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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2500137

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2500137

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2500137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantABDELLI - ALVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2025, M. C A, représenté par

Me Abdelli, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet du Doubs a décidé de le remettre aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs d'examiner sa demande d'asile.

Il soutient que la décision attaquée :

- méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 janvier 2025 et le 3 février 2025, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le

31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Debat, premier conseiller, pour statuer sur le présent litige en application des dispositions de l'article L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debat, magistrat désigné,

- les observations de Me Abdelli, représentant M. A, qui relève que le préfet a produit en défense les preuves de la notification de l'information requise et de la demande de prise en charge par les autorités suisses, qui fait valoir que les conditions dans lesquelles la demande d'asile de M. A a été examinée en Suisse impliquent la mise en œuvre de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 en raison de son traitement accéléré, des conditions d'hébergement, des pressions psychologiques qu'il a subies de la part des représentants des autorités suisses, des mauvaises conditions de l'interprétariat, de la prise en compte incomplète des éléments de son histoire personnelle par le jugement rendu, et qui souligne que le requérant doit pouvoir exposer aux autorités françaises les risques qu'il encourt en cas de retour en Turquie, et que, compte tenu de la manière dont sa demande d'asile a été traitée en Suisse, le préfet du Doubs n'est pas fondé à invoquer, ainsi qu'il le fait dans son mémoire en défense, l'article 18 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013,

- les observations de M. A, assisté par téléphone, de Mme B interprète en langue kurde, dialecte kurmanji, qui indique avoir demandé lors de l'examen de sa demande d'asile en Suisse un traducteur en langue kurde mais qu'un interprète en langue turque a été désigné, que sa demande a été traitée de manière trop rapide, qu'il ne disposait pas de tous les documents qu'il pouvait faire valoir, et qu'en cas de transfert en Suisse il sera renvoyé en Turquie, pays où il est recherché par la police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 22 novembre 1993, déclare être entré en France au mois de novembre 2024. A la suite du dépôt de sa demande d'asile le 5 décembre 2024, le préfet du Doubs, par deux arrêtés du 15 janvier 2025, a décidé de le remettre aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence dans le département du Territoire de Belfort pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet du Doubs a décidé de le remettre aux autorités suisses.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du

26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ()". La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement n° 604/2013, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

3. En l'espèce, M. A fait valoir que sa demande d'asile en Suisse, qui y a été rejetée, a été traitée de manière expéditive, sans recours à un interprète en langue kurde, sans que l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle soient pris en compte, dans des conditions matérielles d'hébergement insuffisantes et en le soumettant à des pressions psychologiques, alors même qu'il soutient qu'il encourt un danger réel dans son pays d'origine. Cependant, ses affirmations relatives aux conditions de traitement de sa demande d'asile en Suisse et à ses conditions d'hébergement dans ce pays ne sont pas assorties de précisions suffisantes, ni d'aucun élément propre à permettre de les regarder comme établies. En outre, la Suisse étant partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, le requérant n'établit pas que le préfet du Doubs, en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement UE du 26 juin 2013, ait entaché l'arrêté contesté d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Si le requérant soutient qu'il est exposé à des risques en cas de renvoi dans son pays d'origine et produit un mandat d'arrêt émanant du tribunal de police de Mardin en Turquie pour propagande en faveur d'une organisation terroriste, en l'absence de risque avéré de traitements inhumains ou dégradants encouru par M. A en Suisse, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un retour dans ce pays induirait un renvoi automatique de l'intéressé en Turquie sans examen préalable par les autorités suisses des menaces qui pèseraient sur sa vie ou sa liberté dans ce pays, la décision de transfert ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Alors que M. A soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne fait toutefois état d'aucune attache familiale ou sociale en France et n'apporte aucune précision permettant de l'établir. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnaîtrait la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'elle violerait le principe de non-refoulement, il n'apporte cependant à l'appui de cette allégation aucune précision de nature à l'établir, alors même que sa demande d'asile a fait l'objet d'un examen par les autorités suisses et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5, qu'un retour dans ce pays induirait un renvoi automatique de l'intéressé en Turquie sans examen préalable par les autorités suisses des menaces qui pèseraient sur sa vie ou sa liberté dans ce pays.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le magistrat désigné,

P. Debat

La greffière,

S. MatusinskiLa République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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