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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401268

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401268

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantPERREY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, sous le n° 2401267, M. A C, représenté par Me Perrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " entrepreneur " ou la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Perrey, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen complet de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur de fait ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant un délai de départ volontaire :

- est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2024, sous le n° 2401268, Mme B C, représentée par Me Perrey, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2024 par lequel le préfet du Doubs lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'un an portant la mention " étudiante " ou la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Perrey sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen complet de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle se fonde sur l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant un délai de départ volontaire :

- est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C et Mme B C, ressortissants malgaches nés respectivement le 8 mars 1973 et le 27 novembre 1990, sont entrés en France en 2017. Par deux arrêtés du 22 mai 2024, le préfet du Doubs a rejeté leurs demandes de titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné leur pays de renvoi. Par les présentes requêtes, M. et Mme C demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n°s 2401267 et 2401268 concernent la situation d'un couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux deux requêtes contre les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire :

3. En premier lieu, par un arrêté du 25 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Doubs le 26 mars 2024, le préfet du Doubs a donné délégation à Mme Nathalie Valleix, secrétaire générale de la préfecture du Doubs, pour signer tous les arrêtés, décisions, requêtes, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département du Doubs, au nombre desquelles figurent les décisions de refus de séjour et de reconduite à la frontière. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de leur auteur dont seraient entachées les décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (). ". Aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

5. Il ressort des termes des décisions attaquées qu'elles visent les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui les fondent, notamment les articles L. 421-14 et L. 422-1 s'agissant de la requête de Mme C et l'article L. 421-5 s'agissant de la requête de M. C, qu'elles en visent chacune l'article L. 423-23 du même code ainsi que l'article L. 611-1 3° qui fonde les décisions d'obligation de quitter le territoire. Lesdites décisions mentionnent également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et elles exposent la situation personnelle et familiale de chacun des requérants, en particulier le niveau des ressources dégagées par l'activité économique de la société de M. C et la situation de Mme C au regard de ses études. Les décisions attaquées comportent donc les considérations de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

6. En troisième lieu, les requérants allèguent que le préfet du Doubs n'a pas pris en compte les caractéristiques propres de leurs situations personnelle et familiale. Cependant, les décisions attaquées font état des enfants mineurs du couple. Par ailleurs, s'agissant de la décision refusant le titre de séjour de M. C, la situation professionnelle de l'intéressé est évoquée, alors que s'agissant de Mme C, la décision prend en compte la situation de cette dernière au regard de ses études en France. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation des requérants doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces des dossiers que, si M. et Mme C sont entrés en France en 2017, ils ne peuvent se prévaloir d'une résidence régulière que depuis le 22 juin 2022. En effet, M. C, qui dispose d'un diplôme de master obtenu en France en 2004, ne démontre pas qu'il aurait ensuite continuer à résider en France. En outre, si les trois enfants du couple nés respectivement en 2010, 2011 et 2013 sont scolarisés en France, et que deux d'entre eux sont inscrits pour l'année 2024-2025 au centre de formation du club de football de Sochaux Montbéliard, il n'est pas établi que la reconstitution de la cellule familiale serait impossible dans leur pays d'origine ni que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité et leurs activités sportives à Madagascar. Enfin, si Mme C soutient participer de manière active aux projets d'une association ayant pour objet le développement et le rayonnement de Madagascar, les documents produits ne permettent pas de l'établir. Pour sa part, M. C n'apporte pas d'éléments attestant qu'il est père d'un enfant français majeur né en 2005 ainsi qu'il l'affirme. De plus, M. et Mme C ne démontrent pas ni même n'allèguent être dépourvus d'attaches familiales à Madagascar où ils ont résidé la majeure partie de leur vie. Ils ne font donc pas état de liens personnels et familiaux d'une intensité telle que les décisions attaquées porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont Mme C ne peut au demeurant utilement se prévaloir à l'appui d'une demande de titre de séjour relevant des dispositions de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens communs aux deux requêtes contre les décisions de refus de titre de séjour :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

12. En dehors des cas où il satisfait aux conditions fixées par la loi, ou par un engagement international, pour la délivrance d'un titre de séjour, un étranger ne saurait se prévaloir d'un droit à l'obtention d'un tel titre. S'il peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que la décision du préfet, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent pas des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge.

