mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2022633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | VACARIE & DUVERNEUIL AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Nîmes le jugement de la requête présentée par M. E C, enregistrée le 18 juin 2020 au tribunal administratif de Toulouse sous le n° 2002633. Cette requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Nîmes sous le n° 2022633.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Toulouse le 18 juin 2020 et le 13 octobre 2021, M. C doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les délibérations du conseil municipal de Sauveterre-de-Rouergue du 27 avril 2020 en tant que le conseil municipal s'est tenu à huis clos entre les deux tours des élections municipales en présence des conseillers municipaux de l'ancienne équipe municipale ;
2°) d'annuler la délibération n° 2 en date du 27 avril 2020 autorisant la vente du chemin La Rouyrie à M. B D, propriétaire riverain suite à une procédure d'enquête publique de déclassement d'un chemin rural qui mène de la Rouyirie à Fourques suite à l'avis favorable du commissaire enquêteur sur la commune et qui en fixe le prix ;
3°) d'annuler la délibération n° 3 du 27 avril 2020 décidant d'accorder en raison des difficultés économiques dues au premier confinement lié au Covid-19 la gratuité des loyers des locaux professionnels appartenant à la commune de Sauveterre de Rouergue consentis aux locataires professionnels concernés par cette mesure d'aide pour le mois de mai 2020.
M. C soutient, outre que la requête est recevable, que :
- les conseillers municipaux n'avaient pas le droit d'assister en présentiel à la séance du conseil municipal du 27 avril 2020 en raison du confinement ; la séance ne pouvait pas se tenir dans ce contexte ;
- la décision de tenir le conseil municipal à huis clos ne se justifiait pas puisque les salles permettant la distanciation étaient disponibles ; cette démarche témoigne d'une attitude machiavélique du maire tendant à éliminer toute participation du public ou des opposants à la séance du conseil municipal ; il s'agissait d'un subterfuge pour l'éliminer ;
- en programmant l'horaire de la réunion en dehors de la tranche horaire dérogatoire autorisée durant le confinement et en n'utilisant pas les moyens de communication, même sommaires, vidéos ou acoustiques, le maire a commis un détournement de pouvoir ;
- des membres nouveaux conseillers non sortants de la liste électorale du maire ont assisté à cette réunion du conseil municipal ;
- la délibération n° 2 relative à la vente du " chemin rural à la Rouyrie " laisse planer une suspicion de faire plaisir à un électeur entre les deux tours des élections municipales ; cette vente était un sujet sensible et non urgent ; l'aliénation de ce bien public s'est opérée dans l'obscurantisme avec de fausses données ;
- la délibération n° 3 relative à la gratuité des loyers professionnels pour le mois de mai 2020 a permis de cacher les intérêts particuliers de membres de la liste du maire sortant ; elle n'a pas été précédée d'une saisine de la commission économique et a été présentée sans analyse économique et générale ; elle est discriminatoire dès lors qu'elle ne concerne que les locataires de la mairie et non l'ensemble des professionnels de la commune ; la gratuité n'avait aucun caractère d'urgence ; il s'agissait d'une manœuvre du maire pour donner satisfaction à ses colistiers dans un contexte de période électorale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la commune de Sauveterre-de-Rouergue, représentée par Me Duverneuil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 400 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Sauveterre-de-Rouergue soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que le requérant est dépourvu d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par le requérant sont inopérants et en tout état de cause non fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'ordonnance n° 2020-391 du 1er avril 2020 ;
- le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Duverneuil, représentant la commune de Sauveterre-de-Rouergue.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibérations adoptées lors de la séance du 27 avril 2020, le conseil municipal de la commune de Sauveterre-de-Rouergue a notamment décidé, d'abord à l'unanimité de la tenue de la réunion à huis-clos, a ensuite approuvé la vente du chemin rural " à la Rouyrie " pour un montant de 5 000 euros l'hectare en autorisant le maire à signer tous les documents afférents à cette vente, et a également décidé à l'unanimité de l'exonération pour le mois de mai 2020 des loyers de tous les locaux professionnels. M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de ces délibérations.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des délibérations :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales : " Les séances des conseils municipaux sont publiques. Néanmoins, sur la demande de trois membres ou du maire, le conseil municipal peut décider, sans débat, à la majorité absolue des membres présents ou représentés, qu'il se réunit à huis clos. Sans préjudice des pouvoirs que le maire tient de l'article L. 2121-16, ces séances peuvent être retransmises par les moyens de communication audiovisuelle. ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'une requête tendant à l'annulation d'une délibération adoptée par le conseil municipal à l'issue d'une séance à huis clos, de contrôler que la décision de recourir au huis clos, autorisée par les dispositions précitées de l'article L. 2121-18 du code général des collectivités territoriales, ne repose pas sur un motif matériellement inexact et n'est pas entachée d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation ou de détournement de pouvoir.
