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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2402017

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2402017

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2402017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2024 du préfet du Doubs, en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, lui refuse l'octroi d'un délai pour exécuter volontairement cette mesure d'éloignement et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français durant trois ans à compter de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français sera annulée en conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Guitard, première conseillère, pour statuer en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les observations de Me Diaz, représentant M. A, qui s'en remet à ses écritures ;

- et les observations de Mme C, pour le préfet du Doubs, qui s'en remet à ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant serbe né le 17 septembre 1996, est arrivé en France pour la dernière fois au mois de mars 2024 selon ses déclarations. Interpellé le 9 octobre 2024, il a fait l'objet, le 11 octobre 2024, de deux arrêtés par lesquels le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français durant trois ans et l'a assigné à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Aux termes de l'article 62 du même décret : " La décision d'admission provisoire est immédiatement notifiée à l'intéressé, () par () le greffier de la juridiction. Lorsque l'intéressé est présent, la décision peut être notifiée verbalement contre émargement au dossier. ". Aux termes de l'article 80 du même décret : " () l'avocat () désigné d'office () est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle () si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des mentions de l'arrêté contesté, qui évoque notamment le séjour régulier en France de sa mère et de ses frères et sœurs, de même que la présence de deux enfants français et de la mère de ces derniers, que le préfet du Doubs a procédé à l'examen préalable de sa situation personnelle avant de lui faire obligation de quitter le territoire français.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé en France le 11 août 2004, à l'âge de sept ans. Sa mère et ses frères et sœurs résident régulièrement sur le territoire français et son père est décédé. S'il a eu une compagne française avec laquelle il a eu deux enfants, il a été condamné à deux reprises, en 2016 et 2021, pour des faits de violences commis sur sa concubine. Le dernier jugement correctionnel lui fait interdiction d'entrer en contact avec sa compagne durant deux ans et lui retire l'exercice de l'autorité parentale sur ses deux enfants. M. A a par ailleurs fait l'objet de nombreuses autres condamnations pénales, notamment pour des faits de port d'arme prohibé, de vol en réunion, de vol par effraction, de vol avec destruction ou dégradation, de recels de biens volés et d'escroquerie. En outre, il s'est vu notifier trois précédentes mesures d'éloignement, dont deux en 2018, qu'il n'a pas exécutées, et une en 2022, qui a été exécutée d'office le 10 février 2023. M. A soutient être revenu sur le territoire français au mois de mars 2024, en violation de l'interdiction qui lui était faite de retourner sur le territoire français durant deux ans, soit jusqu'au 10 février 2025. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la menace pour l'ordre public que fait peser la présence en France de M. A, et nonobstant l'ancienneté du séjour sur le territoire français de l'intéressé et les attaches dont il dispose dans ce pays, la mesure d'éloignement contestée ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport à la nécessité de préserver l'ordre public et de prévenir les infractions pénales. Elle ne méconnaît dès lors pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. En l'absence d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne saurait faire l'objet d'une annulation par voie de conséquence.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions contestées. Ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'Etat des frais exposés par lui et non compris dans les dépens doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 octobre 2024.

La magistrate désignée,

F. GuitardLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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