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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2402035

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2402035

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2402035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERTIN BRIGITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre et 3 décembre 2024, M. A C B, représenté par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2024 par lequel le préfet du Jura lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant notification de la décision à intervenir et en l'attente de la remise effective de ce titre, la délivrance d'un récépissé avec droit au travail, dans un délai de huit jours suivant notification de la décision ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours suivant notification de la décision à intervenir, à renouveler en l'attente du réexamen du droit au séjour et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Bertin, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que la production de faux documents n'est pas établie ;

- la fraude n'est pas établie ;

- l'intention frauduleuse n'est pas établie ;

- l'éventuelle fraude n'a pas d'incidence sur le droit au séjour en qualité de parent d'enfant français ;

- l'intéressé remplit les conditions de l'obtention d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 25 octobre 1999 est entré irrégulièrement en France le 3 août 2018, selon ses déclarations, et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 2 juillet 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

Sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification des actes d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". L'article 47 du code civil précité pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Il résulte également de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

3. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Jura a opposé à l'intéressé le caractère frauduleux des documents d'état civil présentés.

4. Pour justifier de son état civil à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B avait produit un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance en date du 5 février 2021, une transcription de ce jugement en date du 22 février 2021 et une autre en date du 8 novembre 2022, ainsi qu'une copie conforme du jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du 10 octobre 2022. Le rapport des services d'analyse de la police aux frontières du 16 février 2023, dont le préfet du Jura s'est approprié la teneur, a conclu que les documents étaient falsifiés. Il a plus particulièrement relevé que ces documents étaient établis sur du papier ordinaire dépourvu de toute sécurité documentaire et ne présentaient pas de qualité fiduciaire. S'agissant du jugement supplétif, le rapport a relevé qu'il présente des irrégularités en ce qui concerne la présentation des témoins, le tampon humide présent sur l'original, qui est différent de la copie, alors qu'il s'agit du même tribunal et qu'il présente des fautes d'orthographe et de syntaxe. S'agissant des extraits du registre d'état civil, le rapport indique que le formalisme des deux extraits est différent alors qu'ils proviennent du même bureau et que les dates du greffe concernant le même jugement ne sont pas identiques.

5. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les documents produits par le requérant ont été légalisés. De plus, il produit également une carte consulaire en cours de validité dont les mentions sont cohérentes avec les documents précités. En outre, aucun élément versé au dossier ne permet de douter de l'identité de M. B et la procédure pénale engagée à son encontre pour faux a été classée sans suite. Ainsi, les erreurs matérielles relevées sur les justificatifs d'état civil produits dans le dossier de demande de titre de séjour, telles que révélées par le rapport de la police aux frontières du 16 février 2023, ne sont pas, en tant que telles, de nature à remettre en cause l'identité du requérant. De même, ces erreurs ne sont pas suffisantes, à elles seules, pour établir que les documents d'état civil présentés par l'intéressé seraient frauduleux ou que les mentions qu'ils contiennent ne correspondraient pas à la réalité. Dès lors, le préfet du Jura n'apporte pas d'élément de nature à renverser la présomption de validité qui s'attache aux actes d'état civils étrangers en vertu des dispositions de l'article 47 du code civil.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2024 par laquelle le préfet du Jura lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Jura procède à un nouvel examen de la situation de M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Jura de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la même date. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bertin, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bertin de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 juillet 2024 du préfet du Jura est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Jura de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Bertin une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet du Jura et à Me Bertin.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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