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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401168

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401168

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. A, ressortissant burkinabé, qui contestait l'arrêté préfectoral du 12 avril 2024 refusant son titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire. Le requérant invoquait une méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a examiné la validité des actes d'état civil produits, en application de l'article 47 du code civil et de l'article R. 431-10 du CESEDA, et a estimé que l'administration avait pu légalement les écarter. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés les 15 juin, 12 et 30 août 2024, M. B A, représenté par Me Abdelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de cette même notification et sous cette même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 et 28 août 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Marquesuzaa a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant burkinabé, est entré en France, selon ses déclarations, le 19 août 2022. L'intéressé a fait l'objet d'une ordonnance de placement provisoire auprès de l'aide sociale à l'enfance du département du Jura. Le 15 janvier 2024, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° les documents justifiant de son état civil ; / 2° les documents justifiant de sa nationalité ; () ". L'article L. 811-2 du même code prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Ce dernier article dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1er du décret du 24 décembre 2015 relatif aux modalités de vérification d'un acte de l'état civil étranger : " Lorsque, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une demande d'établissement ou de délivrance d'un acte ou de titre procède ou fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, le silence gardé pendant huit mois vaut décision de rejet ".

3. Les dispositions de l'article 47 du code civil posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Cependant, la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de délivrance de titre de séjour, M. A a produit un jugement déclaratif d'acte de naissance établi le 9 juin 2022, un extrait d'acte de naissance délivré le 10 juin 2022 et une copie conforme de l'extrait d'acte de naissance datée du 18 juillet 2023.

5. Le préfet du Jura a estimé que ces documents présentaient un caractère frauduleux compte tenu notamment du rapport d'examen technique documentaire rédigé par les services de la police aux frontières de Pontarlier le 26 février 2024. En ce qui concerne le jugement déclaratif, le préfet relève l'absence de mention de la personne ayant présentée la requête près le tribunal, une incohérence entre la date d'audience du jugement et la date de signature du jugement, une absence de mention du nom du signataire du jugement dans l'entête dudit jugement, une incohérence entre la date de naissance du requérant et la date de transcription sur les registres d'état civil du jugement et constate qu'il est mentionné que le père de M. A est témoin de l'acte alors que doivent être présents deux témoins autres que les parents de l'enfant. En ce qui concerne l'extrait d'acte de naissance, une incohérence au niveau de sa date est mentionnée ainsi que la circonstance que le cachet humide présent sur cet extrait démontre toutes les caractéristiques d'un cachet humide artisanal. Si la réalité de ces irrégularités n'est aucunement contestée par M. A, il produit toutefois, à hauteur de contentieux, un extrait d'acte de naissance daté du 2 juillet 2024, une copie intégrale du jugement supplétif d'acte de naissance daté du 1er juillet 2024 ainsi qu'un jugement déclaratif d'acte de naissance daté du 2 juillet 2024. Le préfet, en se bornant à faire valoir que le jugement déclaratif et l'acte de naissance portent le même numéro et la même date ce qui est selon un référent fraude " étrange ", que, si les témoins mentionnés avaient effectivement été présents le jour du jugement, ils auraient dû figurer sur le document transmis en première intention et, enfin, que ces documents ne sont pas légalisés, ne remet pas sérieusement en cause l'authenticité de ces actes. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble des éléments avancés par le requérant, le préfet du Jura ne peut être regardé comme ayant renversé la présomption de validité qui s'attache aux actes d'état civil étrangers en vertu des dispositions de l'article 47 du code civil. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation est fondé et doit être accueilli.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

7. Lorsqu'elle examine une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, l'autorité préfectorale vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, elle ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. A a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour les pièces justifiant qu'il satisfait aux conditions d'âge prévues par les dispositions rappelées au point précédent. Toutefois, si l'intéressé justifie d'un avis favorable de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation ne permettant pas au juge d'apprécier ce caractère. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 avril 2024 attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Conformément à ce qui a été dit aux points 6 à 8, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de M. A soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au Préfet du Jura de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par le requérant.

Sur les dépens et les frais non compris dans les dépens :

Sur les dépens :

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.

Sur les frais non compris dans les dépens :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Abdelli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de ce dernier le versement à son avocate d'une somme de 1 000 euros.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Jura du 12 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Jura de procéder au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Abdelli une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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