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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401289

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401289

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a annulé l'arrêté du préfet du Jura du 2 juillet 2024 refusant un titre de séjour à M. A B, ressortissant tunisien, et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet s'était fondé sur des faits matériellement inexacts en ne tenant pas compte de l'ensemble des bulletins de salaire produits, qui démontraient une activité professionnelle plus longue que les 13 mois retenus. Cette erreur de fait a entaché d'illégalité la décision de refus de titre de séjour, entraînant par voie de conséquence l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour. La solution s'appuie sur les stipulations de l'accord franco-tunisien et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. C A B, représenté par Me Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Jura lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Kiefer, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 9 mai 1990 et entré en France le 10 octobre 2017 selon ses déclarations, a sollicité, le 30 novembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 3, 7 quater et 11 de l'accord franco-tunisien. Par un arrêté du 2 juillet 2024, dont M. A B demande l'annulation, le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a sollicité son admission au séjour par un courrier réceptionné par la préfecture du Jura le 2 décembre 2022. A l'appui de sa demande, l'intéressé faisait notamment état de son arrivée sur le territoire français en octobre 2017, de l'exercice d'une activité professionnelle dans la restauration, de la conclusion d'un contrat à durée indéterminée avec la société NKM, de la volonté de cette société de le garder en tant qu'employé et de l'avis favorable de la Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l'Emploi en date du 11 septembre 2019. Par un arrêté du 9 janvier 2024, le préfet du Jura lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de séjour sur le territoire français pour une durée d'un an. Cet arrêté a toutefois été annulé par un jugement du tribunal du 26 mars 2024, qui enjoignait au préfet de procéder au réexamen de la demande de M. A B. Par l'arrêté attaqué, le préfet du Jura a donc à nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

3. Cependant, il ressort des termes de ce nouvel arrêté que pour fonder sa décision, le préfet du Jura s'est borné à constater que l'intéressé se prévalait d'une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet auprès de la société NKM en qualité de cuisinier, et qu'il ne justifiait que de 13 mois d'activité sur le territoire français. Or, ces indications sont contredites par les pièces du dossier, qui permettent de constater que M. A B, qui produit de multiples bulletins de salaire, a été employé par la même société à de nombreuses reprises depuis 2018 et, si une période d'interruption est liée à la pandémie de COVID19, il justifie ainsi d'une ancienneté d'activité bien supérieure à 13 mois. De plus, contrairement à ce qu'il soutient à l'appui de son mémoire en défense, le préfet du Jura était tenu de se prononcer sur la situation de l'intéressé à la date de sa décision et non à la date de la demande. Dès lors, dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir que le préfet du Doubs a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'un défaut d'examen particulier et actualisé de sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français, fixant son pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de M. A B soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet du Jura de procéder à ce réexamen, en tenant compte des circonstances de fait et de droit à la date de sa décision, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Jura du 2 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Jura de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de M. A B, en tenant compte des circonstances de fait et de droit à la date de sa décision, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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