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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2500190

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2500190

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2500190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDESSOLIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de Mme A, qui demandait l'annulation du refus de l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a jugé que la décision contestée n'était pas soumise à l'obligation de motivation prévue par l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette disposition ne s'appliquant qu'aux refus initiaux ou aux suspensions. Il a également estimé que l'état de vulnérabilité invoqué par la requérante (suivi pour stress post-traumatique et VIH) ne constituait pas un motif légitime justifiant son abandon du lieu d'hébergement fourni par l'OFII. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 551-16 du même code, qui permet de refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque les raisons de la décision initiale de retrait n'ont pas cessé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 janvier et 11 février 2025, Mme B A, représentée par Me Dussolin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2025 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, à défaut, de procéder à un réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision contestée méconnaît l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors qu'elle ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'OFII fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Seytel, premier conseiller, pour statuer en application des articles L. 922-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel, magistrat désigné,

- et les observations de Me Dessolin, représentant Mme A qui rappelle la situation de vulnérabilité de la requérante en raison des agressions physiques, verbales et sexuelles qu'elle a subies dans son pays d'origine, de son hypertension artérielle et de son infection au VIH. Mme A bénéficie d'un traitement en France et elle est accueillie par des compatriotes uniquement la nuit. Cette situation de vulnérabilité n'ayant pas été prise en compte, la décision contestée est illégale.

L'OFII n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 octobre 2023, le directeur de l'OFII de Besançon a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait Mme A. Par une décision du 21 janvier 2024, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Besançon a refusé sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Mme A demande l'annulation de cette seconde décision.

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants () 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

3. En premier lieu, la décision contestée rejette une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil en application des dispositions citées au point précédent. Or, les dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soulevées par Mme A, qui prévoient une obligation de motivation en tenant le cas échéant compte de l'état de vulnérabilité du demandeur ne s'appliquent pas aux décisions refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Cette exigence ne concerne que les décisions de refus à une demande initiale ainsi qu'aux décisions de suspension ou de retrait des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée est insuffisamment motivée ne peut qu'être écarté.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le directeur de l'OFII de Besançon a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A parce qu'elle avait quitté son lieu d'hébergement sans motif légitime. A l'appui de sa requête, Mme A présente une attestation établie le 29 novembre 2024 par une assistante sociale du CHU Jean Minjoz, une attestation d'une psychologue clinicienne établie le 10 janvier 2025, ainsi qu'un certificat médical non daté qui lui prescrit du Biktarvy. Ces pièces indiquent que Mme A bénéficie d'un suivi médical depuis janvier 2023 en raison de symptômes évocateurs d'un syndrome de stress post-traumatique pouvant la rendre invalide, ainsi que d'un suivi VIH et d'un suivi gynécologique tous les quatre mois. Or, l'état de santé de Mme A et les suivis médicaux dont elle bénéficie ne suffisent pas à expliquer l'abandon par l'intéressée de son lieu d'hébergement. De la même manière, la volonté de se soustraire à l'exécution d'une décision de transfert ne saurait constituer un motif légitime de quitter le lieu d'hébergement fourni par l'OFII. Dans ces conditions, la requérante n'était pas fondée à obtenir le rétablissement des conditions matérielles d'accueil et l'OFII n'était pas dans une situation où il devait tenir compte de l'état de vulnérabilité de l'intéressée lorsqu'il a statué sur sa demande. En tout état de cause, il ressort des éléments produits par l'OFII que préalablement à l'édiction de la décision contestée, Mme A a bénéficié les 7 et 17 janvier 2025 de deux entretiens afin d'évaluer son niveau de vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré de que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède de Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 février 2025.

Le magistrat désigné,

J. SeytelLa greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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