4. En l'espèce, il ressort des termes mêmes du compte-rendu du conseil municipal que celui-ci a décidé que la séance du 27 avril 2020 se tiendrait à huis clos en raison de la crise sanitaire, du confinement de la population, de la taille de la salle ne permettant pas de respecter la distanciation sociale indispensable pour la protection du public, et de l'absence de moyens techniques et informatiques de la commune pour assurer la publicité de la séance. Dans ces conditions, et alors, d'une part, que le conseil municipal s'est tenu durant le premier confinement lié à la covid-19, d'autre part, que M. C ne démontre pas l'intention qu'aurait eu le conseil municipal d'utiliser le huis-clos afin de favoriser certains élus ou de l'empêcher d'assister à la réunion ou qu'une solution plus adaptée aurait été permise, il apparait que la commune pouvait craindre un risque d'atteinte à la salubrité publique par la transmission d'un virus alors peu connu. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision prise par le conseil municipal de se réunir à huis clos reposerait sur un motif matériellement inexact, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou serait entachée d'un détournement de pouvoir.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'ordonnance n° 2020-391 du 1er avril 2020 visant à assurer la continuité du fonctionnement des institutions locales et de l'exercice des compétences des collectivités territoriales et des établissements publics locaux afin de faire face à l'épidémie de covid-19 : " Par dérogation aux dispositions des articles L. 2121-9, L. 3121-10, L. 4132-9, L. 7122-10 et L. 7222-10 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 121-9 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie, l'organe délibérant des collectivités territoriales et de leurs groupements est réuni à la demande du cinquième de ses membres, sur un ordre du jour déterminé, pour une durée qui ne peut excéder une journée. L'organe délibérant doit être réuni dans un délai maximal de six jours. Un même membre de l'organe délibérant ne peut présenter plus d'une demande de réunion par période de deux mois d'application de l'état d'urgence sanitaire. Cette demande n'est pas comptabilisée au titre des articles L. 3121-10, L. 4132-9,L. 7122-10 et L. 7222-10 du code général des collectivités territoriales. (). ". Il résulte des dispositions précitées que, contrairement à ce que soutient M. C, le conseil municipal pouvait se réunir durant le confinement.
6. En troisième lieu, les membres du conseil municipal ont pu légalement se rendre à la séance du conseil municipal munis d'une attestation de déplacement dérogatoire sur le modèle de l'attestation professionnelle alors en vigueur, en application de l'article 3 du décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été interdit aux conseillers municipaux d'assister en présentiel à la séance du conseil municipal du 27 avril 2020 en raison du confinement.
7. En quatrième lieu, le moyen soulevé, tiré de ce que des membres nouveaux conseillers non sortants de la liste électorale du maire auraient assisté à cette réunion du conseil municipal, n'est pas assorti des précisions utiles permettant d'en apprécier le bien-fondé.
8. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués précédemment et dès lors que M. C ne démontre pas l'intention qu'aurait eu le conseil municipal d'utiliser le huis-clos afin de favoriser certains élus ou de l'empêcher d'assister à la réunion, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
En ce qui concerne la délibération n° 2 relative à la vente du chemin " La Rouyrie " à M. D :
9. Si M. C soutient que cette délibération " laisse planer une suspicion de faire plaisir à un électeur entre les deux tours des élections municipales ", il n'établit pas le détournement de pouvoir allégué. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, il ressort des pièces du dossier que la vente en litige ne s'est pas opérée de manière obscure mais a, au contraire, été précédée d'une enquête publique réalisée entre le 10 octobre et le 9 novembre 2018 pour le déclassement du chemin rural et que le commissaire enquêteur a donné un avis favorable le 4 décembre 2018 permettant d'engager la procédure pour la vente de ce chemin à M. D, qui en est propriétaire limitrophe. Dans ces conditions, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
En ce qui concerne la délibération n° 3 relative à la gratuité des loyers professionnels pour le mois de mai 2020 :
10. En premier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des différences de situation susceptibles de la justifier.
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la délibération n° 3 relative à la gratuité des loyers professionnels pour le mois de mai 2020 a été motivée par la situation économique liée à la crise sanitaire et par la volonté de venir en aide aux locataires de locaux professionnels de la commune. Si le requérant affirme que la délibération attaquée méconnaît le principe d'égalité, dès lors que les professionnels non locataires de la commune ne bénéficient pas de la gratuité en cause, il est constant que lesdits professionnels se trouvent dans une situation différente des professionnels visées par la délibération. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que la délibération aurait dû être précédée de la saisine d'une commission économique ou présentée avec une analyse économique et générale. Dans ces conditions, le requérant, qui n'assortit en tout état de cause son moyen d'aucun précision permettant d'en apprécier la portée, n'est pas fondé à soutenir que la délibération attaquée serait entachée d'un vice de procédure.
13. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué par M. C n'est pas établi.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions tendant à l'annulation des délibérations attaquées du 27 avril 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la commune de Sauveterre-de-Rouergue au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Sauveterre-de-Rouergue présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la commune de de Sauveterre-de-Rouergue.
Copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Aveyron.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Bala, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
La rapporteure,
K. A
Le président,
J. B. BROSSIER
La greffière,
E. NIVARD
La République mande et ordonne à la préfète de l'Aveyron en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026