mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2401890 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2024, M. C D demande au juge des référés :
1°) de dire et juger que l'absence d'AESH pour sa fille, Mme A D constitue une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;
2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Besançon de mettre effectivement en place l'accompagnement de son enfant par un auxiliaire de vie scolaire pour une durée hebdomadaire de 18 heures dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et ce sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- sa fille de 7 ans scolarisée en CP a besoin d'une scolarité adaptée en raison de son handicap (accompagnement AESH 18 h) ;
- il y a urgence car l'accompagnement dont elle bénéficie pour sa scolarité n'est pas adapté (accompagnement partiel par l'AESH) ce qui équivaut à une déscolarisation partielle ;
- la privation de son AESH conduit à porter une atteinte grave à son droit à l'éducation compte tenu de son âge et de son handicap ;
- aucune diligence n'a été mise en œuvre pour pourvoir à ses besoins par un accompagnement par une AESH pendant 18 h en attendant une place en DAME.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné Mme Michel, présidente de chambre, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le lundi 7 octobre 2024, à 15h00, en présence de Mme Chiappinelli, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Michel, juge des référés ;
- les observations de M. B, pour la rectrice de l'académie de Besançon, qui a conclu au rejet de la requête en indiquant que les diligences pour assurer la scolarité de A D avaient été accomplies par l'administration. En effet, l'enfant bénéficie d'un accompagnement par une AESH depuis la rentrée à hauteur de 9h, cet accompagnement a été porté à 12 h depuis une réunion du 1er octobre 2024 à laquelle les parents de l'enfant avaient été conviés, en raison de la fatigabilité importante de la fillette. L'AESH qui accompagne actuellement l'enfant pourrait en outre être positionnée sur 18 h si l'état de santé de l'élève le permet. Il n'y a donc ni urgence ni atteinte à une liberté fondamentale eu égard à l'existence d'une solution de scolarisation adaptée aux besoins de l'enfant.
Le requérant n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Âgée de sept ans, A D souffre d'un trouble autistique et un retard d'acquisition important. Elle est inscrite en classe de CP, à l'école élémentaire de Villars-les-Blamont. Par décision du 21 juin 2024, la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) de la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) du Doubs a attribué une aide humaine individuelle à sa scolarisation, à raison de 18 h par semaine, du 21 juin 2024 au 31 août 2025. Néanmoins, le 2 septembre 2024, lors de sa rentrée en CP, A a vu son accompagnement par une AESH réduit à 9 h par semaine, ce qui a limité d'autant son temps de scolarisation. Lors d'une réunion de suivi éducatif du 1er octobre 2024, une augmentation des horaires de scolarisation de l'enfant a été demandée par M. D. Par la présente requête, et sur la seule base de ses écritures en raison de son absence à l'audience à laquelle il avait pourtant été régulièrement convoqué, M. D doit être regardé comme sollicitant auprès du juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la prise de toutes mesures utiles et nécessaires à la sauvegarde du droit à l'éducation de son enfant, en enjoignant à la rectrice de l'académie de Besançon de lui affecter une AESH conformément à la notification de la CDAPH du Doubs en date du 21 juin 2024, au besoin sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
3. D'autre part, l'égal accès à l'instruction, garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère celui de la Constitution du 4 octobre 1958, ainsi que par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est également rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, aux termes duquel : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun () ", ainsi qu'à son article L. 111-2, aux termes duquel : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation. / () / Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes et de ses besoins particuliers, aux différents types ou niveaux de la formation scolaire. / () ". Ces dispositions sont complétées par celles de l'article L. 112-1 du même code, aux termes duquel : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'État met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap. / () ", et par celles de son article L. 112-2, aux termes duquel : " Afin que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap a droit à une évaluation de ses compétences, de ses besoins et des mesures mises en œuvre dans le cadre de ce parcours, selon une périodicité adaptée à sa situation. Cette évaluation est réalisée par l'équipe pluridisciplinaire mentionnée à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. Les parents ou le représentant légal de l'enfant sont obligatoirement invités à s'exprimer à cette occasion. / En fonction des résultats de l'évaluation, il est proposé à chaque enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap, ainsi qu'à sa famille, un parcours de formation qui fait l'objet d'un projet personnalisé de scolarisation assorti des ajustements nécessaires en favorisant, chaque fois que possible, la formation en milieu scolaire ordinaire. Le projet personnalisé de scolarisation constitue un élément du plan de compensation visé à l'article L. 146-8 du code de l'action sociale et des familles. Il propose des modalités de déroulement de la scolarité coordonnées avec les mesures permettant l'accompagnement de celle-ci figurant dans le plan de compensation ".
4. La privation pour un enfant, notamment s'il souffre d'un handicap ou d'un trouble de la santé invalidant, de la possibilité de bénéficier d'une scolarisation ou d'une formation scolaire adaptée, selon les modalités que le législateur a définies afin d'assurer le respect de l'exigence constitutionnelle d'égal accès à l'instruction, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale pouvant justifier l'intervention du juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, sous réserve qu'une urgence particulière rende nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures. En outre, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte, d'une part de l'âge de l'enfant, d'autre part des diligences accomplies par l'autorité administrative compétente, au regard des moyens dont elle dispose.
5. Il résulte de l'instruction, notamment des propos tenus en audience par le représentant de la rectrice de l'académie de Besançon, non contredits par les pièces du dossier ni par M. D qui ne s'est pas présenté ni fait représenté, qu'eu égard aux diligences accomplies par l'administration et à la fatigabilité de la jeune A, âgée de 7 ans et scolarisée en CP, les mesures mises en œuvre à la date de la présente ordonnance pour assurer sa scolarisation procèdent d'une réunion de suivi pédagogique intervenue le 1er octobre 2024 et à laquelle les parents avaient été conviés. Les aménagements prévus permettent la prise en charge de l'enfant par une AESH à hauteur de 12 h hebdomadaires, extensibles à 18 h au besoin, si l'état de santé de l'élève le permet. Dès lors, aucune urgence ni atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne sont caractérisées en l'espèce. Par suite, la requête de M. D ne peut qu'être rejetée. La présente ordonnance ne fait cependant pas obstacle à une nouvelle saisine du juge des référés, en cas d'absence ultérieure de prise en charge de l'accompagnement nécessité par le handicap de la jeune A.
Sur les conclusions à fin d'astreinte :
6. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de prononcer une astreinte.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Les dispositions de cet article font obstacle à la condamnation de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, sur ce fondement.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera transmise, pour information, à la rectrice de l'académie de Besançon.
Fait à Besançon, le 9 octobre 2024.
Le juge des référés,
F. Michel
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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