vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401166 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | LUTZ LOUIS-MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 21 juin 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Besançon la requête de M. A B, enregistrée le 11 juin 2023. Par cette requête, M. B, représenté par Me Lutz, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet du Doubs a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter, sans délai, le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;
2°) enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, à défaut, au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté contesté n'a pas été signé par une autorité habilitée à cet effet ;
- il n'est pas motivé ;
- il n'a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;
- il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il ne présente pas un risque de fuite ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire et celle fixant le pays de retour sont illégales par l'effet de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Seytel, conseiller, pour statuer en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative et les articles L. 614-9 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seytel, conseiller ;
- les observations de Me Abdelli substituant Me Lutz, qui s'en remet aux écritures de son confrère ;
- les observations de M. D, qui rappelle qu'une ancienneté de treize ans sur le territoire français ne suffit pas à obtenir un titre de séjour de plein droit, un tel titre implique une instruction préalable et au demeurant le séjour de M. B n'est pas continu puisqu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 4 octobre 2016, de deux condamnations pénales successives et n'a pas demandé le renouvèlement de son titre de séjour à son expiration en février 2024. Par ailleurs,
M. B a indiqué dans son procès-verbal d'audition du 10 février 2024 que son enfant n'est plus à sa charge et les seules attestations qu'il a produites ne permettent pas de justifier qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain est régulièrement entré sur le territoire français, selon ses déclarations en 2011, sous couvert d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes valable du 19 avril 2011 au 19 avril 2013. De 2013 à 2015, M. B a bénéficié de plusieurs titres de séjour successifs. Le 26 mai 20216, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. De 2017 à 2024 il a à nouveau bénéficié de plusieurs titres de séjour successifs. Le 1er février 2024, à l'issue de la validité de son titre de séjour, il n'en a pas demandé le renouvèlement. Par une décision du 25 avril 2024 notifiée le 10 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet l'a obligé de quitter, sans délai, le territoire français et a fixé le pays de retour. Par une décision du préfet du Doubs du
13 juin 2024 notifiée le 19 juin 2024, il a été assigné à résidence dans le département du Doubs pendant une durée de quarante-cinq jours.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
2. En premier lieu, l'auteure de l'arrêté contesté est Mme E C qui disposait, en vertu d'un arrêté du préfet du Doubs adopté le 25 mars 2024 et régulièrement publié le 26 mars suivant, d'une délégation de signature du préfet du Doubs, l'habilitant à signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'auteure de l'arrêté n'était pas habilitée à cet effet manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les règles de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté n'est pas motivé doit être écarté.
4. En troisième lieu, M. B a indiqué, lors de la notification de l'arrêté contesté, qu'il " parle et comprend le français ". Par suite, il ne peut utilement soutenir que l'arrêté contesté ne lui a pas été notifié dans une langue qu'il comprend et le moyen soulevé en ce sens ne peut être qu'écarté.
5. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir qu'il séjourne en France depuis plus de treize ans et qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant, M. B ne soulève aucune disposition qui permet d'établir, d'une part, qu'il remplit les conditions d'un titre de séjour de plein droit, d'autre part, que cette circonstance ferait obstacle au prononcé d'une mesure d'éloignement à son encontre. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Il ressort de l'arrêté contesté que
M. B a été interpellé à plusieurs reprises entre 2014 et 2023 pour des faits de violence par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, abus de confiance ou encore conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique. De plus, M. B a été condamné en 2012 et 2014 pour conduite sous état alcoolique et en 2024 pour des faits de menace de mort réitérée commise par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, M. B présente une menace à l'ordre public et la seule circonstance qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille de 6 ans ne permet pas d'établir que l'intéressé dispose de liens suffisamment intenses, anciens et stables avec la France, au sens des stipulations précitées. Dans ces conditions, la décision contestée ne peut être regardée comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
7. En sixième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". La décision portant refus de délai de départ volontaire vise les dispositions qui viennent d'être citées et, dès lors, a été pris en raison de l'absence de titre de séjour de M. B. Or et ainsi qu'il a été rappelé au point 1, M. B n'a pas demandé le renouvèlement de son titre de séjour valable jusqu'au 1er février 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;() ". Ainsi qu'il a été exposé au point 5,
M. B présente une menace pour l'ordre public. Par suite, et sans qu'il soit besoin de déterminer si M. B risque de soustraite à l'exécution de la mesure d'éloignement contestée, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale, doit être écarté.
10. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaitrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier son bien-fondé et, par suite, doit être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste.
Sur les autres demandes :
12. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.
13. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais liés au litige.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le magistrat désigné,
J. Seytel
La greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026