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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2500200

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2500200

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2500200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCGBG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. C, ressortissant somalien, qui contestait les arrêtés du préfet du Doubs ordonnant sa remise aux autorités allemandes (responsables de sa demande d'asile) et son assignation à résidence. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, estimant que la procédure d'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 (Dublin III) avait été respectée et que l'entretien individuel requis par l'article 5 du même règlement s'était déroulé dans des conditions régulières. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2025, M. B C, représenté par

Me Tronche, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 22 janvier 2025 par lesquels le préfet du Doubs a décidé, d'une part, de le remettre aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile et, d'autre part, de l'assigner à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui remettre une attestation de demandeur d'asile dans le délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de cette même notification ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté de remise aux autorités responsables de sa demande d'asile méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 15, 18, 19 et 21 du règlement (CE) n°1560/2003 du

2 septembre 2023 dès lors qu'il n'est pas établi qu'une requête aux fins de prise en charge ait été transmis aux autorités allemandes ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 puisqu'en refusant de mettre en œuvre la clause de souveraineté le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est illégal par l'effet de l'illégalité de l'arrêté de remise aux autorités responsables de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2025, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2023 ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Seytel, premier conseiller, pour statuer en application des articles L. 922-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel, premier conseiller ;

- les observations de Me Dessolin substituant Me Tronche, représentant M. C, qui s'en remet aux écritures.

- les observations de Mme A, pour le préfet, qui indique que si M. C a fait l'objet d'une opération orthopédique et bénéficie d'un suivi psychiatrique, il n'en a jamais fait mention lors de son entretien individuel ou lors de la procédure de transfert. De plus, les soins et le suivi médical se poursuivront en Allemagne. Toutes les informations que détiennent les autorités françaises seront mise à disposition des autorités allemandes pour faciliter la prise en charge et la poursuite des soins.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant somalien, est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée. Le 30 décembre 2024, il a présenté une demande d'asile. Par des arrêtés du

22 janvier 2025, le préfet du Doubs a décidé, d'une part, de remettre M. C aux autorités allemandes et, d'autre part, de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

2. En premier lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, que l'administration qui entend faire application de ce règlement à un demandeur d'asile doit lui remettre, dès le moment où le préfet est informé que l'intéressé est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments mentionnés au paragraphe 1 de cet article.

3. Le préfet du Doubs produit en défense les premières pages des brochures figurant en annexe X du règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " (brochure A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (brochure B) rédigées en langue somali, que l'intéressé a déclaré comprendre lors de son entretien individuel. Ces documents lui ont été remis le 30 décembre 2024, date à laquelle M. C a présenté sa demande d'asile. De plus, il n'est pas utilement contesté que les brochures remises à M. C comportent l'ensemble des informations prévues par l'article 4 du règlement n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien individuel avec l'autorité susceptible de le remettre à l'Etat responsable de l'examen de sa demande. Cet entretien doit être mené dans une langue que le demandeur comprend, dans des conditions garantissant la confidentialité des échanges et à son issue doit être remis à l'intéressé un résumé qui récapitule les principales informations qu'il a fournies lors de cet entretien.

5. En l'espèce, M. C a bénéficié d'un entretien individuel qui s'est tenu le 30 décembre 2024 à la préfecture de police de Paris avec l'assistance d'un interprète agréé en langue somali et en présence d'un agent de la préfecture. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions dans lesquelles l'entretien s'est déroulé auraient privé l'intéressé de la possibilité de faire valoir toute observation utile ou n'auraient pas permis d'en assurer la confidentialité. Dans ces conditions et alors même que le préfet ne produit pas les pièces qui permettent d'identifier l'agent qui a mené cet entretien ou son habilitation, cet agent doit être regardé comme une personne qualifiée. Par ailleurs, un résumé des informations fournies par M. C qu'il a confirmé être exactes lui a été remis le même jour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement UE du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En troisième lieu, le chapitre I du règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2023 prévoit que les Etats membres échangent les informations qu'ils détiennent sur les demandeurs d'asile aux moyens de transmissions électroniques sécurisées.

7. Il ressort des pièces du dossier que la consultation par les autorités françaises du fichier Eurodac, le 30 décembre 2024, a fait apparaître que M. C avait été identifié le 11 juin 2019 en Allemagne. De plus, les autorités allemandes ont donné le 10 janvier 2025 leur accord à la prise en charge de M. C. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) n°1560/2003 du 2 septembre 2023 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont transmis leur requête aux fins de prise en charge de M. C dans les prévus par l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 (CE). Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

9. En cinquième lieu, l'arrêté contesté énonce de manière suffisamment circonstanciée et non stéréotypée les motifs qui ont conduit le préfet du Doubs à remettre l'intéressé aux autorités responsables de sa demande d'asile. En tout état de cause, il n'appartenait pas au préfet d'exposer les raisons pour lesquels il a refusé de mettre en œuvre la clause de souveraineté prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ni de préciser que la demande d'asile de M. C avait été rejetée par les autorités allemandes. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen réel et sérieux de la situation de M. C doit être écarté.

10. En sixième lieu, le paragraphe 1 de l'article 3 du règlement UE du 26 juin 2013 prévoit que la demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride " () est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable () ". Le paragraphe 1 de l'article 17 de ce même règlement prévoit que : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

11. M. C déclare dans sa requête avoir développé des troubles psychiques et bénéficierait d'un suivi médical à l'Hôpital Nord Franche-Comté. Il produit également un certificat médical, en langue allemande, qui indiquerait qu'il se déplace avec des béquilles et souffre d'un handicap à la suite de la pose d'une prothèse, ainsi qu'un certificat médical daté du 3 février 2025 qui atteste qu'en cas de transfert en Allemagne il s'expose à une décompensation psychologique. Toutefois, ces éléments sont insuffisamment précis et circonstanciés pour établir le niveau de sévérité des troubles psychiatriques ou du handicap de M. C. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'entretien individuel du 30 décembre 2024 que lors de sa demande d'asile M. C n'a jamais évoqué son état de santé. Dans ces conditions, en refusant de mettre en œuvre la procédure prévue à l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013, le préfet du Doubs n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

12. En septième lieu, M. C ne produit aucun élément permettant de conclure qu'en cas de transfert aux autorités allemandes, il serait exposé des traitements inhumains ou dégradants. En tout état de cause, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier en Allemagne des soins médicaux nécessaires à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales par l'arrêté de transfert contesté doit être écarté.

13. En dernier lieu, M. C ne démontre pas que l'arrêté portant remise aux autorités responsables de sa demande d'asile est illégal. Dès lors, il n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence, de l'arrêté l'assignant à résidence.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés qu'il conteste. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le magistrat désigné,

J. Seytel

La greffière,

S. Matusinski

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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