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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401361

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401361

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSIMON REY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. F A et Mme B A, représentés par Me Colliou, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 juin 2024 par laquelle la maire de Besançon a rejeté leur demande de dérogation aux secteurs scolaires pour l'année 2024-2025 pour leur fille C, ensemble la décision en date du 3 juillet 2024 rejetant leur demande de réexamen ;

2°) d'enjoindre à la maire de Besançon de réexaminer leur demande de dérogation scolaire dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Besançon une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, la maire de Besançon, représentée par Me Rey, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. et Mme A une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Armand substituant Me Rey, pour la commune de Besançon.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A ont sollicité le 6 mars 2024 auprès de la maire de Besançon une dérogation afin de scolariser leur fille C dans l'école maternelle Bourgogne de Besançon alors que la carte scolaire prévoit une scolarisation dans l'école Cologne de la même commune. Par une décision du 18 juin 2024, confirmée le 3 juillet 2024 à la suite du recours gracieux des requérants, la maire de Besançon a rejeté leur demande. Par la présente requête, M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 18 juin 2024 par laquelle la maire de Besançon a rejeté la demande de dérogation aux secteurs scolaires des requérants ainsi que la décision du 3 juillet 2024 rejetant leur demande de réexamen ont été signées par M. E D, directeur du département éducation, qui a reçu délégation pour signer les actes et décisions relevant exclusivement de son domaine de compétence, notamment les actes, décisions, courriers et attestations relatifs aux inscriptions scolaires et aux dérogations aux périmètres scolaires, par arrêté de la maire de Besançon en date du 10 juin 2024 publié le 12 juin 2024 au recueil des actes administratifs de la ville de Besançon. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Au cas d'espèce, les décisions attaquées se bornent à mentionner le règlement des dérogations, qui ne leur est pas joint, et n'apportent aucune précision sur les dispositions de ce règlement ni sur sa date de publication, et ne visent par ailleurs aucune disposition législative ou réglementaire ni aucune autre considération de droit. De plus, si elles mentionnent le nom de l'enfant, celui de son école de secteur et de l'école demandée, les décisions litigieuses ne comportent aucune considération de fait ayant fondé le refus de dérogation. Aussi, les requérants sont fondés à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille. () / Les familles domiciliées à proximité de deux ou plusieurs écoles publiques ont la faculté de faire inscrire leurs enfants à l'une ou l'autre de ces écoles, qu'elle soit ou non sur le territoire de leur commune, à moins qu'elle ne compte déjà le nombre maximum d'élèves autorisé par voie réglementaire. / Toutefois, lorsque le ressort des écoles publiques a été déterminé conformément aux dispositions de l'article L. 212-7 du présent code, les familles doivent se conformer à la délibération du conseil municipal ou de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale compétent, déterminant le ressort de chacune de ces écoles. ". Aux termes de son article L. 212-7 : " Dans les communes qui ont plusieurs écoles publiques, le ressort de chacune de ces écoles est déterminé par délibération du conseil municipal. Lorsque les dépenses de fonctionnement des écoles publiques ont été transférées à un établissement public de coopération intercommunale sur le territoire duquel il existe plusieurs écoles publiques, le ressort de chacune de ces écoles est déterminé par délibération de l'organe délibérant de cet établissement. L'inscription des élèves par les personnes responsables de l'enfant au sens de l'article L. 131-4 se fait conformément aux dispositions de l'article L. 131-5. ".

6. Aucun principe général du droit ni aucune disposition de loi ou de règlement n'a reconnu aux parents des enfants d'âge scolaire le droit de choisir librement l'établissement devant être fréquenté par leurs enfants. Si les dispositions citées au point précédent ont donné aux familles domiciliées à proximité de plusieurs écoles publiques la faculté de faire inscrire leurs enfants à l'une ou l'autre de ces écoles, elles ont explicitement réservé les cas dans lesquels les nécessités de l'organisation du service public de l'enseignement conduisent à définir des secteurs géographiques dont la population scolaire doit fréquenter les établissements désignés pour desservir lesdits secteurs.

7. En l'espèce, il n'est pas contesté que, compte tenu de l'adresse du domicile de M. et Mme A, leur fille C relève de l'école maternelle Cologne alors que sa demi-sœur Line, est scolarisée à l'école élémentaire Bourgogne. Par ailleurs, il ressort du cadre d'inscription à l'école par dérogation aux périmètres scolaires établi par la commune de Besançon, qui est produit par les requérants, que la situation de C ne relève pas de la dérogation d'office prévue lorsque le frère ou la sœur de l'enfant fréquente l'école demandée. En effet, l'école maternelle Bourgogne et l'école élémentaire Bourgogne sont deux écoles de niveau distinct. De plus, si les requérants soutiennent que l'inscription de C à l'école maternelle Cologne et celle de sa demi-sœur à l'école élémentaire Bourgogne leur imposent une organisation complexe, dès lors que les écoles sont distantes de treize minutes de marche et qu'il leur est impossible de déposer les deux enfants en respectant les horaires des écoles, ils n'apportent aucune précision concernant les horaires d'accueil scolaire, les modes de garde de leurs enfants en dehors de l'école ou leurs éventuelles contraintes professionnelles ou personnelles à l'origine de cette complexité. Par conséquent, et dès lors que la maire de Besançon fait valoir les exigences d'organisation du service public d'enseignement et la nécessité d'équilibrer les effectifs entre les différents groupes scolaires, quand bien même des dérogations auraient été accordées en raison de l'éloignement entre deux écoles de niveau différent, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

9. Il ressort des plans produits en défense que les entrées de l'école maternelle Bourgogne et de l'école élémentaire Bourgogne sont distinctes et que les cours de récréations sont séparées, ce qui implique que C et sa demi-sœur ne pourraient se croiser que de manière très limitée pendant les heures de présence à l'école si C était scolarisée à l'école maternelle Bourgogne. Dès lors, en se prévalant à ce sujet d'une méconnaissance des stipulations susvisées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, les requérants n'apportent aucune précision de nature à établir que les décisions attaquées porteraient atteinte à l'intérêt supérieur de leur fille. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 18 juin 2024 par laquelle la maire de Besançon a refusé d'accorder une dérogation aux secteurs scolaires à M. et Mme A pour leur fille C, ainsi que la décision du 3 juillet 2024 rejetant leur demande de réexamen, doivent être annulées sur le seul fondement d'une insuffisance de motivation, relevant de la légalité externe de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

12. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de dérogation de M. et Mme A fasse l'objet d'un réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 juin 2024 par laquelle la maire de Besançon a refusé d'accorder une dérogation aux secteurs scolaires à M. et Mme A, pour leur fille C, et la décision du 3 juillet 2024 par laquelle la maire de Besançon a rejeté leur demande de réexamen, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Besançon de procéder au réexamen de la demande de M. et Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F et Mme B A et à la commune de Besançon.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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