé une demande d'autorisation exceptionnelle au séjour portant la mention " salarié " reçue le 19 décembre 2023 par le préfet du Doubs. Par arrêté du 22 mai 2024, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur le non-lieu à statuer opposé en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que, si le préfet du Doubs a produit en cours d'instance un courrier daté du 22 juillet 2022 par lequel il informe le requérant de sa décision de lui délivrer un titre de séjour, aucune pièce n'atteste à la date du présent jugement de la délivrance effective du titre de séjour à M. B. Il y a donc lieu de statuer sur la requête.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord " et aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ''salarié'' ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, dans sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " datée du 27 novembre 2023, M. B, recruté par contrat à durée déterminée du 15 septembre au 30 novembre 2023 par la commune de Besançon en qualité d'animateur périscolaire, faisait état de ce contrat ainsi que d'une promesse d'embauche de la même ville pour une durée " de presque trois ans ". Cette promesse de recrutement datée du 5 octobre 2023, a été réitérée par lettre du 21 novembre 2023, sans mention de la période concernée. Or, dans les motifs de la décision attaquée, le préfet du Doubs a indiqué que M. B a fait valoir à l'appui de sa demande de titre de séjour un contrat de travail à durée déterminée, signé le 15 septembre 2023 avec la ville de Besançon, en qualité d'animateur périscolaire pour une durée de trois mois, sans faire état de la proposition de prorogation de ce contrat. Cette omission qui concerne un élément important des conditions de travail et d'embauche du requérant est de nature à avoir faussé l'appréciation portée sur la situation de M. B. Dès lors, le préfet du Doubs a entaché sa décision d'une erreur de fait en prenant la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet du Doubs a refusé à M. B un titre de séjour doit être annulée.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
6. La décision refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour étant annulée, la décision d'obligation de quitter le territoire français doit, par voie de conséquence, être annulée.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
7. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français ayant été prise sur le fondement de la décision d'obligation de quitter le territoire, elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation prononcée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ".
9. L'exécution du présent jugement implique que la demande de titre de séjour de M. B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Doubs de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 22 mai 2024 par lesquelles le préfet du Doubs a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Doubs de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le rapporteur,
P. Debat
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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