mercredi 7 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2500143 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 janvier 2025 et 17 mars 2025, Mme B A, représentée par Me Ricard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel le préfet du Territoire de Belfort l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de lui délivrer un titre de séjour avec la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable ;
- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisque que le préfet n'a pas examiné son droit à la régularisation de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi contestée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire contestée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire préalable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2025, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Un mémoire enregistré pour Mme A le 9 avril 2025 n'a pas été communiqué.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Seytel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante bissao-guinéenne, est entrée sur le territoire français en octobre 2023. Le 23 octobre 2023, elle a présenté une demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 février 2024. Par un arrêté du 21 novembre 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet du Territoire de Belfort l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur la légalité des décisions contestées :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions législatives et règlementaires qui en constituent le fondement. Il présente de manière circonstanciée le parcours de Mme A depuis son arrivée en France, rappelle sa situation familiale, personnelle et professionnelle. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que certains des faits qui fondent l'arrêté contesté seraient erronés ne saurait signifier que celui-ci est entaché d'une insuffisance de motivation. En tout état de cause, l'arrêté en litige énonce les motifs de fait qui ont permis à Mme A d'utilement contester la mesure d'éloignement dont elle est l'objet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision () ".
4. Ainsi qu'il a été rappelé au point 1, la mesure d'éloignement en litige a été édictée à la suite du rejet par l'OFPRA de la demande d'asile présentée par Mme A. La mesure d'éloignement contestée, qui est la conséquence du rejet de la demande d'asile de Mme A, n'avait alors pas à être précédée d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est () édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Mme A soutient que le préfet a édicté la mesure d'éloignement contestée sans tenir compte du risque auquel elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine, de la naissance de son enfant en 2024, de son concubinage avec un ressortissant guinéen, lequel est le père d'un premier enfant né en 2017, ainsi que de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Or, aucun de ces éléments, même pris globalement, ne permet de conclure que Mme A devait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit. En outre, contrairement à ce que soutient Mme A, lorsque le préfet envisage de prendre une mesure d'éloignement il n'a pas l'obligation d'examiner la situation de l'étranger au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point précédent. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté est irrégulier en raison du défaut d'examen de son droit au séjour en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Mme A soutient que la mesure d'éloignement contestée conduirait à séparer la cellule familiale qu'elle forme avec son compagnon, lequel travaille en France et a un fils mineur. Toutefois, l'arrivée sur le territoire français de Mme A et la relation avec son compagnon qu'elle a connu en France sont très récentes. De plus, la situation précédemment rappelée de son compagnon ne suffit pas à établir l'existence de liens suffisamment intenses, anciens et stables avec la France, au sens des stipulations précitées. Dès lors, la décision contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la mesure d'éloignement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation, parce que le préfet n'aurait pas pris en compte tous les éléments de sa situation personnelle, Mme A n'établit pas que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit alors être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
9. En premier lieu, pour fixer le pays de renvoi, le préfet du Territoire de Belfort s'est appuyé sur la décision de l'OFPRA du 26 février 2024 qui considère que Mme A n'est pas personnellement exposée à un risque de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour dans le pays dont elle a la nationalité, la Guinée-Bissao, ou le pays dans lequel elle peut avoir la nationalité de plein droit, la Guinée. Dès lors, en estimant que Mme A " n'établit pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la CEDH en cas de retour dans son pays d'origine ", le préfet du Territoire de Belfort a suffisamment motivé la décision fixant le pays de renvoi.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 3 et 4, la décision fixant le pays de renvoi n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
11. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté contesté désigne comme pays de renvoi " l'un des pays dont [Mme A] a la nationalité " n'est pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi et en tenant compte des motifs exposés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de cet article doit être écarté.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention de New-York : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
13. Selon son titre de séjour, le compagnon de Mme A est de nationalité guinéenne. Or, il ressort de la décision de l'OFPRA du 26 février 2024 que Mme A dispose de plein droit de la nationalité guinéenne. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la cellule familiale ne pourrait pas se reformer en Guinée. Par ailleurs, les stipulations précitées ne confèrent aucun intérêt supérieur aux enfants à naître. Ainsi, la circonstance que le couple que Mme A forme avec son compagnon pourrait donner naissance à une fille qui serait exposée à un risque d'excision dans le pays d'origine de Mme A est sans incidence sur l'application des stipulations citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. La seule production de rapports et d'un article de presse qui font état que les femmes sont l'objet de mariages forcés et de maltraitance en Guinée-Bissao, ne permet pas de conclure que Mme A serait personnellement exposée à des traitement inhumains ou dégradants. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
16. En premier lieu, l'arrêté contesté mentionne l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui précise les conditions dans lesquelles est fixé le délai de départ volontaire. En outre, il indique que la situation personnelle de Mme A ne justifie pas qu'un délai supérieur à 30 jours lui soit accordé. Dans ces conditions, la décision fixant le délai de départ contestée comporte les considérations de droit et les circonstances de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
17. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 3 et 4, la décision fixant le délai de départ volontaire n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté qu'elle conteste.
Sur autres demandes
19. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les demandes d'injonction doivent être rejetées.
20. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Territoire de Belfort.
Délibéré après l'audience du 10 avril 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- M. Seytel, premier conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.
Le rapporteur,
J. Seytel
La présidente,
S. Grossrieder
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2500143
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026