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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401834

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401834

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMIGLIORE GABIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2024, M. D C, représenté par Me Migliore, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

3°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de procéder à la suppression de la mention de la décision contestée sur le fichier des personnes recherchées et dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure par méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Debat, premier conseiller, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais né le 16 juillet 2000, est entré en France le 27 juin 2017 et a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français des réfugiés et apatrides le 22 octobre 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 9 juin 2020. Par un arrêté du 4 septembre 2024, le préfet du Territoire de Belfort a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée le 6 décembre 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 3 octobre 2024, M. C s'est vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par le requérant tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle qui sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. B A, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture du Territoire de Belfort, qui, par un arrêté du 31 mai 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Territoire de Belfort le 1er juin 2023, a reçu du préfet du Territoire de Belfort délégation pour signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département. Par suite le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle vise les considérations de droit qui la fondent, notamment les articles L. 421-1, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également l'absence d'autorisation de travail du requérant, l'existence d'une promesse d'embauche en tant qu'animateur sportif par l'ASM Belfort Volley-ball, et fait état des éléments de sa situation familiale et sociale. Par suite, elle comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, et le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, il ressort de la décision attaquée que le préfet du Territoire de Belfort a procédé à l'examen de la situation professionnelle de M. C ainsi que de sa situation familiale et de son insertion sociale. Par conséquent, le moyen tiré d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour, en particulier les demandes incomplètes. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration qui ne sont pas applicables à sa demande. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de cette disposition est inopérant.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

9. Si, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C, le préfet du Territoire de Belfort a examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a également visé les dispositions de l'article L. 435-1 du même code et a conclu à l'absence de circonstance humanitaire particulière concernant le requérant. Par conséquent, la décision attaquée n'ayant pas été fondée uniquement sur les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais également sur celles de son article L. 435-1, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En sixième lieu, si le requérant justifie avoir travaillé au cours de l'année 2022 pendant de courtes périodes en tant qu'agent d'entretien, et démontre disposer de l'attestation de réussite à la certification de langue française, et s'il produit le courrier du président de l'ASM Belfort Volley-ball au préfet du Territoire de Belfort en date du 15 novembre 2023 faisant état de l'intention du club de le recruter en qualité d'animateur sportif, quand bien même cette promesse d'embauche porterait sur un contrat à durée indéterminée, ce que le courrier ne précise pas, ces seuls éléments ne peuvent constituer à eux seuls des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, dès lors que la décision de refus de titre séjour n'est pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. C, qui au demeurant n'apporte au soutien de ses affirmations aucune précision, ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français. Aussi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. S'il se prévaut d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée, M. C, qui est célibataire et sans enfant à charge et dont la famille réside en Albanie, ne fournit aucun élément ni n'apporte aucune précision permettant de justifier d'une insertion sociale particulière ni de liens d'une particulière intensité en France, les attestations de tiers qu'il produit n'étant pas suffisantes. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Dès lors que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet du Territoire de Belfort et à Me Migliore.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. Debat

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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