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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2500336

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2500336

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2500336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDIAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 février 2025, M. D A, représenté par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2025 par lequel le préfet du Doubs a décidé de le remettre aux autorités croates ainsi que l'arrêté l'assignant à résidence dans le département du Doubs pendant quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil renonçant dans cette hypothèse à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle, en application de l'article 37 de la loi n° 91-647.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté portant remise aux autorités croates :

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 4, 5 et 17.1 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le même arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'arrêté l'assignant à résidence :

- Il devra être annulé en conséquence de l'annulation de l'arrêté portant remise aux autorités croates.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces versées au dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le règlement le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative notamment son article R. 776-15.

La présidente du tribunal a désigné M. Poitreau pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Poitreau, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né en 2001, entré irrégulièrement en France, a présenté une demande d'asile le 2 janvier 2025. La consultation du fichier européen EURODAC effectuée le même jour a fait ressortir que l' intéressé avait été identifiée en Croatie le

30 novembre 2024. Les autorités croates ont été saisies d'une demande de prise en charge de M. A en application du règlement du règlement 604/2013 du 26 juin 2013. Elles ont fait expressément connaître leur accord par lettre en date du 17 janvier 2025. Par un arrêté du

6 février 2025, le préfet du Doubs a décidé de remettre M. A aux autorités croates au motif que la Croatie, en application du règlement 604/2013 du 26 juin 2013, était l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, le préfet du Doubs a assigné à résidence M. A dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant remise aux autorités croates :

2. En premier lieu, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () " ;

3. L'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et en particulier les raisons pour lesquelles la Croatie a été considérée comme l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile du requérant au regard des dispositions du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. La motivation que comporte cet arrêté démontre en outre que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant de décider de son transfert aux autorités croates. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 " ; d'autre part, l'article 5 du règlement susvisé du 26 juin 2013 dispose que : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l 'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type () " ;

5. Le préfet du Doubs a produit en annexe à son mémoire en défense les documents remis au requérant, à savoir une brochure d'informations générales relatives aux demandeurs d'asile, un guide spécifique dédié à la procédure Dublin III ainsi qu'un guide relatif au règlement Eurodac contenant l'ensemble des informations destinées aux demandeurs d'asile, relatives au relevé d'empreintes digitales, à leur exploitation dans le système Eurodac. Ces documents étant rédigées en langue dari et remis au requérant le 2 janvier 2025. Le préfet a également produit le résumé de l'entretien individuel dont a bénéficié le requérant à la même date et qui a été conduit par un agent qualifié de de la préfecture de Police, assisté d'un interprète en langue dari. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision portant remise du requérant aux autorités croates auraient été prises en méconnaissance des dispositions précitées des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 du règlement 604/2013 : " Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. " L'article 17 du même règlement dispose : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".

7. Le requérant fait valoir en substance que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement 604/2013 dès lors qu'il entretient une relation sentimentale avec une compatriote qui réside en France en qualité de réfugiée, ce statut lui ayant été reconnu par décision du directeur de l'OFPRA en date du 25 avril 2024. Pour justifier de cette relation le requérant se borne à produire une attestation sur l'honneur établie le 12 févier 2025 par Mme C B qui indique que cette relation aurait commencé " en 2022 ", sans autre précision. Il apparaît cependant qu'il est permis de douter de l'existence de cette relation sentimentale entre le requérant et Mme C B dès lors que dans le résumé de l'entretien individuel qu'il a signé le 2 janvier 2025 M. A a déclaré n'avoir aucun membre de sa famille en France et avoir quitté l'Afghanistan au mois de juin 2022. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'application par le préfet des dispositions des articles 3 et 17 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Le requérant ne développe aucune argumentation au soutien du moyen tiré de ce que la décision en litige portant remise aux autorités croates serait susceptible de l'exposer à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite ce moyen ne peut qu'être rejeté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 6 février 2025 par lequel le préfet du Doubs a ordonné le transfert du requérant aux autorités croates doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

11. Au regard de ce qui a été précédemment exposé, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté portant remise aux autorités croates à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté prononçant son assignation à résidence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'annulation des décisions en litige doivent être rejetées. Par voie de conséquence doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article

L. 761- 1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le magistrat désigné,

G. PoitreauLa greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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