mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CGBG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2024 et le 7 novembre 2024, Mme C B, représentée par Me Tronche, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2024 par lequel le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans une délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Jura de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros hors taxes à verser à son avocat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elleest entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 octobre 2024 et le 8 novembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Debat, premier conseiller, a donné lecture de son rapport.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante comorienne née le 12 janvier 1983, déclare être entrée à Mayotte en 2003. Elle s'est vue délivrer plusieurs titres de séjours en qualité de parent d'enfant français du 22 août 2014 au 11 octobre 2023. Entrée irrégulièrement sur le territoire métropolitain en février 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en tant que mère de deux enfants français, qui lui a été refusé le 2 septembre 2022. Suite à une nouvelle demande de titre de séjour sur le même fondement, le préfet du Jura, par arrêté du 31 juillet 2024, a refusé de lui délivrer le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Elisabeth Sevenier-Muller, secrétaire générale de la préfecture du Jura, qui a reçu, par un arrêté du préfet du Jura du 27 janvier 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Jura le même jour, délégation de signature pour toutes matières relevant des compétences et attributions du représentant de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".
4. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'elle mentionne que Mme B est mère de deux enfants français scolarisés en France et a fourni des factures à son nom en vue de justifier qu'elle contribue à l'entretien de ses enfants, et fait état de l'examen de la contribution du père des deux enfants à leur entretien et à leur éducation et des attaches familiales et personnelles de la requérante en France. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, s'il n'est pas sérieusement contesté que Mme B, dont les deux enfants français mineurs résident avec elle, contribue à leur entretien et à leur éducation, et si les attestations de vingt-deux virements bancaires du père des enfants au bénéfice D B pour des montants de 109 euros à 300 euros chacun, effectués entre mars 2022 et octobre 2024, permettent d'établir la contribution à l'entretien des enfants français D Mme B par leur père qui réside à Mayotte, la requérante ne produit aucun élément ni aucune pièce permettant d'établir que ce dernier contribuerait à leur éducation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit par méconnaissance des dispositions des dispositions citées au point 3 doit être écarté.
6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit également être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. Alors que le préfet fait valoir, sans être contesté, que les deux enfants français D Mme B, qui vivent avec elle, disposent également de la nationalité comorienne, dès lors que la décision attaquée n'a pas pour effet de les séparer de leur mère et que rien ne permet d'établir qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans le pays d'origine de leur mère, la seule circonstance qu'ils vivent sur le territoire métropolitain depuis 2022 et qu'ils sont scolarisés en France ne peut porter à elle seule atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Jura a refusé à Mme B un titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
11. En deuxième lieu, quand bien même Mme B déclare avoir vécu à Mayotte de 2003 à 2022, les deux enfants français D Mme B résident sur le territoire métropolitain depuis 2022 et sont donc, au moins depuis cette date, séparés de leur père qui réside à Mayotte. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la décision attaquée, dès lors qu'elle ne réserverait pas la possibilité pour la requérante de résider à Mayotte, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B démontre avoir occupé un emploi d'opérateur de production d'avril à octobre 2023 et produit des éléments relatifs à des engagements associatifs, elle n'établit pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité. De plus, elle n'établit pas ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine et rien ne fait ainsi obstacle à ce que sa vie familiale se poursuive avec ses enfants aux A, alors même qu'elle vit séparée du père de ses enfants français. La décision attaquée ne porte donc pas à son droit au respect d'une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 et dès lors que les deux enfants français D Mme B résident avec elle et vivent séparés de leur père qui réside à Mayotte, depuis 2022, date de son entrée sur le territoire métropolitain, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
15. La décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. La décision d'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
18. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une quelconque somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête D B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet du Jura et à Me Tronche.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- M. Debat, premier conseiller,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
P. Debat
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026