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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2003364

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2003364

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2003364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARGALL D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2020 et deux mémoires enregistrés le 17 juin 2021, Mme C E, représentée par Me Fontaine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Nages-et-Solorgues a refusé d'établir un procès-verbal des infractions réalisées par M. D, d'adopter un arrêté interruptif de travaux et de transmettre copie de ces actes au procureur de la République ;

2°) d'enjoindre à titre principal au maire de Nages-et-Solorgues d'établir un procès-verbal des infractions réalisées par M. D, de prendre un arrêté interruptif de travaux assorti des mesures nécessaires à son exécution et de transmettre copie de ces actes au procureur de la République dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Nages-et-Solorgues la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux réalisés méconnaissent l'arrêté portant non-opposition à déclaration préalable dès lors que :

* la plage en bois devant être construite aux abords de la piscine a été remplacée par du béton ;

* la piscine a été implantée à une distance inférieure à 1,20 mètre du mur de clôture séparant la propriété de M. D de la sienne ;

* la piscine a été surélevée, de telle sorte que la hauteur de 56,10 cm déclarée n'a pas été respectée ;

* la piscine prend appui sur un remblai de terre de 80 cm dont la création n'était pas prévue ;

* un local technique a été annexé à la piscine ;

- les travaux réalisés méconnaissent les dispositions des articles AU-7, AU-1 et AU-4 du règlement du PLU ;

- les travaux réalisés violent les dispositions de l'article L. 128-1 du code de la construction et de l'habitation.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 décembre 2020, la commune de Nages-et-Solorgues, représentée par la SCP territoires avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les travaux ayant été entièrement réalisés, les conclusions tendant à enjoindre au maire d'adopter un arrêté interruptif de travaux devront être rejetées ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistré les 16 février 2021 et 12 avril 2021, M. D, représenté par Me Guiraud, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que Mme E soit condamnée à lui verser une somme de 10 000 euros de dommages et intérêts au titre de l'article L. 600-7 du code de justice administrative ;

3°) à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne dispose pas d'intérêt à agir contre la décision attaquée ;

- les conclusions tendant à enjoindre au maire d'adopter un arrêté interruptif de travaux devront être rejetées dès lors que les travaux sont achevés ;

- les recours exercés par Mme E constituent un comportement abusif et lui causent un préjudice excessif justifiant le versement de dommages et intérêts.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Fontaine, représentant Mme E, et celles de Me Télès, représentant la commune de Nages-et-Solorgues.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 mars 2020, M. D a présenté une déclaration préalable en vue de la construction d'une piscine sur un terrain cadastré section A parcelle n° 2216, situé 46, rue du Chasselas à Nages-et-Solorgues en zone AUz2 du PLU. Par un arrêté du 23 avril 2020, le maire de Nages-et-Solorgues ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par un courrier du 10 juillet 2020, Mme E, voisine immédiate du projet, a demandé au maire de Nages-et-Solorgues d'établir un procès-verbal des infractions réalisées par M. D, de prendre un arrêté interruptif de travaux et de transmettre copie de ces actes au procureur de la République. Cette demande a été rejetée par décision implicite du maire de Nages-et-Solorgues. Mme E demande l'annulation de la décision implicite rejetant sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles () L. 610-1 et L. 480-4, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. () Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public ". Aux termes de l'article L. 480-2 du même code : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 () du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. () " L'article 480-4 de ce code dispose que " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres I à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni () d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros () En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé." Enfin, l'article L. 610-1 du même code prévoit que " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme. "

3. Mme E soutient que le maire de Nages-et-Solorgues a méconnu les dispositions précitées des articles L. 480-1, L. 480-2, L. 480-4 et L. 610-1 du code de l'urbanisme en refusant de dresser un procès-verbal des infractions réalisées par M. D, de prendre un arrêté interruptif des travaux et de transmettre une copie de ces actes au procureur de la République alors que les travaux exécutés méconnaissent, d'une part, les dispositions de l'arrêté du 23 avril 2020 portant non-opposition à déclaration préalable, et d'autre part les dispositions du PLU de la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision en litige :

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a saisi le maire de Nages-et-Solorgues d'une demande tendant à ce qu'il dresse un arrêté interruptif des travaux réalisés par M. D le 10 juillet 2020. La décision implicite par laquelle le maire a rejeté cette demande est née dans un délai de deux mois suivant sa réception, soit au plus tôt le 10 septembre 2020. Or, une déclaration d'achèvement et de conformité des travaux a été délivrée à M. D le 9 septembre 2020. Par suite, à la date du 10 septembre 2020, les travaux dont Mme E demandait l'interruption avaient déjà été entièrement réalisés, de telle sorte que le maire de la commune ne pouvait légalement les interrompre. Il s'ensuit que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Nages-et-Solorgues a refusé d'interrompre les travaux réalisés par M. D et d'en informer le procureur de la République doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre le refus de dresser un procès-verbal d'infraction et d'en transmettre une copie au procureur de la République :

5. D'une part, s'il résulte des dispositions du code de l'urbanisme précitées que l'autorité administrative est tenue, lorsqu'elle a connaissance d'une infraction à la législation de l'urbanisme, d'en faire dresser procès-verbal, ces dispositions ne trouvent toutefois pas application lorsque l'infraction alléguée résulte de la méconnaissance d'un plan local d'urbanisme par des travaux effectués au bénéfice d'une autorisation en vigueur. Ainsi, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles AU-7, AU-1 et AU-4 du règlement du PLU pour soutenir que la décision de refus du maire est illégale.

