mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100180 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | AUDOUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 janvier 2021, 7 mars 2022 et 26 avril 2022, la société Foncière de France, représentée par Me Audouin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 novembre 2020 par laquelle le préfet du Gard a rejeté sa demande en date du 11 septembre 2020 tendant à la révision du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) sur la commune d'Alès et du PPRI sur la commune de Saint Hilaire de Brethmas ;
2°) d'enjoindre à l'Etat modifier le zonage du PPRI afin de classer en zone urbanisée de précaution les parcelles cadastrées BW225, BW226, BW488, BW350, CT93, CT95 sur la commune d'Alès et les parcelles cadastrées CD1, CD6, CD80 sur la commune de Saint Hilaire de Brethmas, et de procéder au classement de l'ouvrage au droit de ces parcelles comme parement bétonné ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- le classement en tant que digue de l'ouvrage situé au droit des parcelles dont elle est propriétaire est erroné et méconnaît le principe d'égalité ;
- le classement des parcelles en cause en zone NUfd est entaché d'erreur de droit, d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le principe d'égalité ;
- c'est à tort que l'administration n'a pas pris dument en compte l'ouvrage de protection situé au droit du secteur, eu égard à l'entretien de cet ouvrage, à l'effectivité de la protection qu'il assure, à sa solidité et aux très faibles probabilités de rupture, à l'absence de risque de disparition à brève échéance de cet ouvrage, et à la réalisation d'un mur de soutènement ;
- l'altimétrie des parcelles CT95 et CD6 telle que retenue par le préfet du Gard est erronée ;
- les parcelles en cause se situent désormais en zone urbanisée compte tenu de la construction de la zone commerciale Porte Sud et du classement en zone construction dans le nouveau plan local d'urbanisme de la commune d'Alès ;
- les parcelles en cause n'ont jamais été inondées, ne sont pas inondables par le réseau pluvial de la Pierre Plantée, par retour aval ou du fait de la présence de buses et doivent être classées en zone d'aléa résiduel.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er février 2022, 23 mars 2022, 12 mai 2022 et 26 juillet 2022, la préfète du Gard conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante sont inopérants ou infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Aymard,
-les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique,
-et les observations de Me Audouin représentant la société Foncière de France et celles de Mme A représentant le préfet du Gard.
Une note en délibéré, enregistrée le 12 janvier 2024, a été produite pour la société Foncière de France.
Considérant ce qui suit :
1. La société Foncière de France, propriétaire des parcelles cadastrées BW225, BW226, BW488, BW350, CT93, CT95 sur la commune d'Alès et les parcelles cadastrées CD1, CD6, CD80 sur la commune de Saint Hilaire de Brethmas, a demandé au préfet du Gard, par un courrier du 10 septembre 2020, de procéder à la révision des arrêtés du 9 novembre 2010 portant PPRI des communes d'Alès et de Saint Hilaire de Brethmas en tant qu'ils portent sur ces parcelles. Cette demande, tendant au classement de ces parcelles en zone urbanisée de précaution et au classement de l'ouvrage au droit de ces parcelles comme parement bétonné, a été rejetée par le préfet du Gard, par décision du 19 novembre 2020. La société Foncière de France demande au tribunal d'annuler cette décision du 19 novembre 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable au litige :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 561-1 et R. 562-3 du code de l'environnement que le classement de terrains par un plan de prévention des risques d'inondation en application du 1° du II de l'article L. 561-2 de ce code a pour objet de déterminer, en fonction de la nature et de l'intensité du risque auquel ces terrains sont exposés, les interdictions et prescriptions nécessaires à titre préventif, notamment pour ne pas aggraver le risque pour les vies humaines.
3. La nature et l'intensité du risque doivent être appréciés de manière concrète au regard notamment de la réalité et de l'effectivité des ouvrages de protection ainsi que des niveaux altimétriques des terrains en cause à la date à laquelle le plan est établi. Il n'en va différemment que dans les cas particuliers où il est établi qu'un ouvrage n'offre pas les garanties d'une protection effective ou est voué à disparaître à brève échéance.
