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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401393

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401393

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de Mme A, ressortissante algérienne, qui contestait un arrêté préfectoral du 19 avril 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requête a été jugée irrecevable car tardive, Mme A ayant eu connaissance de l'arrêté dès le 7 mai 2024 lors d'une précédente instance, ce qui déclenchait le délai de recours de trente jours prévu à l'article R. 776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La demande d'aide juridictionnelle n'a pas interrompu ce délai. En conséquence, les conclusions en annulation et en injonction ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet 2024 et 1er septembre 2024, Mme B A épouse C, représentée par Me Hakkar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet du Doubs a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de retour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que la décision contestée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Par un courrier du 19 septembre 2024, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office tiré de la tardiveté de la requête dès lors que Mme A avait connaissance acquise de l'arrêté contesté depuis le 7 mai 2024 à l'occasion de l'instance n° 2301860 devant le tribunal administratif de Besançon.

Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2024, Mme A a présenté des observations à ce moyen relevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les observations de Me Hakkar pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, de nationalité algérienne, est entrée sur le territoire français le 27 mai 2017 sous couvert d'un visa C court séjour valable du 20 mai au 20 août 2017. Le 21 mars 2023, elle a présenté une demande de certificat de résidence algérien. Par une requête n°2301860, Mme A a demandé l'annulation de la décision par laquelle le préfet a implicitement refusé sa demande. Par un arrêté du 19 avril 2024, le préfet du Doubs a refusé de faire droit à la demande présentée par Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 27 juillet 2024, les conclusions de la requête n°2301860 tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2024 qui s'est substitué à la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Doubs sur la demande de certificat de résidence ont été rejetées. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2024.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".

3. Ainsi que le rappelle le préfet du Doubs dans son mémoire en défense, Mme A a initialement contesté la décision par laquelle a été implicitement refusée sa demande de certificat de résidence. Lors de cette instance, le préfet a produit l'arrêté attaqué du 19 avril 2024, qui a été communiqué par le greffe du tribunal à Mme A le 7 mai 2024. Mme A doit alors être regardée comme ayant eu connaissance de l'arrêté contesté à compter de cette date, déclenchant ainsi le délai de 30 jours prévu par les dispositions citées au point précédent. A cet égard, la demande d'aide juridictionnelle présentée le 3 mai 2024 est sans incidence sur la détermination du délai de contestation, l'effet interruptif et prorogatif de la demande d'aide juridictionnelle ne pouvait concerner que l'instance au cours de laquelle l'arrêté du 19 avril 2024 avait été produit. Par suite, la requête du 18 juillet 2024 a été enregistrée au-delà du délai imparti par les dispositions de l'article R. 776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2024 doivent être rejetées en raison de leur tardivité.

Sur la demande d'injonction :

4. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, la demande d'injonction doit être rejetée.

Sur l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ".

6. Ainsi qu'il a précédemment exposé, Mme A conteste pour la seconde fois l'arrêté du 19 avril 2024. Elle soulève les mêmes moyens que lors de son premier recours et elle expose exactement les mêmes développements dans les deux instances. La présente requête doit alors être regardée comme étant abusive et il y a lieu de retirer à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à Mme A.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

J. Seytel

La présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2401393

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