6. D'autre part, en premier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que la plage couvrant les alentours de la piscine construite par M. D n'est pas composée de bois mais d'un carrelage imitant ce matériau, cette circonstance n'est pas de nature à justifier que soit dressé un procès-verbal d'infractions, compte tenu de la faible importance des travaux.

7. En deuxième lieu, la requérante soutient que la piscine construite par M. D est située à moins de 1,20m du mur de clôture de leurs deux propriétés, contrairement à ce qui était autorisé par l'arrêté du 23 avril 2020. Cependant, il résulte du procès-verbal d'huissier établi le 17 mars 2021 produit par M. D qu'il a été mesuré une distance de 110,50 cm entre la bordure extérieure de la piscine et la bordure extérieure du mur séparant sa propriété de celle de Mme E. Or, plan de masse joint au dossier de déclaration préalable fait apparaître que la distance de 1,20m dont la requérante se prévaut doit être mesurée entre la bordure extérieure de la piscine et la bordure intérieure du mur séparant les deux propriétés. Dès lors qu'il peut être raisonnablement considéré que ce mur a une largeur d'au moins 10 centimètres, et alors que Mme E ne produit aucun élément qui démontrerait le contraire, la bordure extérieure de la piscine construite doit être regardée comme implantée à plus de 120 cm de la bordure intérieure du mur séparant les propriétés. Le moyen tiré de ce que les travaux réalisés ne respecteraient pas les prescriptions de l'arrêté en litige doit être rejeté.

8. En troisième lieu, il résulte des mentions du plan de coupe joint au dossier de déclaration préalable que la piscine et la plage qui l'entoure devaient être construites à une altitude de 56,10 mètres NGF, soit à un niveau presque similaire à celui de la maison d'habitation préexistante, ce qui apparaît bien sur les photographies des travaux réalisés produites à l'instance. Les pièces versées au dossier, notamment les procès-verbaux d'huissier établis les 17 mars 2021 et 7 juin 2021, qui ne font mention que de la hauteur de ces constructions par rapport à ce qui a été retenu comme le sol naturel, et non de leur altitude, ne permettent donc pas de démontrer qu'elles seraient implantées à une altitude différente de 56,10 mètres NGF. Au surplus, les mesures reportées dans ces pièces ont été réalisées à partir de points situés dans la zone Sud-Est de la piscine, alors qu'il ne ressort pas du plan de coupe joint au dossier de déclaration préalable que l'altitude de 56,10 mètres NGF des constructions s'appliquait dans cette zone. Par suite, le moyen tiré de ce que la piscine et la plage construites ne respecteraient pas l'altitude fixée dans la déclaration préalable doit être écarté.

9. En quatrième lieu, Mme E fait valoir qu'en formant un remblai qui n'était pas autorisé par l'arrêté portant non-opposition à déclaration préalable, les travaux ont été réalisés en méconnaissance de cette décision. Cependant, il ressort des pièces du dossier que la réalisation d'un remblai était nécessaire à la construction de la piscine projetée, dès lors notamment que le plan de côte produit par la requérante fait apparaître que le terrain d'assiette du projet comporte des différences d'altitude. Il s'ensuit que le pétitionnaire n'était pas tenu de mentionner la création de ce remblai dans le dossier de déclaration préalable et que sa réalisation est conforme aux prescriptions de l'arrêté susvisé.

10. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a installé un dispositif technique sous la plage qu'il a construite aux abords de la piscine. Ces travaux n'ont toutefois pas entraîné la création d'une surface de plancher supplémentaire à celle du projet reporté dans la déclaration préalable, et n'ont pas davantage eu pour effet de modifier son aspect extérieur. Par voie de conséquence, ils n'avaient pas à figurer dans le dossier de déclaration préalable et leur réalisation ne méconnaît pas les dispositions de l'arrêté du 23 avril 2020.

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Nages-et-Solorgues a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction des travaux effectués par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Ainsi qu'il l'a été dit au point 11, l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il y a donc lieu, par voie de conséquence, de rejeter également les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions présentées par M. D au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

13. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui excèdent la défense des intérêts légitimes du requérant et qui causent un préjudice excessif au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. () "

14. M. D n'établit pas que le présent recours exercé par Mme E lui aurait causé un préjudice excessif. Par suite, les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article R. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. D et de la commune de Nages-et-Solorgues, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais non compris dans les dépens dans les deux instances. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme E une quelconque somme à verser à la commune de Nages-et-Solorgues d'une part, qui n'est d'ailleurs pas partie à l'instance puisque la décision en litige a été prise au nom de l'Etat, et à M. D d'autre part au titre des frais non compris dans les dépens et au titre des dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Nages-et-Solorgues et de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à M. A D et à la commune de Nages-et-Solorgues.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. Lagarde, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

L. B

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne à la préfète du Gard en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2003364

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