mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juillet et 14 septembre 2024, M. D B C et Mme E B C demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 juin 2024 par laquelle la commission académique de Besançon a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 23 avril 2024 portant refus d'instruction en famille au profit de leur enfant A ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Besançon de leur délivrer une autorisation d'instruction en famille pour leur enfant A ou subsidiairement, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de leur enfant dès lors qu'elle a été prise sur un motif qui ne correspond pas à leur recours administratif préalable obligatoire ;
- la commission de recours académique s'est prononcée sur un dossier qui ne comportait pas toutes les pièces qu'ils ont transmises à l'appui de leur demande ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, au sens des articles L. 131-5 du code de l'éducation et des articles 3, 18 et 29 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée à cet égard d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article L. 131-5 du code de l'éducation dès lors que leur enfant aura une pratique artistique encore plus intensive qu'au cours de l'année scolaire 2023- 2024 pour laquelle il avait obtenu une autorisation d'instruction en famille, et que son emploi du temps est incompatible avec une instruction dans un établissement d'enseignement ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;
- et les observations de M. B C, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B C ont demandé, au titre de l'année scolaire 2024-2025, une autorisation d'instruction en famille pour leur enfant A, âgé de sept ans, en raison de l'existence d'une pratique d'activités artistiques intensives. Par une décision du 23 avril 2024, le directeur académique des services de l'éducation nationale a rejeté leur demande, puis par une décision du 5 juin 2024, la commission de recours académique a rejeté leur recours administratif préalable obligatoire. Par la présente requête, M. et Mme B C demandent au tribunal d'annuler cette seconde décision.
Sur la légalité de la décision contestée :
Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans. () ". Aux termes de l'article L. 131-2 du même code, modifié par l'article 49 de la loi du 24 août 2021 : " L'instruction obligatoire est donnée dans les établissements ou écoles publics ou privés. Elle peut également, par dérogation, être dispensée dans la famille par les parents, par l'un d'entre eux ou par toute personne de leur choix, sur autorisation délivrée dans les conditions fixées à l'article L. 131-5. () ". Aux termes de l'article L. 131-5 du même code : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : / 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; / 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; / 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; / 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille. () ". Aux termes de l'article R. 131-11-3 du même code : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par la pratique d'activités sportives ou artistiques intensives, elle comprend : / 1° Une attestation d'inscription auprès d'un organisme sportif ou artistique ; / 2° Une présentation de l'organisation du temps de l'enfant, de ses engagements et de ses contraintes établissant qu'il ne peut fréquenter assidûment un établissement d'enseignement public ou privé. ". Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l'obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement ou école d'enseignement, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à ce que l'instruction d'un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d'une part dans un établissement ou école d'enseignement, d'autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l'issue de cet examen, de retenir la forme d'instruction la plus conforme à son intérêt.
3. L'article L. 131-5 du code de l'éducation prévoit que l'autorisation d'instruction dans la famille, qui constitue une dérogation au principe d'instruction dans un établissement ou école d'enseignement, peut être accordée en cas de pratique d'activités sportives ou artistiques intensives. L'article R. 131-11-3 du code de l'éducation dispose que ces demandes comprennent une attestation d'inscription auprès d'un organisme sportif ou artistique et une présentation de l'organisation du temps de l'enfant, de ses engagements et de ses contraintes établissant qu'il ne peut fréquenter assidûment un établissement d'enseignement public ou privé, permettant de justifier de la réalité et de l'intensité de la pratique sportive ou artistique de l'enfant, pour l'année scolaire en cours et, autant que de possible, pour l'année scolaire à venir, afin d'établir qu'elle n'est pas compatible avec son instruction dans un établissement d'enseignement.
4. Pour refuser aux requérants l'autorisation d'instruction dans la famille de leur enfant A, la commission de recours académique s'est fondée sur la circonstance que les horaires pendant lesquels il se rend à l'école de musique sont compatibles avec une scolarisation et que seule la séance prévue le mardi après-midi devrait être décalée.
5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'enfant A doit se rendre dans différentes écoles de musique situées à Lure et Belfort afin de poursuivre ses apprentissage du piano, du violon et du chant, à raison de quatre fois par semaine, et que ces enseignements artistiques doivent être complétés par un travail personnel quotidien, pour un total d'environ 11 heures de pratique musicale hebdomadaire. Il ressort également des projections d'emplois du temps produits par les requérants qu'une scolarisation en établissement impliquerait une multiplication des trajets quotidiens, des amplitudes horaires s'étendant de 7H15 à 19H au plus tôt et 21H30 au plus tard, ainsi que des temps de pause extrêmement réduits. Il ressort de ces mêmes pièces que ces conséquences, qui seraient préjudiciables à l'équilibre et à la santé de l'enfant, âgé de seulement sept ans, pourraient être évitées dans le cadre d'une instruction en famille.
6. Dans ces conditions, M. et Mme B C sont fondés à soutenir qu'au vu de la situation de leur enfant, son instruction en famille, compte tenu de ses avantages et de ses inconvénients par rapport à une instruction dans un établissement d'enseignement, est la plus conforme à son intérêt. Dès lors, en refusant de délivrer aux intéressés une autorisation d'instruction en famille, la commission académique de l'académie de Besançon a fait une inexacte appréciation des dispositions précitées de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B C sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée du 5 juin 2024.
Sur l'injonction :
8. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la rectrice de l'académie de Besançon autorise l'instruction en famille au profit de l'enfant A pour l'année scolaire en cours 2024-2025. Il y a dès lors lieu de l'enjoindre à délivrer cette autorisation dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Eu égard aux frais alloués dans le cadre du dossier enregistré sous le n° 2401332 concernant l'enfant Basile B C dont l'affaire a fait l'objet d'un audiencement conjoint avec celui de son frère A, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les requérants dans ce dossier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative pour des frais exposés dans le cadre de la même audience.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 5 juin 2024 de la commission académique de Besançon, rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 29 avril 2024 portant refus d'instruction en famille au profit de l'enfant A B C, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Besançon de délivrer à M. et Mme B C, pour leur enfant A, une autorisation d'instruction dans la famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C, Mme E B C à la ministre de l'éducation nationale, et à la rectrice de l'académie de Besançon.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente ;
- M. Debat, premier conseiller ;
- Mme Goyer-Tholon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
C. Goyer-Tholon
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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