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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401237

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401237

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCGBG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. A, ressortissant roumain, qui contestait l'arrêté du préfet du Jura du 28 février 2024 ordonnant son expulsion du territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'absence de délai de départ volontaire (sans incidence sur la légalité de la décision), et l'irrégularité de la composition de la commission d'expulsion. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral, en application des articles L. 632-1, L. 632-2 et R. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. B A, représenté par Me Tronche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet du Jura a prononcé son expulsion du territoire français et fixant le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Tronche en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision d'expulsion :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle n'est assortie d'aucun délai ni ne démontre l'urgence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en raison de l'irrégularité de la composition de la commission d'expulsion ;

- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance des dispositions de l'article L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'expulsion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 20 septembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25% par une décision du 24 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant roumain né le 27 février 1982, est entré en France selon ses déclarations en 2013. Par un arrêté du 28 février 2024, le préfet du Jura a prononcé son expulsion du territoire français à destination de la Roumanie ou de tout autre pays dans lequel il apporterait la preuve de son admissibilité. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision d'expulsion du territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Elisabeth Sevenier-Muller, secrétaire générale de la préfecture du Jura, qui a reçu délégation de signature pour toutes les matières relevant des compétences et attributions de l'Etat dans le département, par arrêté du préfet du Jura du 27 janvier 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour. Le moyen tiré du vice d'incompétence manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La notification des décisions d'expulsion prises à l'encontre des étrangers dont la situation est régie par le présent livre comporte le délai imparti pour quitter le territoire. Sauf urgence, ce délai ne peut être inférieur à un mois. ".

4. Dès lors que, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir, l'appréciation de la légalité de la décision attaquée s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise, les vices éventuels entachant sa notification sont sans incidence. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que la notification de la décision d'expulsion ne soit pas assortie d'un délai et que l'urgence ne soit pas motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes : / 1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; / 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée : / a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ; / b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; / c) d'un conseiller de tribunal administratif. Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la commission départementale d'expulsion réunie le 17 janvier 2024 pour émettre un avis sur l'expulsion de M A était composée de deux magistrats près du tribunal judiciaire de Lons-le-Saunier, dont le président de la commission, et d'un premier conseiller du tribunal administratif de Besançon. Sa composition était donc conforme aux dispositions citées au point précédent, et le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'irrégularité de la composition de la commission d'expulsion doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La convocation mentionnée au 2° de l'article L. 632-1 est remise à l'étranger quinze jours au moins avant la réunion de la commission. Elle précise que l'intéressé a le droit d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec un interprète. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Cette faculté est indiquée dans la convocation. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le président de la commission. / Les débats de la commission sont publics. Le président veille à l'ordre de la séance. Tout ce qu'il ordonne pour l'assurer est immédiatement exécuté. Devant la commission, l'étranger peut faire valoir toutes les raisons qui militent contre son expulsion. Un procès-verbal enregistrant les explications de l'étranger est transmis, avec l'avis motivé de la commission, à l'autorité administrative compétente pour statuer. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. / La commission rend son avis dans le délai d'un mois à compter de la remise à l'étranger de la convocation mentionnée au premier alinéa. Toutefois, lorsque l'étranger demande le renvoi pour un motif légitime, la commission prolonge ce délai, dans la limite d'un mois maximum à compter de la décision accordant ce renvoi. A l'issue du délai d'un mois ou, si la commission l'a prolongé, du délai supplémentaire qu'elle a fixé, les formalités de consultation de la commission sont réputées remplies. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a reçu l'information sur ses droits avec sa convocation du 21 décembre 2023 à la réunion de la commission d'expulsion du 17 janvier 2024, qui lui a été régulièrement notifiée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les dispositions citées au point précédent auraient été méconnues.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont la situation est régie par le présent livre peut faire l'objet d'une décision d'expulsion, prévue à l'article L. 631-1, sous réserve que son comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. /

Pour prendre une telle décision, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à sa situation, notamment la durée de son séjour sur le territoire national, son âge, son état de santé, sa situation familiale et économique, son intégration sociale et culturelle dans la société française ainsi que l'intensité de ses liens avec son pays d'origine. ".

10. D'une part, il n'est pas contesté que M. A a fait l'objet de cinq condamnations entre 2013 et 2018, dont deux condamnations pour des faits de tentative de vol en réunion, et à deux reprises pour vols aggravés. Sa dernière condamnation à cinq ans d'emprisonnement a été prononcée le 21 juin 2018 pour des faits de participation à une association de malfaiteurs et plusieurs vols aggravés. Il s'est également soustrait à cette dernière condamnation et a été écroué en Autriche du 5 octobre 2018 au 4 juin 2021, puis extradé vers la France, où il a été écroué du 5 juin 2021 au 18 août 2023, date de son aménagement de peine sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique probatoire, avec placement sous contrôle judiciaire jusqu'au 7 octobre 2025. Le préfet du Jura était donc fondé à considérer la présence de M. A sur le territoire français comme représentant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société.

11. D'autre part, si le requérant est présent en France selon ses déclarations depuis 2013 et père d'un enfant né en France le 21 juin 2024 et s'il vit avec la mère de son enfant, aucun élément ne permet de considérer qu'il ne pourrait pas reconstituer sa cellule familiale en Roumanie, pays dans lequel il ne démontre pas être dépourvu d'attaches, dès lors que sa compagne est de nationalité roumaine. De plus, il n'établit pas que sa présence en France auprès de son père, chez lequel il réside, serait nécessaire à ce dernier, et à supposer même que le lien de filiation avec la personne dont il produit l'acte de décès soit établi, le fait que sa mère soit décédée et enterrée en France n'empêcherait pas M. A de résider en Roumanie. Il ne démontre pas non plus des liens d'une particulière intensité ni une insertion sociale en France. Enfin, si M. A occupe un emploi d'agent de nettoyage sous contrat à durée indéterminée depuis le 1er février 2024, rien ne s'oppose à ce qu'il exerce ce métier dans son pays d'origine.

12. Par conséquent, et eu égard à la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société que représente sa présence sur le territoire français, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au respect du droit du requérant à une vie privée et familiale normale, et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 252-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. La décision fixant le pays de destination a été prise sur le fondement de la décision d'expulsion du territoire français. Dès lors que la décision d'expulsion du territoire français n'est pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Jura du 28 février 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Jura et à Me Tronche.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Goyer Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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