4. Lorsque les terrains sont situés derrière un ouvrage de protection, il appartient à l'autorité compétente de prendre en compte non seulement la protection qu'un tel ouvrage est susceptible d'apporter, eu égard notamment à ses caractéristiques et aux garanties données quant à son entretien, mais aussi le risque spécifique que la présence même de l'ouvrage est susceptible de créer, en cas de sinistre d'une ampleur supérieure à celle pour laquelle il a été dimensionné ou en cas de rupture, dans la mesure où la survenance de tels accidents n'est pas dénuée de toute probabilité.
Sur la légalité de la décision attaquée :
5. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles en cause dont la société Foncière de France est propriétaire ont été classées, dans les arrêtés du 9 novembre 2010 portant PPRI des communes d'Alès et de Saint Hilaire de Brethmas, en " zone de dangers ", de couleur rouge sur le plan de zonage, correspondant à un aléa fort par rupture de digue, et ont été regardées comme relevant du secteur non urbanisé. Le régime applicable à ces parcelles est prévu par l'article 2.1.2.1 des PPRI.
6. En premier lieu, la demande de révision des PPRI des communes d'Alès et de Saint Hilaire de Brethmas présentée par la société Foncière de France au préfet du Gard constitue une demande de modification d'un acte réglementaire, et non pas une demande tendant à l'adoption d'une décision présentant le caractère d'une décision individuelle. Par suite, la décision attaquée, qui présente un caractère règlementaire, ne relève pas du champ d'application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme étant inopérant.
7. En deuxième lieu, si la société requérante soutient dans sa requête que le classement en tant que digue de l'ouvrage situé au droit des parcelles dont elle est propriétaire est erroné et méconnaît le principe d'égalité, elle ne conteste pas en réplique les éléments apportés en défense par la préfète du Gard relatifs à la définition de digue, aux caractéristiques de l'ouvrage au droit des parcelles appartenant à la société Foncière de France et aux hauteurs d'eau dans l'hypothèse de la crue de référence. La société requérante ne conteste pas davantage les différences de situation, que la préfète du Gard met avant s'agissant des hauteurs d'eau en cas d'aléa de référence, du positionnement et des caractéristiques des ouvrages au droit des parcelles ainsi que de l'altitude et de la pente des terrains en cause, entre les parcelles en cause et celles, en amont, sur lesquelles le centre commercial Cora est implanté .Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que le classement en tant que digue de l'ouvrage situé au droit des parcelles dont elle est propriétaire est erroné et qu'il méconnaît le principe d'égalité doivent être écartés.
8. En troisième lieu, il ressort de l'étude établie en avril 2022 par le cabinet EGIS, dont le contenu n'est pas contesté en réplique, que, dans l'hypothèse d'une crue avec un débit de 2800 m3 par seconde, l'aléa de référence ayant retenu le débit de 2200 m3 par seconde lors de la crue de 2002, la digue au droit des parcelles de la société Foncière de France subirait, avec une probabilité de défaillance de 1, une brèche par surverse d'une largeur de 50 centimètres et les parcelles en cause seraient alors inondées à une hauteur supérieure à 1 mètre. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à contester la prise en compte par le préfet du Gard du risque spécifique associé à l'ouvrage de protection en cas de sinistre d'une ampleur supérieure à celle pour laquelle il a été dimensionné ou en cas de rupture de cet ouvrage, dès lors que la survenance de tels accidents n'est pas dénuée de toute probabilité.
9. En quatrième lieu, eu égard au risque mentionné au point précédent et aux conséquences qu'il entraînerait sur les parcelles en cause, les circonstances dont se prévaut la société requérante, tirées de ce que les ouvrages au droit des parcelles apportent une protection effective, que ces ouvrages ne sont pas voués à disparaître à brève échéance et sont correctement entretenus et que les parcelles en cause ne présentent pas de caractère inondable, sont insuffisantes pour remettre en cause le classement retenu par le préfet du Gard. A cet égard, il y lieu de préciser que la société requérante ne conteste pas sérieusement la présence de risques d'inondation associés au retour aval et à l'absence de clapets anti-retour sur certaines buses traversant les ouvrages de protection, ni le caractère limité du niveau de protection du système d'endiguement au niveau du tronçon RG3 et l'état moyen, eu égard notamment aux déjointements et déstructurations du parement béton de ce tronçon, tels que constatés de manière circonstanciée par le cabinet EGIS dans les études produites à l'instance par la préfète du Gard.
