vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DSC AVOCATS TA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 23 juin et le 4 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Bouchoudjian, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à
Me Bouchoudjian, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été rendue suite à une procédure irrégulière en l'absence d'avis régulier du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard de l'article 6, 7° de l'accord franco-algérien ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3, 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant fixation du pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions portant refus de titre de séjour et refus de délai de départ volontaire ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle n'est ni justifiée ni proportionnée au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juillet 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Goyer-Tholon, conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative et des articles L. 614-9 et L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- et les observations de Me Bouchoudjian, pour M. A.
Le préfet du territoire de Belfort n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 18 mars 1981 est entré irrégulièrement en France en mai 2021 selon ses déclarations, et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 21 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Me Bouchoudjian ayant été désigné d'office pour représenter M. A dans la présente procédure, il bénéfice de l'aide juridictionnelle garantie. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures ". Aux termes de l'article L. 614-9 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours. / Dans le cas où la décision d'assignation à résidence ou de placement en rétention intervient en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal ". En application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire () ".
4. Par un arrêté du 21 juin 2024, le préfet du Territoire de Belfort a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il appartient à la magistrate désignée de statuer, selon la procédure prévue aux articles L. 614-8 et L. 614-9 du même code, sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du préfet du Territoire de Belfort portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence. En revanche, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il appartient à une formation collégiale du tribunal administratif de Besançon de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A. Par suite, il y a lieu de renvoyer ces conclusions ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent devant cette formation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
6. En l'espèce, M. A a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, par un arrêté du préfet du Territoire de Belfort du 18 mars 2022, que l'intéressé n'a pas exécutée. Le risque de soustraction à la nouvelle mesure d'éloignement prononcée le 21 juin 2024 pouvait donc être regardé comme établi pour ce seul motif. Est à cet égard sans incidence la circonstance alléguée, à la supposer établie, que le suivi médical nécessité par l'état de santé de M. A l'ait empêché de déférer à cette mesure d'éloignement, alors qu'il n'établit pas que ce suivi n'aurait pu être réalisé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :
7. En premier lieu, en se bornant à soutenir que l'avis rendu le 17 janvier 2014 par le collège de médecins de l'OFII est irrégulier, sans expliquer les motifs, en l'espèce, de l'irrégularité invoquée, le requérant n'apporte pas les précisions suffisantes permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen qui ne peut, par suite, qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
9. En l'espèce, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que, par un avis du 17 janvier 2014, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour ce dernier des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque à destination de ce pays. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'une transplantation rénale le 20 février 2024 en France, nécessitant la prise d'un traitement médicamenteux quotidiennement à vie et un suivi régulier post-greffe. M. A soutient que parmi les médicaments nécessaires à son traitement, seul le SANDIMMUN est disponible dans son pays d'origine. Toutefois, et alors que M. A produit la liste des médicaments qu'il ne devait pas prendre préalablement à son bilan de transplantation prévu le 21 mai 2024 et non la liste de ceux nécessaires à son traitement quotidien, il n'établit pas, par ses seules allégations, que ce traitement ne serait pas disponible dans son pays d'origine. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment d'un article de presse du 3 juillet 2024 produit par le préfet, qu'un suivi médical adapté aux transplantés rénaux existe en Algérie. Par suite, le préfet du Territoire de Belfort n'a pas fait une inexacte application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
10. Il résulte de ce qui précède que, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination. Le moyen doit par conséquent être écarté.
S'agissant de l'exception d'illégalité du refus de délai de départ volontaire :
11. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision de refus de départ volontaire, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant fixation du pays de destination, laquelle, en tout état de cause, n'a pas été prise sur son fondement et n'en constitue pas une mesure d'application. Le moyen doit par conséquent être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
13. M. A s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Si l'intéressé se prévaut de la circonstance que son état de santé constitue une circonstance humanitaire faisant obstacle à une telle interdiction de retour, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait bénéficier du traitement et du suivi approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Les mesures contraignantes prises par le préfet à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
15. M. A allègue que la mesure d'assignation à résidence est disproportionnée et le prive des soins qu'il reçoit au centre hospitalier de Besançon. Il ressort des pièces du dossier que M. A doit régulièrement se rendre à Besançon pour son suivi médical, et qu'il était notamment convoqué le 5 juillet 2024 à 9H45 pour un rendez-vous de consultation de suivi de greffe. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui contraint M. A à pointer au commissariat de police de Belfort du lundi au vendredi à 9H30, est entachée d'une erreur d'appréciation. Il y a lieu, par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision d'assignation à résidence, d'annuler celle-ci.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2024 portant assignation à résidence dans le département du Territoire de Belfort, et que ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision portant assignation à résidence, n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. L'État n'étant pas, dans la présente instance, la partie essentiellement perdante, les conclusions présentées par M. A au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Besançon.
Article 3 : La décision du 21 juin 2024 portant assignation à résidence est annulée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Territoire de Belfort et à Me Bouchoudjian.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La magistrate désignée,
C. Goyer-Tholon
La greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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