vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401694 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WOLDANSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 6 et 17 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Woldanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai pour exécuter volontairement cette mesure d'éloignement, a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant vingt-quatre mois à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement.
Il soutient que :
- la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est excessive ;
- la mesure d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pour l'exécution de laquelle elle a été prise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal a désigné Mme Guitard, première conseillère, pour statuer en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Guitard, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
M. A et le préfet du Territoire de Belfort n'étaient ni présents ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 13 janvier 1966, est arrivé régulièrement en France en 2003. Par un arrêté du 30 août 2024, le préfet du Territoire de Belfort lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné l'Algérie comme pays de renvoi et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant deux ans à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement. Par une décision du même jour, il l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement. M. A demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France à l'âge de trente-sept ans, vingt ans avant la date de la mesure d'éloignement contestée. En 2009, il a sollicité son admission au séjour en tant que père d'un enfant français mais, sa reconnaissance de paternité ayant été annulée par le tribunal de grande instance de Montbéliard, la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité lui a été refusée. L'intéressé s'est toutefois maintenu irrégulièrement en France. En 2012, M. A a épousé une ressortissante française et a obtenu, le 6 novembre 2014, un titre de séjour en tant que conjoint de Française. La décision du préfet du Doubs du
21 mars 2016 lui refusant le renouvellement de ce titre de séjour à la suite du décès de son épouse a été annulée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy en date du
24 octobre 2017. En exécution de cet arrêt, M. A a obtenu un certificat de résidence algérien qui lui a été renouvelé jusqu'au 28 juin 2021. Le 23 juin 2018, M. A a épousé une ressortissante marocaine, avec laquelle il a eu un enfant, né le 18 juillet 2018. Les époux se sont séparés au mois de février 2021. Par un jugement du 8 janvier 2024, leur divorce a été prononcé aux torts exclusifs de M. A, en raison d'actes de violences physiques et psychologiques réitérés, commis sur sa conjointe, en présence des enfants, faits pour lesquels M. A a été condamné pénalement à huit mois d'emprisonnement avec sursis. M. A ne peut pas utilement faire valoir les problèmes de santé rencontrés en 2019 pour atténuer sa responsabilité, reconnue par le juge judiciaire, alors au demeurant que les faits de violence conjugales ont été répétés durant plusieurs années. Par un arrêté du 1er décembre 2021, le préfet du Doubs a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Les recours contentieux que M. A a formés à l'encontre de cet arrêté ont été rejetés, tant par le tribunal administratif de Besançon que par la cour administrative d'appel de Nancy. M. A s'est toutefois maintenu irrégulièrement en France, où il a été interpellé le 30 août 2024. Au cours de son audition par les services de police, il a fait état d'un projet de remariage avec son ex-épouse. Si M. A affirme entretenir des relations affectives avec son fils depuis sa naissance, les photographies, les attestations de tiers datant de 2021, les justificatifs de l'exercice du droit de visite qu'il détenait entre 2021 et le mois de mai 2023 et l'attestation rédigée par la mère de l'enfant postérieurement à l'arrêté en litige sont insuffisants pour établir l'existence de contacts réguliers entre le père et l'enfant, qui vit à Nancy avec sa mère, et la participation de M. A à l'entretien et l'éducation de son fils à la date de l'arrêté en litige. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets d'une mesure d'éloignement, la décision contestée ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision d'assignation à résidence :
4. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'assignation à résidence.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
6. Eu égard aux circonstances de fait énoncées au point 3, en particulier à la durée de séjour en France de M. A et à la présence dans ce pays de son fils mineur, en l'absence de menace pour l'ordre public que représente la présence du requérant sur le territoire français, et alors même que l'intéressé se maintient irrégulièrement en France malgré une précédente mesure d'éloignement, le préfet du Territoire de Belfort, en fixant à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, a commis une erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle fixe sa durée à vingt-quatre mois.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 30 août 2024 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a fait interdiction à M. A de retourner sur le territoire français durant vingt-quatre mois à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le même jour est annulée quant à sa durée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Territoire de Belfort.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 septembre 2024.
La magistrate désignée,
F. GuitardLa greffière,
S. Matusinski
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026