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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401868

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401868

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par M. A, mineur ivoirien, d'une demande de suspension de la décision implicite du directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) du Doubs refusant son inscription scolaire. Le juge a constaté que l'administration avait, postérieurement à la requête, engagé des démarches concrètes pour affecter le requérant dans une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A), faisant ainsi perdre à la demande son objet en raison de l'absence d'urgence caractérisée. En conséquence, la requête a été rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision initiale, ni sur l'application des textes invoqués (code de l'éducation, convention internationale des droits de l'enfant).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Dravigny, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 2 septembre 2024, par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale du Doubs (DASEN) a implicitement rejeté sa demande d'inscription dans un établissement scolaire ;

2°) d'enjoindre au DASEN du Doubs de l'inscrire et de l'affecter dans un établissement scolaire adapté à ses besoins dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil, qui s'engage, dans ce cas, à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que :

- la requête est recevable compte tenu de sa capacité à agir, de son discernement suffisant et des circonstances particulières qui caractérisent sa situation de mineur isolé ;

- l'urgence est caractérisée par l'entrave que la carence de l'Etat porte à son droit à la scolarisation et à l'importance capitale que revêt dans son cas l'accès à l'instruction et à la scolarisation ;

- s'agissant de l'existence d'un doute sérieux, la carence de l'Etat à l'affecter dans un établissement scolaire porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'égal accès à l'instruction et à la scolarisation qui est une liberté fondamentale, et contrevient aux articles 2§ 1, 3-1, 26 et 28 de la convention internationale des droits de l'enfant, à l'article 13 du pacte international relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels du 19 décembre 1966, à l'article 1er de la convention de l'ONU du 15 décembre 1960, à l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, à l'article 14 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, à l'article 6 § 3 du traité sur l'Union européenne et aux articles L. 111-1, L. 111-2, L. 131-1, L. 114-1 et L. 122-2 du code de l'éducation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Besançon conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- il n'y a pas urgence ;

- la qualité de mineur n'est pas certaine ;

- un entretien de premier accueil a été conduit le 23 octobre 2024 et un lycée de Besançon a été contacté le 24 octobre 2024 ;

- le requérant n'est pas fondé à demander la suspension de la décision implicite de rejet attaquée dans la mesure où les services de la DASEN du Doubs s'emploient à lui trouver une place en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A).

Vu les autres pièces du dossier et, notamment, la requête n° 2401867 enregistrée le 3 octobre 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Michel, présidente de chambre, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, le lundi 28 octobre 2024, à 14h, en présence de Mme Chiappinelli, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Michel, juge des référés ;

- les observations de Me Dravigny, pour M. A, qui a conclu aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; elle souligne également le manque de diligences de l'administration pour scolariser M. A en dépit des démarches amiables entreprises au cours des derniers mois et la nécessité de recourir au contentieux pour obtenir une réaction de l'administration ;

- et les observations de M. C, pour la rectrice de l'académie de Besançon, qui souligne l'afflux de mineurs non accompagnés auquel le rectorat a été confronté. Il indique être dans l'attente d'un retour de l'établissement contacté, qui est fermé lors des vacances scolaires.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien, né le 17 octobre 2008, a déposé le 2 juillet 2024, une demande de scolarisation en tant qu'élève allophone nouvellement arrivé, accompagné par l'association Solmiré pour l'année 2024-2025 auprès du DASEN du Doubs. Par une décision implicite du 2 septembre 2024, le DASEN du Doubs a refusé d'affecter et d'inscrire M. A dans un établissement scolaire. Par la présente requête, M. A sollicite la suspension de cette décision.

Sur la demande de suspension :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Au titre des dispositions figurant au point précédent, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'éducation : " L'instruction est obligatoire pour chaque enfant dès l'âge de trois ans et jusqu'à l'âge de seize ans. /La présente disposition ne fait pas obstacle à l'application des prescriptions particulières imposant une scolarité plus longue ". Aux termes de l'article L. 114-1 du même code : " La formation est obligatoire pour tout jeune jusqu'à l'âge de sa majorité. / A l'issue de l'instruction obligatoire définie à l'article L. 131-1, cette obligation est remplie lorsque le jeune poursuit sa scolarité dans un établissement d'enseignement public ou privé, lorsqu'il est apprenti ou stagiaire de la formation professionnelle, lorsqu'il occupe un emploi ou effectue un service civique ou lorsqu'il bénéficie d'un dispositif d'accompagnement ou d'insertion sociale et professionnelle/ Le contrôle du respect de leur obligation de formation par les jeunes âgés de seize à dix-huit ans est assuré par les missions locales pour l'insertion professionnelle et sociale des jeunes mentionnées à l'article L. 5314-1 du code du travail, qui bénéficient à cet effet d'un dispositif de collecte et de transmission des données placé sous la responsabilité de l'Etat ". L'article R. 114-1 de ce code énonce que satisfont à l'obligation de formation par la poursuite de la scolarité dans un établissement d'enseignement public ou privé les jeunes qui attestent de leur inscription et de leur assiduité à des actions de formation, qui peuvent être dispensées en tout ou en partie à distance. Et l'article R. 114-2 mentionne que satisfont à l'obligation de formation au titre des dispositifs d'accompagnement ou d'insertion sociale et professionnelle mentionnés à l'article L. 114-1 les jeunes âgés de seize à dix-huit ans bénéficiant d'un accompagnement par un acteur du service public de l'emploi mentionné aux articles L. 5312-1, L. 5314-1 et L. 5214-3-1 du code du travail, bénéficiant d'un parcours de formation personnalisé mentionné à l'article L. 214-14 du présent code, ayant conclu un contrat de volontariat pour l'insertion défini à l'article L. 130-1 du code du service national ou bénéficiant d'un accompagnement par un établissement ou service mentionné aux 2°, 5° et 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles.

5. Au cas d'espèce, il est constant que l'année scolaire 2024-2025 a débuté et que M. A âgé de 16 ans révolus à la date de la présente ordonnance, n'est pas inscrit dans un établissement scolaire. Or, en se bornant à se prévaloir de sa minorité et de la nécessité pour lui d'être scolarisé afin de permettre son intégration et l'acquisition d'un socle de connaissances, alors qu'aucune affectation scolaire ne lui a été proposée depuis son entrée en France intervenue à une date indéterminée et que sa demande auprès du rectorat date du 2 juillet 2024, le requérant n'apporte aucun élément circonstancié de nature à justifier que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation compte tenu de son âge. A cet égard, il n'apporte pas de précisions sur sa situation personnelle exacte, notamment concernant les modalités de sa prise en charge et de son suivi social par l'association Solmiré. Dès lors, en l'état des seuls éléments communiqués, la condition d'urgence ne peut être regardée comme étant remplie.

6. Par suite, les conclusions de la requête aux fins de suspension de l'exécution de la décision en cause, d'injonction et par voie de conséquence, celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de l'académie de Besançon.

Fait à Besançon, le 29 octobre 2024.

La juge des référés,

F. Michel

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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