vendredi 21 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100031 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BONIJOL-CARAIL-VIGNON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 janvier 2021 et le 21 avril 2021, M. E D, agissant pour le compte de sa fille mineure C, représenté par Me Vignon, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le département du Gard et la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, son assureur, au paiement d'une indemnité de 9 616,99 euros en réparation des préjudices subis par sa fille C consécutivement à l'accident du 9 janvier 2017 ;
2°) de mettre à la charge solidaire du département du Gard et de la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, assureur du département, la somme de 2 484 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D, agissant pour le compte de sa fille mineure C, soutient que :
- sa fille a été victime d'un accident dans l'enceinte de son établissement scolaire ; la responsabilité du département du Gard est engagée dès lors que l'accident a été causé par un mineur confié à l'aide sociale à l'enfance ;
- sa fille a subi des préjudices qu'il évalue à 385,74 euros au titre de la tierce personne temporaire, 731,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 5 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 2 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ; à cet égard, le barème de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux évoqué par le conseil départemental ne s'impose pas au juge.
Par un mémoire enregistré le 4 février 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Gard, représentée par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault, conclut :
- à la condamnation du département du Gard et de la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, son assureur, à lui payer la somme de 740,03 euros au titre des dépenses de santé engagées à la suite de l'accident en litige, augmentée des intérêts au taux légal ;
- à la condamnation du département du Gard et de la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, son assureur à lui payer la somme de 246,68 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Elle fait valoir que la responsabilité du département du Gard est engagée.
Par un mémoire, enregistré le 2 avril 2021, le département du Gard, représenté par la SCP Lesage Berguet Gouard-Robert, demande que la somme réclamée par le requérant soit abaissée à de plus justes proportions et que soit mise à la charge de ce dernier la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le conseil départemental du Gard soutient que :
- la jeune C a bénéficié d'une aide familiale et qu'ainsi, l'assistance par tierce personne doit être réduite au SMIC net horaire majoré des charges patronales ; en outre, les sommes demandées au titre du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice esthétique temporaire et du déficit fonctionnel permanent sont surévaluées au regard du barème de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux et à la jurisprudence ;
- dans ces conditions, l'indemnité allouée ne peut pas excéder la somme de 4 956,77 euros.
Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2021, la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, représentée par la SCP Lesage Berguet Gouard-Robert, demande également que la somme réclamée par le requérant soit abaissée à de plus justes proportions et que soit mise à la charge de ce dernier la somme de 1 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision du tribunal à venir était susceptible d'être fondée sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du juge administratif pour connaître des conclusions dirigées par M. D contre l'assureur du département.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des assurances ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montant minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mr Brossier ;
- les conclusions de Mme Achour, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, agissant pour le compte de sa fille mineure C, après avoir lié le contentieux indemnitaire par une réclamation préalable d'un montant de 12 000 euros, demande au tribunal de condamner solidairement le département du Gard et la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, son assureur, à lui verser une indemnité de 9 616,99 euros en réparation des préjudices subis par sa fille C, laquelle a été victime le 9 janvier 2017 dans l'enceinte de son établissement scolaire d'un accident causé par un mineur confié à l'aide sociale à l'enfance.
Sur les conclusions dirigées contre la société mutuelle d'assurance des collectivités locales :
2. Si l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D dirigées contre la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, assureur du département du Gard, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur la responsabilité du département du Gard :
4. La décision par laquelle le juge confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
5. Il résulte de l'instruction que l'enfant Théo B, qui est tombé à plusieurs reprises sur l'enfant C D lui occasionnant une fracture de la fibula avec une immobilisation plâtrée de quatre semaines, ainsi qu'une contusion et douleur de la malléole externe, avait été confié au département du Gard dans le cadre de l'aide sociale à l'enfance. Il n'est pas contesté que les préjudices dont la réparation est sollicitée résultent directement du fait de cet enfant confié à la garde du département. Par suite, la responsabilité du département, qui ne se prévaut au demeurant d'aucune circonstance exonératoire, doit être intégralement engagée à raison des dommages causés à C D par l'enfant mineur A B.
Sur la réparation :
En ce qui concerne l'assistance par une tierce personne :
6. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise médicale amiable du 22 janvier 2020 qui a fixé la consolidation au 8 mars 2017, que l'état de santé de l'enfant C D a nécessité l'assistance d'une tierce personne non spécialisée à raison de 5 heures par semaine entre les 9 janvier 2017 et 8 février 2017, soit pendant 22 heures. Compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut au cours de cette période, augmenté des charges sociales, à un taux moyen horaire de 13 euros, les frais engagés pour l'assistance d'une tierce personne à domicile doivent être évalués sur cette période à la somme de 287 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :
7. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise médicale amiable du 22 janvier 2020 qui a fixé la consolidation au 8 mars 2017, que l'accident a engendré une gêne temporaire de classe 4 du 9 janvier 2017 au 8 février 2017 puis une gêne temporaire de classe 2 du 9 février 2017 au 8 mars 2017. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de l'enfant C D en évaluant à 500 euros la somme destinée à le réparer.
