lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2402030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Chambre des référés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 27 et 28 octobre 2024, M. B D et M. C A, représentés par Me Candon, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet du Doubs les a mis en demeure de quitter, sous vingt-quatre heures, le parking de la salle polyvalente situé avenue des Acacias à Grand-Charmont ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;
- dès lors que le maire de Grand-Charmont, qui avait transféré au président de la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard ses pouvoirs de police spéciale en matière de gens du voyage, était incompétent pour demander au préfet de prendre l'arrêté de mise en demeure de quitter les lieux, cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- cet arrêté est entaché d'un défaut de base légale en raison du caractère non exécutoire de l'arrêté du 3 mai 2021 par lequel le président de la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard a interdit le stationnement des gens du voyage en dehors des équipements dédiés sur le périmètre géographique, qui n'a pas été affiché, ni publié, ni transmis aux services préfectoraux aux fins de contrôle de légalité ;
- cet arrêté du 3 mai 2021, dont ils entendent exciper de l'illégalité, est entaché d'incompétence en l'absence de transfert par le maire de Grand-Charmont de ses pouvoirs de police spéciale en matière de gens du voyage et est illégal, faute pour la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard d'avoir satisfait à ses obligations en matière d'accueil des gens du voyage ;
- l'arrêté du 25 octobre 2024 contesté est illégal en l'absence de respect, par la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard, de ses obligations en matière d'accueil des gens du voyage prévues à l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 et des dispositions du schéma départemental d'accueil des gens du voyage ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'atteinte à la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques du fait de l'occupation du parking, en raison de la mise en place de dispositifs pour la conservation et l'évacuation des rejets et des eaux usées, d'un branchement électrique sécurisé, du branchement sur une borne d'incendie, de la mise à disposition d'une benne à ordures et de la possibilité qu'ont eu les participants à une manifestation prévue dans la salle polyvalente le 26 octobre 2024 de se garer sur un grand parking situé à l'avant de la salle polyvalente ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en leur accordant un délai limité à vingt-quatre heures, au lieu d'une semaine, pour quitter les lieux, en l'absence d'urgence, de proposition alternative et d'aire de stationnement disponible dans le secteur.
La requête a été notifiée au préfet du Doubs qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2024, la présidente du tribunal a désigné Mme Guitard, première conseillère, pour statuer en application de l'article R. 779-8 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- les observations de MM. D et A, qui font valoir qu'ils se sont installés sur le parking en l'absence d'autres terrains à leur disposition. Ils précisent qu'ils sont venus pour la Toussaint et doivent repartir dans la Sarthe, où ils sont installés et disposent de terrains, le 2 ou le 3 novembre 2024 au plus tard. Ils soulignent que leurs installations électriques sont aux normes, qu'ils disposent de WC chimiques et que leur présence ne pose aucun problème de sécurité. D'autres parkings existent aux alentours et le voisinage ne s'est pas plaint de leur présence. En outre, la manifestation qui devait se tenir dans la salle polyvalente samedi a pu se dérouler sans difficulté et les participants se garer sur le vaste parking situé à l'avant de cet établissement ;
- le préfet du Doubs, régulièrement convoqué, n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 25 octobre 2024, le préfet du Doubs a mis en demeure les personnes ayant installé illégalement leurs caravanes sur un parking de la salle polyvalente situé avenue des Acacias à Grand-Charmont de quitter les lieux dans le délai de vingt-quatre heures, faute de quoi il serait procédé à leur évacuation forcée. MM. D et A, deux de ces occupants, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I.- Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; / 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; / 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () ". En application des dispositions de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " () Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. () Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut, () renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit. () Par dérogation à l'alinéa précédent, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ne peut pas renoncer à ce que les pouvoirs de police des maires des communes membres mentionnées au dernier alinéa du A du I lui soient transférés, sauf si au moins la moitié des maires de ces communes se sont opposés au transfert de plein droit, ou si les maires s'opposant à ce transfert représentent au moins la moitié de la population de l'établissement. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le président d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage peut prendre un arrêté interdisant, sur tout ou partie du territoire couvert par cet établissement, le stationnement des résidences mobiles appartenant à des gens du voyage en dehors des espaces aménagés à cet effet lorsque cet établissement a satisfait à l'une des conditions définies par les dispositions du I de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, notamment lorsque l'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet. Par ailleurs, en cas de méconnaissance d'un tel arrêté d'interdiction se traduisant par un stationnement de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, le préfet peut mettre en demeure les occupants de quitter les lieux et procéder le cas échéant à leur évacuation forcée, cette mise en demeure étant applicable pendant sept jours sur le territoire couvert par l'arrêté d'interdiction.
4. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté contesté, d'une part, que la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard a pris un arrêté, le 3 mai 2021, interdisant le stationnement des résidences mobiles en dehors des équipements dédiés sur le périmètre géographique et, d'autre part, que l'arrêté de mise en demeure attaqué a été pris à la demande du maire de la commune de Grand-Charmont. En l'absence d'observations écrites ou orales du préfet et de production de pièces de sa part, il n'est pas justifié que le président de la communauté d'agglomération du Pays de Montbéliard ait renoncé à ce que les pouvoirs de police spéciale du maire de Grand-Charmont l'autorisant à demander au préfet de mettre en demeure les occupants du parking situé rue des Acacias de quitter les lieux en application des dispositions de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, lui soient transférés de plein droit. En l'absence de production par le préfet des pièces de nature à en justifier, le caractère exécutoire de l'arrêté précité du 3 mai 2021, qui est contesté par les requérants, n'est en tout état de cause pas davantage établi. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie doit être accueilli.
5. En second lieu, il est soutenu par les requérants qu'il ne leur a pas été proposé une solution alternative de stationnement sur une aire disponible dans le même secteur. En l'absence d'observations écrites ou orales du préfet, la seule mention figurant dans l'arrêté attaqué, selon laquelle " la société SOGEIMA, gestionnaire des terrains pour gens du voyage, s'est rendue sur place le 24 octobre 2024 afin de proposer aux occupants de s'installer sur un équipement dédié aux gens du voyage et que cette médiation n'a pas abouti " est trop imprécise sur la solution alternative susceptible d'avoir été proposée pour remettre en cause les affirmations des requérants. Par ailleurs, il ressort des pièces versées au dossier que les caravanes, qui concernent une quinzaine de familles, sont stationnées sur un parking de la salle polyvalente communale, laquelle dispose d'autres parkings à proximité pouvant être utilisés pour les manifestations susceptibles de se tenir dans cette salle. Les caravanes sont dotées de WC sanibroyeurs et de réserves d'eaux usées qui sont vidées dans des lieux adaptés. Les occupants se sont raccordés à une borne à incendie qui dispose d'un autre branchement disponible et ce raccordement peut aisément être débranché par les services de secours en cas de besoin. Une benne a été mise à leur disposition pour stocker les déchets. Enfin, si le branchement électrique est illicite, il ne ressort pas des pièces versées aux débats que celui-ci présenterait un risque pour la sécurité des personnes. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'installation des occupants sur le parking de la salle polyvalente de Grand-Charmont porte atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, au sens de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000.
6. Il résulte de ce qui précède que MM. D et A sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté contesté.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 800 euros à verser à MM. D et A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1 : L'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet du Doubs a mis en demeure les occupants du parking de la salle polyvalente situé avenue des Acacias à Grand-Charmont de quitter les lieux sous vingt-quatre heures, est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à MM. D et A la somme globale de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et M. C A et au préfet du Doubs.
Copie en sera adressée pour information au maire de Grand-Charmont.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 octobre 2024.
La magistrate désignée,
F. GuitardLa greffière,
C. Chiappinelli
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026