13. Les requérants ne peuvent donc utilement soutenir que le préfet du Doubs aurait méconnu, pour appliquer les dispositions citées au point 11, celles de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012. En outre, la création en janvier 2023 d'une autoentreprise par M. C, l'inscription dans une formation doctorale de Mme C et les circonstances familiales et personnelles exposées au point 8 ne permettent pas de justifier d'un motif exceptionnel au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la requête n° 2401267 de M. C contre la décision de refus de titre de séjour :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. C a crée en janvier 2023 sous le régime de l'autoentreprise une société de conseil pour les affaires et autres conseils de gestion. Cependant, d'une part, le requérant ne fournit aucune précision ni ne produit aucune pièce permettant de considérer que cette activité non salariée serait économiquement viable. A cet égard, les seuls relevés de déclaration de chiffre d'affaires de 4 100 euros pour le dernier trimestre 2023, de 4 028 euros pour le premier trimestre 2024 et de 5 350 euros pour le deuxième trimestre 2024 ne permettent pas de l'établir.

16. D'autre part, si le requérant soutient que le préfet, en se fondant sur la comparaison des revenus tirés de cette activité avec le montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance, a retenu un critère qui n'est pas prévu par l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, ces dernières dispositions ne portent que sur la liste des pièces à fournir pour la délivrance des titres de séjour, et non sur les critères d'examen des demandes. Par suite, le préfet du Doubs est fondé à considérer dans la décision attaquée que le requérant ne peut justifier de moyens suffisants tirés de son activité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

17. En second lieu, si le requérant soutient que le préfet n'a pas correctement pris en compte le revenu tiré de son activité pour procéder à la comparaison avec le salaire minimum interprofessionnel de croissance, il ressort des pièces du dossier que le chiffre d'affaires déclaré par le requérant pour le premier trimestre 2024 s'élève à 4 028 euros soit 1 342 euros par mois en moyenne et celui déclaré pour le deuxième trimestre 2024, établi postérieurement à la décision attaquée, à 5 350 euros soit 1 783 euros mensuels, somme qui ne prend pas en compte la déduction des charges sociales permettant d'évaluer son revenu net, alors que le montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance est à la même date de 1 398 euros nets mensuels. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la requête n° 2401268 de Mme C contre la décision de refus de titre de séjour :

18. Aux termes de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'un diplôme équivalent au grade de master qui mène des travaux de recherche ou dispense un enseignement de niveau universitaire, dans le cadre d'une convention d'accueil signée avec un organisme public ou privé ayant une mission de recherche ou d'enseignement supérieur préalablement agréé se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " talent-chercheur " d'une durée maximale de quatre ans. Lorsque la convention d'accueil fait état de l'appartenance à un programme de mobilité, la carte de séjour porte la mention " talent-chercheur-programme de mobilité ". / Cette carte permet l'exercice d'une activité professionnelle salariée dans le cadre de la convention d'accueil ayant justifié la délivrance du titre de séjour. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, lorsque l'étranger bénéficiaire de cette carte se trouve involontairement privé d'emploi à la date du renouvellement de sa carte, celle-ci est renouvelée pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ". Aux termes de son article L. 422-1 : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

19. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a déposé sa demande de titre de séjour dans le cadre du passeport talent-chercheur et donc sur le fondement de l'article L. 421-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, quand bien même elle produit une attestation de formation doctorale pour l'année 2024-2025, elle n'est pas fondée à soutenir que, pour prendre la décision attaquée, le préfet du Doubs aurait examiné à tort sa demande sur le fondement de ces dispositions et non sur celles de l'article L. 422-1 du même code.

20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants contre les décisions par lesquelles le préfet du Doubs a refusé de leur délivrer un titre de séjour et leur a fait obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions fixant le délai de départ volontaire :

21. En premier lieu, les décisions d'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions doit être écarté.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

23. La décision statuant sur l'octroi éventuel d'un délai de départ volontaire à l'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire est l'accessoire de la décision d'éloignement dont elle constitue une simple mesure d'exécution. Par suite, les décisions par lesquelles le préfet du Doubs a accordé aux requérants un délai de trente jours pour exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire qui leur est faite ne sauraient, eu égard à leur objet et leurs effets, être regardées comme ayant le caractère de décisions défavorables, que dans l'hypothèse où les requérants auraient saisi le préfet d'une demande tendant à ce que leur soit accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ou fait état de circonstances tenant à leur situation personnelle de nature à justifier que leur soit accordé un tel délai, à titre exceptionnel. Or les requérants n'établissent pas avoir formulé une telle demande. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions fixant le pays de destination :

24. Les décisions d'obligation de quitter le territoire n'étant pas illégales, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Les conclusions à fin d'annulation des requêtes n°s 2401267 et 2401268 étant rejetées, les conclusions à fin d'injonction de ces deux requêtes doivent également être rejetés.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

26. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Mme B C, au préfet du Doubs et à Me Perrey.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Goyer Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2401267-2401268

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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