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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2402029

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2402029

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2402029
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHALIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaires enregistrés respectivement les

15 octobre 2024 et 5 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Halil, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 du préfet du Doubs lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'annuler la décision portant refus de séjour prise par le préfet du Doubs le

15 octobre 2024 ;

4°) d'annuler la décision portant assignation à résidence prise par le préfet du Doubs en date du 19 octobre 2024 ;

5°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut réexaminer sa situation et dans l'attente de ce réexamen lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué du 15 octobre 2024 a été édicté par une autorité incompétente ;

- les décisions figurant au sein de cet arrêté son insuffisamment motivés ;

- cet arrêté n'a pas été notifié dans une langue qu'il comprend ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public et dès lors qu'il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation, méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale garantit par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3. 1 de la CID, l'article 24 de la charte des droit fondamentaux, l'article 5 de la directive 2008/115/ CE du Parlement européen ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa durée et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3. 1 de la CID, l'article 24 de la charte des droit fondamentaux, l'article 5 de la directive 2008/115/ CE du Parlement européen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024 au greffe du tribunal administratif de Nancy, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces versées au dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de justice administrative notamment son article R. 776-15.

La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Poitreau, premier conseiller,

- les observations de M. E pour le préfet du Doubs.

M. C n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 10 novembre 1994, de nationalité algérienne se présentant parfois sous l'identité de Djelali Agoun, est entré irrégulièrement en France le

16 septembre 2021 selon ce qu'il expose. Depuis qu'il est entré en France il a fait l'objet d'un arrêté en date du 16 octobre 2022 lui faisant obligation de quitter le territoire français et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté édicté 12 octobre 2023 le préfet de Police a porté la mesure d'interdiction du territoire à 36 mois. Le 5 juin 2024 M C a été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Besançon d'infraction à la législation sur la détention d'armes, en l'occurrence d'armes classées dans la catégorie des armes de guerre. Il a été condamné pour ces faits à dix mois d'emprisonnement. Le 13 octobre 2024 il a été interpellé à Besançon pour possession de cannabis. Par arrêté du 15 octobre 2024 du préfet du Doubs qui lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et lui a infligé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. C'est cet arrêté dont M C demande l'annulation.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. S'il ressort des pièces du dossier que le requérant a saisi le préfet d'une demande de titre de séjour en date du 5 août 2024, il apparaît que le préfet n'y a donné aucune suite. En conséquence il y a lieu de considéré que cette demande a été implicitement rejetée à compter du 5 octobre 2024. Le requérant ne peut utilement soutenir que cette décision implicite serait entachée d'une motivation insuffisante, ni que cette motivation pourrait révéler un défaut d'examen de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 15 octobre 2024 :

4. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. A D, directeur de la citoyenneté et des libertés de la préfecture du Doubs, qui disposait d'une délégation de signature du préfet du Doubs délivrée par un arrêté du 11 juin 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer tous documents administratifs et comptables concernant son service dans les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français

5. En premier lieu, la décision faisant au requérant obligation de quitter le territoire français qui rappelle les éléments de fait mentionnés au point 1 et les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu si l'arrêté du 15 octobre 2024 mentionne à tort que depuis son entrée en France le requérant n'aurait jamais cherché à régulariser sa situation alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a déposé une demande de titre de séjour le 5 août 2024, cette omission ne permet aucunement de conclure à l'absence d'examen particulier de la situation du requérant, l'arrêté attaqué faisant référence à sa situation familiale, en particulier à sa situation de concubinage avec une ressortissante française et au fait que de cette relation sentimentale est née une fille âgée de quatre mois à la date d'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien- être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et des libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale " et aux termes du 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne :

" Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du

16 décembre 2008 : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les États membres tiennent dûment compte : / a) de l'intérêt supérieur de l'enfant, / b) de la vie familiale, c) de l'état de santé du ressortissant concerné d'un pays tiers, et respectent le principe de non-refoulement. ".

8. Ainsi qu'il a été exposé au point 1 depuis qu'il est entré irrégulièrement en France en septembre 2021, le requérant a commis des faits de délinquance, qui lui ont valu une condamnation par le tribunal correctionnel de Besançon. Il apparaît en outre que le requérant a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français assorti d'une mesure d'interdiction de retour dont il n'a pas contesté la légalité et à laquelle il a refusé de se conformer. Dans ces conditions, eu égard à la faible durée du séjour en France du requérant, de son comportement et au fait qu'il n'est aucunement fait état d'obstacle à la poursuite de la vie commune du couple en Algérie, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français porterait atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions du 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celles de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008. Le requérant, compte tenu de ce qui vient d'être exposé, n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit d'une première mesure d'obligation à quitter le territoire français assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne se trouvait pas dans une situation justifiant que lui soit refusé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. Le requérant n'apporte aucun élément ni aucun argument au soutien du moyen tiré de ce que la décision fixant le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé serait susceptible de l'exposer à des risques de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

13. En premier lieu, ainsi qu'il a été rappelé, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé au requérant. Par suite le préfet du Doubs a pu assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français.

14. En second lieu, eu égard au comportement observé sur le territoire français par le requérant, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction du territoire français qui a été prise à son encontre méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions du 2 de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celles de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

15. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant son assignation à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : M C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

G. PoitreauLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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