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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2401932

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2401932

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2401932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. B D, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours, et l'a astreint à se présenter tous les jours de la semaine, sauf les jours fériés, à 8h30 au commissariat de police de Belfort, et à ne pas sortir du département sans autorisation de ses services ;

2°)d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à la suppression de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas procédé à une vérification de son droit au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'aucun risque de fuite n'est caractérisé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que l'usage d'un faux document pour l'embauche ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant assignation à résidence dans le département du Territoire de Belfort :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Kiefer, conseillère, pour statuer en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue à partir de 11h00 :

- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,

- et les observations de Me Milly, substituant Me Weinberg, pour M. D, qui reprend les moyens développés à l'appui de sa requête, précise notamment que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 5 octobre 2024 est commun à toutes les décisions attaquées, soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois est disproportionnée, et indique enfin que M. D a quitté son pays afin de pouvoir librement exercer une religion non musulmane.

M. D a produit des pièces complémentaires au cours de l'audience, qui ont été régulièrement communiquées au préfet du Territoire de Belfort.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 28 février 1990, est entré en France le 9 décembre 2023 muni d'un visa délivré par les autorités espagnoles valable du 1er novembre 2023 au 15 décembre 2023 selon ses déclarations. Par un arrêté du 5 octobre 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours, et l'a astreint à se présenter tous les jours de la semaine, sauf les jours fériés, à 8h30 au commissariat de police de Belfort, et à ne pas sortir du département sans autorisation de ses services.

Sur le moyen commun à toutes les décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 31 mai 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Territoire de Belfort sous le numéro n° 90-2023-05-31-00010, le préfet du Territoire de Belfort a donné délégation à Mme A C, directrice de cabinet, à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions du préfet de département, à l'exception de certains cas parmi lesquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La décision portant de quitter le territoire français est motivée. / Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

4. La décision contestée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Territoire de Belfort a fait application pour obliger M. D à quitter le territoire français. Elle indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles il s'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, quel que soit le fondement d'une obligation de quitter le territoire français, une telle décision ne peut être édictée qu'après que l'autorité administrative a procédé à la vérification du droit de l'intéressé au séjour, laquelle doit tenir compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et d'éventuelles considérations humanitaires de nature à justifier un tel droit. A cet égard, si une obligation de quitter le territoire français ne peut être prise à l'encontre d'un étranger qu'après vérification de son droit au séjour, cette vérification ne saurait être interprétée comme consistant en une analyse par le préfet des divers titres de séjour auxquels l'étranger pourrait prétendre. Il appartient seulement au préfet, ainsi qu'il l'a fait, de prendre en considération les éléments tenant à la durée de sa présence sur le territoire, à ses liens avec la France et aux considérations humanitaires qui pourraient justifier son maintien sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée, que le préfet du Territoire de Belfort a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. D se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2023, de son insertion professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de mécanicien depuis le 10 juin 2024, de la présence de sa sœur en situation régulière sur le territoire français, et de l'impossibilité d'exercer une religion non musulmane en Algérie, qui l'a motivé à rejoindre le territoire français. Toutefois, son arrivée en France est récente, il est célibataire et sans charge de famille et il ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale ou personnelle en Algérie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par ailleurs, il ne justifie pas de l'exercice d'une religion particulière. Dans ces conditions, le préfet du Territoire de Belfort n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Territoire de Belfort l'a obligé à quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

11. Pour motiver le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire attaqué, le préfet du Territoire de Belfort a cité les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il a indiqué qu'il existait un risque que M. D se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet dès lors qu'il n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative et qu'il a explicitement déclaré ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque donc en fait et doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée, que le préfet du Territoire de Belfort a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D avant de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () ".

14. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition du 5 octobre 2024 des services de police de Montbéliard, que M. D, qui s'est borné à exprimer qu'il ne souhaitait pas retourner en Algérie, ne peut être regardé comme ayant déclaré explicitement son intention de ne pas exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, contrairement à ce qu'indique la décision attaquée. Toutefois, alors qu'il ressort également de ce procès-verbal d'audition qu'il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de la durée de validité de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, le préfet du Territoire de Belfort a pu considérer à bon droit qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision de quitter le territoire français dont il fait l'objet et décider de lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur dans l'appréciation du risque de fuite de M. D doit être écarté.

15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Territoire de Belfort aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. D en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Territoire de Belfort lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

18. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé pour quitter le territoire français. Pour fixer à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction de retour, le préfet du Territoire de Belfort a considéré que la présence de M. D sur le territoire français représentait une menace pour l'ordre public. Toutefois, la circonstance selon laquelle il aurait fourni une fausse carte d'identité italienne pour obtenir un contrat à durée indéterminée ne suffit pas à caractériser une telle menace. Le préfet a par ailleurs notamment indiqué que son entrée en France est récente, qu'il n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative, qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il ne justifie d'aucun lien personnel et familial en France et qu'il ne démontre pas être démuni d'attaches familiales en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans et où résident ses parents et six de ses frères et sœurs. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ces autres éléments, alors que M. D n'avait encore fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement, et a rapidement débuté son insertion professionnelle sur le territoire français après son arrivée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que préfet du Territoire de Belfort a méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à vingt-quatre mois la durée de son interdiction de retour sur le territoire français.

19. Compte tenu de ce que la décision portant interdiction de territoire français, qui doit obligatoirement comporter une durée, présente un caractère indivisible, il y a lieu de l'annuler dans son ensemble sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés à l'encontre de cette décision.

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

20. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. D est assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours. L'intéressé soutient toutefois être domicilié dans le vingtième arrondissement de Paris, et verse au dossier de nombreux documents permettant de justifier de cette domiciliation, dont une attestation d'hébergement, un contrat bancaire, un contrat téléphonique, son contrat à durée indéterminée et ses bulletins de salaire. Si M. D a indiqué lors de son audition par les services de police de Montbéliard que cette adresse était dorénavant uniquement son adresse postale, il a également précisé qu'il dormait chez des amis à Strasbourg depuis son embauche en tant que mécanicien en mai 2024 à Erstein. Par ailleurs, le préfet n'établit ni même n'allègue que M. D disposerait d'un hébergement stable dans le département du Territoire de Belfort, alors qu'il soutient qu'il n'y dispose d'aucune attache. Dans ces conditions, en l'assignant à résidence dans ce département, le préfet du Territoire de Belfort a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet du Territoire de Belfort l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision par laquelle il a fixé les modalités de cette assignation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

22. L'exécution du présent jugement, qui se borne à annuler la décision du 5 octobre 2024 prononçant une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois à l'encontre de M. D et les décisions du même jour l'assignant à résidence dans le département du Territoire de Belfort et fixant les modalités de cette assignation, n'implique nécessairement ni la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, ni le réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour. En revanche, il implique qu'il soit enjoint au préfet du Territoire de Belfort de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La décision du 5 octobre 2024 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois à l'encontre de M. D est annulée.

Article 2 : La décision du 5 octobre 2024 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a assigné M. D à résidence dans le département du Territoire de Belfort et la décision du même jour fixant les modalités de cette assignation sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Territoire de Belfort de prendre, dans un délai d'un mois, toute mesure propre à mettre fin au signalement aux fins de non-admission de M. D dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

L. KieferLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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