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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401917

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401917

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre des référés

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a été saisi d’une requête en annulation contre un arrêté préfectoral du 8 octobre 2024 mettant en demeure des occupants sans titre, dont les requérants, de quitter un terrain situé à Besançon sous 24 heures. Les requérants contestaient la motivation de la décision et l’absence d’atteinte à l’ordre public. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que la décision était suffisamment motivée et que le stationnement illicite, en l’absence d’aires d’accueil adaptées dans la commune, portait atteinte à la salubrité et à la sécurité publiques, conformément à l’article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024 à 19 h 32, et un mémoire enregistré le 10 octobre 2024, Mme J F, M. A B, M. C G, M. I E et M. H K demandent au tribunal d'annuler la décision du 8 octobre 2024 par laquelle le préfet du Doubs a mis en demeure les occupants sans droit ni titre du terrain situé rue de Chardonnet à Besançon et leurs véhicules de quitter les lieux dans le délai de vingt-quatre heures à compter de sa notification.

Les requérants soutiennent que :

- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

- aucun des occupants concernés ne porte atteinte à la sécurité, la salubrité ou la tranquillité publiques.

La requête a été régulièrement communiquée au préfet du Doubs qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le décret n° 2019-171 du 5 mars 2019 relatif aux aires de grand passage ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif a désigné M. D pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 779-1, R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 octobre 2024 en présence de Mme Chiappinelli, greffière, M. D a lu son rapport et entendu :

- les observations de Mme F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 4 octobre 2024, la maire de la ville de Besançon a demandé au préfet du Doubs d'engager la procédure d'évacuation forcée des véhicules situés sur le terrain appartenant à la ville avenue de Chardonnet à côté du parking de La Rodia et de mettre en demeure leurs occupants de quitter les lieux. Par un arrêté du 8 octobre 2024, notifié le 9 octobre suivant, le préfet du Doubs a mis en demeure les intéressés de quitter, dans le délai de 24 heures, le terrain qu'ils occupent. Les requérants, propriétaires des véhicules énumérés par l'arrêté préfectoral, demandent au tribunal d'annuler cet acte.

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet. () II. - Dans chaque département, au vu d'une évaluation préalable des besoins et de l'offre existante, notamment de la fréquence et de la durée des séjours des gens du voyage, de l'évolution de leurs modes de vie et de leur ancrage, des possibilités de scolarisation des enfants, d'accès aux soins et d'exercice des activités économiques, un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité ; 2° Des terrains familiaux locatifs aménagés et implantés dans les conditions prévues à l'article L. 444-1 du code de l'urbanisme et destinés à l'installation prolongée de résidences mobiles, le cas échéant dans le cadre des mesures définies par le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées, ainsi que le nombre et la capacité des terrains ; () ". Aux termes de l'article 9 de cette loi : " I .-Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; () II. En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. /La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain () II bis.- Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine ". L'article R. 779-1 du code de justice administrative dispose que : " Les requêtes dirigées contre les décisions de mise en demeure de quitter les lieux mentionnées au II bis de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du présent code applicables aux requêtes en annulation, sous réserve des dispositions du présent chapitre ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions que le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage peut prendre un arrêté interdisant, sur tout ou partie du territoire communal, le stationnement des résidences mobiles appartenant à des gens du voyage en dehors des espaces aménagés à cet effet lorsque l'établissement précité a satisfait à l'une des conditions définies par les dispositions du I de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, notamment lorsque l'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet. En l'espèce, Grand Besançon métropole, établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, a satisfait aux obligations qui sont les siennes en la matière et qui sont inscrites dans le schéma départemental d'accueil des gens du voyage 2021-2026. Par ailleurs, la maire de la ville de Besançon a pris le 19 février 2021 un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage en dehors des aires d'accueil équipées et aménagées qui leur sont réservées.

4. D'autre part, il résulte également des dispositions précitées qu'en cas de méconnaissance d'un tel arrêté d'interdiction se traduisant par un stationnement de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, le préfet peut mettre en demeure les occupants de quitter les lieux et procéder le cas échéant à leur évacuation forcée, cette mise en demeure étant applicable pendant sept jours sur le territoire couvert par l'arrêté d'interdiction.

5. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui le fondent, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que les requérants sont les propriétaires de 6 des 7 véhicules identifiés par l'arrêté contesté. Ces véhicules correspondent à un bus anglais, une caravane, un camping-car et des camions ou camionnettes aménagés pour y vivre. Ils sont stationnés sur un terrain qui n'est affecté à aucun usage particulier par la ville de Besançon. Si la décision contestée vise un rapport de police du 7 octobre 2024, ce rapport n'a pour objet que de constater la présence illicite de ces véhicules sur le terrain précité à l'exclusion de toute atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Par ailleurs, les requérants font valoir sans être contredits qu'ils n'appartiennent pas à la communauté des gens du voyage et ne forment même pas un groupe et encore moins un " campement " même s'ils se connaissent. Ils ajoutent qu'ils suivent des formations professionnelles, des études ou travaillent et sont de ce fait peu présents dans leurs véhicules. Ils soutiennent également que leurs véhicules sont équipés de panneaux solaires, de réserves d'eau et de toilettes sèches et qu'ils se rendent sur l'aire d'accueil des camping-cars de la ville rue d'Arènes pour y trouver de l'eau potable et vider leurs ordures et eaux usées. Ils déclarent en outre procéder au tri sélectif de leurs déchets, disposer d'un badge d'accès en déchetterie et produisent des photographies du site et de leurs véhicules dont il ressort que 7 véhicules sont garés correctement en bordure du terrain en litige et sans qu'apparaissent de déchets ou de rejets sur le terrain.

7. Compte tenu de ces éléments, il y a lieu de considérer que le stationnement des véhicules des requérants n'est pas de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Par suite, le préfet du Doubs a fait une inexacte application des dispositions du II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en prenant l'arrêté contesté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté contesté doit être annulé en tant qu'il concerne les véhicules appartenant aux requérants.

D E C I D E

Article 1 : L'arrêté du préfet du Doubs en date du 8 octobre 2024 est annulé en tant qu'il concerne les véhicules immatriculés EH-858-KD, 7662-QY-25, DJ-909-KJ, FG-782-PJ, AF-070-KQ et EC-619-JC.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme J F, M. A B, M. C G, M. I E, M. H K et au préfet du Doubs.

Copie, pour information, en sera adressée à la ville de Besançon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

A. D La greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2401917

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