En ce qui concerne les souffrances endurées :
8. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise médicale amiable du 22 janvier 2020 qui a fixé la consolidation au 8 mars 2017, que l'expert a fixé à un niveau de 2,5 sur une échelle de 7 les souffrances endurées par l'enfant C D. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en évaluant à 2 700 euros la somme destinée à le réparer.
En ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire :
9. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise médicale amiable du 22 janvier 2020 qui a fixé la consolidation au 8 mars 2017, que l'expert a évalué le préjudice esthétique temporaire de l'enfant C D à un niveau de 2 sur une échelle de 7, en raison de la déambulation très inesthétique durant un mois, l'enfant se déplaçant alors en fauteuil roulant. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à une somme de 500 euros.
En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :
10. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise médicale amiable du 22 janvier 2020 qui a fixé la consolidation au 8 mars 2017, que l'enfant C D, âgée de 8 ans à la date de cette consolidation, souffre de douleurs et de gonflements au niveau de la cheville lors des activités sportives. L'expert ayant estimé le déficit fonctionnel permanent à 1 %, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel permanent de l'enfant C D en l'évaluant à la somme de 1 300 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander la condamnation du département du Gard à lui verser, en qualité de représentant légal de l'enfant C D, une indemnité totale de 5 287 euros (287 + 500 + 2 700 + 500 + 1 300).
Sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Gard :
En ce qui concerne les débours :
12. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation d'imputabilité du médecin-conseil du 1er février 2021, que la caisse primaire centrale d'assurance maladie du Gard a engagé des débours à hauteur de 740,03 euros, incluant 602,61 euros de frais médicaux du 9 janvier 2017 au 8 mars 2017 ainsi que 137,42 euros de frais pharmaceutiques du 9 janvier 2017 au 8 février 2017.
13. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner le département du Gard à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Gard la somme de 740,03 euros au titre de ses débours. En application de l'article 1231-6 du code civil, reprenant son ancien article 1153, cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2021.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
14. Aux termes de l'article L. 454-1 du code de la sécurité sociale : " () En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376 1 et L. 454 1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 euros et 1 162 euros au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
15. En application des dispositions précitées et compte tenu du remboursement obtenu, il y a lieu de mettre à la charge du département du Gard la somme de 246,68 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Gard.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil départemental du Gard et la société mutuelle d'assurance des collectivités locales demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
17. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département du Gard, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par M. D.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. D dirigées contre la société mutuelle d'assurance des collectivités locales, assureur du département du Gard, doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le département du Gard est condamné à verser à M. D, en sa qualité de représentant légal de l'enfant mineur C D, une indemnité de 5 287 euros.
Article 3 : Le département du Gard versera à M. D, en sa qualité de représentant légal de l'enfant mineur C D, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le département du Gard est condamné à verser la caisse primaire centrale d'assurance maladie du Gard la somme de 740,03 euros au titre de ses débours, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 4 février 2021.
Article 5 : Le département du Gard versera à la caisse primaire centrale d'assurance maladie du Gard la somme de 246,68 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au département du Gard, à la société mutuelle d'assurance des collectivités locales et à la caisse primaire d'assurance maladie du Gard.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Bala, premier conseiller,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.
Le président-rapporteur,
J. B. BROSSIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
K. BALA
Le greffier,
E. NIVARD
La République mande et ordonne à la préfète du Gard, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604347
Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête en référé suspension de M. A..., ressortissant béninois, contre un arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. Concernant l'obligation de quitter le territoire, le juge a jugé les conclusions irrecevables en raison de l'existence d'une procédure spéciale de recours suspensif prévue à l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le refus de séjour, la condition d'urgence n'étant pas contestée, le juge a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment le défaut d'examen particulier et la méconnaissance de l'article L. 422-1 du même code, n'était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Bordeaux — N° TA33-2604358
Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision de rupture de contrat de Mme B... prise par le maire de Léognan. Le juge a relevé que la requérante n'avait pas introduit de requête distincte en annulation, rendant ses conclusions à fin de suspension manifestement irrecevables. Par ailleurs, il a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, l'agent en période d'essai ne bénéficiant pas d'un droit à la poursuite de son contrat et son absence non justifiée à l'entretien préalable ne permettant pas de retenir un préjudice grave et immédiat.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2602937
Le Tribunal administratif de Montpellier, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du ministre de l’intérieur du 26 mars 2026 informant M. A... de la perte de validité de son permis de conduire. La requête a été jugée irrecevable car M. A... n’avait pas déposé de recours en annulation parallèle, condition prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative. À titre subsidiaire, le juge a estimé que le moyen tiré de ce que les infractions auraient été commises par son fils n’était pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision, la réalité des infractions étant établie par le paiement des amendes forfaitaires conformément à l’article L. 223-1 du code de la route.
01/06/2026