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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2500147

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2500147

vendredi 16 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2500147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDRAVIGNY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. A, ressortissant afghan, qui contestait l'arrêté du préfet du Jura du 14 octobre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions dirigées contre un refus de titre de séjour, cet acte n'existant pas dans l'arrêté attaqué. Sur le fond, il a écarté les moyens d'incompétence et de défaut d'examen, estimant la décision d'éloignement légale. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2025, M. C, représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet du Jura lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de signalement dans le fichier des personnes recherchées ;

3°) d'enjoindre au préfet du Jura de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Dravigny, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qu'elle assortit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la situation du requérant au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2025, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 décembre 2024.

Par un courrier du 25 mars 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de fonder son jugement sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions de la requête dirigées contre une décision de refus de séjour sont irrecevables dès lors que cette décision n'existe pas.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Kiefer, conseillère, a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 30 juin 2002 et entré en France le 8 juillet 2022 selon ses déclarations, a déposé une demande d'asile le 3 août 2022. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 26 octobre 2022. Cette décision a été confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 8 mai 2023. Le 25 juin 2024, M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Sa demande a toutefois été déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA du 5 août 2024. Par un arrêté du 14 octobre 2024, le préfet du Jura l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Jura n'a pris aucune décision de refus de séjour à l'encontre de M. A. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 14 octobre 2024 par laquelle le préfet du Jura lui aurait refusé la délivrance d'un titre de séjour sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Sevenier-Muller, secrétaire générale de la préfecture du Jura, qui a reçu, par un arrêté du préfet du Jura du 17 septembre 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Jura le lendemain, délégation de signature pour toutes matières relevant des compétences et attributions du représentant de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En second lieu, alors même que celle-ci ne mentionne pas son embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de façadier le 5 août 2024, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet du Jura a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire :

5. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la seule circonstance que l'arrêté indique à tort qu'il " n'a pas établi être réellement menacé au Pakistan ", cette mention constituant une erreur de plume eu égard à son pays d'origine, est sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

8. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Le requérant soutient que sa sécurité est menacée en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors qu'il travaillait avec son père au sein du bureau contre le terrorisme, qu'il a dû fuir lors de la prise de pouvoir par les talibans, et qu'en raison de son intervention contre des militants rebelles islamistes, ce qui a conduit à leur arrestation et au décès de l'un des membres de la division Lizari, il est dorénavant recherché. Toutefois, la correspondance du chef de district de Mazarki de la province de Baghlan qu'il verse au dossier, très peu circonstanciée, n'est pas, à elle seule, de nature à établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé dans son pays d'origine, alors que sa demande d'asile a déjà été rejetée par l'OFPRA et par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

11. En premier lieu, la décision attaquée, qui mentionne l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de manière suffisante des éléments relatifs à la situation de M. A. Elle rappelle notamment que si son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et n'est entré sur le territoire français qu'en janvier 2023. Par ailleurs, elle indique qu'il ne justifie pas disposer de liens privés et familiaux particuliers sur le territoire français, alors qu'il a conservé des liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et doit être regardée comme étant suffisamment motivée.

12. En deuxième lieu, compte tenu de la durée de présence en France de M. A et de son absence de liens familiaux sur le territoire français, et alors même que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a fait preuve d'une volonté d'intégration sur le territoire français, notamment par son début d'insertion professionnelle, le préfet du Jura n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

13. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, et de ce que le requérant ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Jura et à Me Dravigny.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- M. Debat, premier conseiller,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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