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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2402118

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2402118

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2402118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantABDELLI - ALVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Abdelli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet du Jura lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Jura de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2024, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Kiefer, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 5 février 2002 et entré en France le 20 février 2018, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de parent d'enfant français entre février 2021 et février 2023. Il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour le 20 février 2023. Par un arrêté du 20 août 2024, le préfet du Jura a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant de nationalité française né le 16 décembre 2019 à Lons-le-Saunier, qu'il a reconnu le 7 octobre 2019. Pour démontrer qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, l'intéressé produit de nombreuses factures de cantine, ainsi que des preuves de règlement de ces factures. Il peut ainsi être regardé comme établissant sa contribution effective à l'entretien de son enfant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant a notamment été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier du 7 juillet 2023, à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, avec interdiction d'entrer en relation avec la victime, pour des faits de vol, violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, à savoir la mère de son enfant, en récidive, commis en février 2023. Ainsi, son fils vivant au domicile de sa mère, le juge aux affaires familiales du tribunal de proximité de Dole l'a autorisé à voir son fils, par le biais d'un droit de visite médiatisé, seulement à raison d'une fois par mois, pendant six mois. M. B ne démontre toutefois pas, par la seule production du calendrier des visites, fixées du 14 février 2024 au 17 juillet 2024, qu'il a respecté ce calendrier et qu'il contribue effectivement à l'éducation de son enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces dernières stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Si M. B soutient résider depuis plus de six ans sur le territoire français à la date de l'arrêté attaqué, et indique souhaiter rester auprès de son fils, il n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 16 ans. Par ailleurs, s'il démontre avoir été embauché en qualité de serveur au sein de la brasserie " Le Strasbourg " à Lons-le-Saunier entre le 25 mai 2021 et le 31 mars 2024, il est constant qu'il ne travaille plus depuis cette date. Enfin, en ce qui concerne son fils de nationalité française, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, il ne démontre pas contribuer à son éducation.

6. En tout état de cause, à supposer même que l'intéressé puisse être regardé comme ayant fixé le centre de sa vie privée et familiale en France, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné, par un jugement du 8 mars 2021 du tribunal judiciaire de Lons-le-Saunier, à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis et à une obligation d'accomplir un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes, pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, à savoir la mère de son fils, commis le 9 février 2021. Il a également été condamné le 7 juillet 2023 par le tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier, ainsi qu'il a été dit au point 3, à six mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, avec interdiction d'entrer en relation avec la victime, pour les mêmes faits et pour des faits de vol et de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, et le 22 août 2023 par le même tribunal à cinq mois d'emprisonnement et révocation pour trois mois du sursis prononcé le 8 mars 2021, pour des faits de cession ou offre de stupéfiants à une personne en vue de sa consommation personnel, commis du 1er octobre 2022 au 28 février 2023. Ces faits permettent de considérer, eu égard à leur nature et à leur caractère encore récent à la date de l'arrêté attaqué, que la présence du requérant sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, compte tenu de la menace à l'ordre public que son comportement constitue, le préfet du Jura ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis en refusant de lui renouveler son titre de séjour, en l'obligeant à quitter le territoire français et en prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée de dix-huit mois. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à la menace pour l'ordre public qu'il constitue.

7. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Si M. B établit contribuer à l'entretien de son fils, qui réside avec sa mère, son ancienne compagne, il ne démontre pas participer à son éducation. Pour ces motifs, et pour ceux exposés aux points 3 et 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, et ses conclusions à fin de mise à la charge de l'Etat des entiers dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Jura et à Me Abdelli.

Délibéré après l'audience du 7 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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