10. En cinquième lieu, comme il a été dit précédemment, la société requérante ne conteste pas les différences de situation, que la préfète du Gard met avant s'agissant des hauteurs d'eau en cas d'aléa de référence, du positionnement et des caractéristiques des ouvrages au droit des parcelles ainsi que de l'altitude et de la pente des terrains en cause. entre les parcelles en cause et celles, en amont, sur lesquelles le centre commercial Cora est implanté. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en retenant pour les parcelles appartenant à la société Foncière de France un aléa fort alors que les terrains occupés par le centre commercial Cora relevaient d'un aléa résiduel, le préfet du Gard aurait méconnu le principe d'égalité.
11. En sixième lieu, la société requérante fait valoir que l'altimétrie des parcelles CT95 et CD6 telle que retenue par le préfet du Gard est erronée au motif que l'altimétrie, fondée sur la méthode Lidar que l'administration avait utilisée, diverge des cotes altimétriques validées par les services de l'Etat lors du constat effectué le 13 février 2007. Toutefois, la société requérante ne précise pas en quoi une telle erreur aurait conduit, pour les deux parcelles en cause, à un classement différent de celui arrêté par les PPRI des communes d'Alès et de Saint Hilaire de Brethmas. En tout état de cause, selon les éléments avancés par la préfète du Gard que la société requérante ne conteste pas, les terrains en cause seraient inondables par une hauteur d'eau supérieure à 0,50 mètres sur la base des cotes altimétriques validées par les services de l'Etat lors du constat effectué le 13 février 2007 et relèveraient ainsi des zones de danger telles que définies par les PPRI.
12. Il résulte de ce qui précède aux points 8 à 11 que la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision, en tant qu'elle retient pour les parcelles en cause un aléa fort, serait entachée d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.
13. En septième et dernier lieu, alors que la requérante fait valoir que le secteur en cause est urbanisé et que le classement en zone non urbanisée est erroné, il ressort des pièces du dossier que, sur une partie des parcelles appartenant à la société Foncière de France, a été implanté le centre commercial de la Porte Sud. Eu égard à la réalité de cette implantation à la date de la décision attaquée, qui n'est pas contestée, et aux différences de régime applicable selon le classement en zone urbanisée ou en secteur non urbanisé, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle refuse d'engager la révision du PPRI aux fins de classer les parcelles occupées par le centre commercial Porte Sud en secteur urbanisé, est entachée d'erreur, l'argument avancé en défense tiré de ce que les autorisations administratives préalables à l'ouverture de ce centre ont été prises entre la date du jugement n° 110016, 1100085, 1100086, 1101124, 1101443 du tribunal administratif de Nîmes et celle de la décision n° 386000, 386001 du Conseil d'Etat, étant inopérant, dès lors que la légalité de la décision attaquée en date du 19 novembre 2020 s'apprécie en fonction des circonstances de fait à la date de cette décision.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du préfet du Gard en date du 19 novembre 2020 doit être annulée en tant que la demande d'engager la révision du PPRI tendant au classement en zone urbanisée de précaution des parcelles occupées par le centre commercial Porte Sud a été rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Eu égard au motif d'annulation partielle retenu au point 13, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer, dans le cadre de la demande de révision des arrêtés du 9 novembre 2010 portant PPRI des communes d'Alès et de Saint Hilaire de Brethmas, la demande tendant au classement en zone urbanisée de précaution des parcelles occupées par le centre commercial Porte Sud, en tenant compte du caractère actuellement urbanisé de ces parcelles. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gard d'y procéder dans le délai de cinq mois.
16. Eu égard à ce qu'il a été dit au point 7, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Gard de procéder au classement de l'ouvrage au droit de ces parcelles comme parement bétonné doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Gard en date du 19 novembre 2020 est annulée en tant que la demande tendant au classement en secteur urbanisé des parcelles occupées par le centre commercial Porte Sud a été rejetée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de procéder, dans le délai de cinq mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen, dans le cadre de la demande de révision des arrêtés du 9 novembre 2010 portant PPRI des communes d'Alès et de Saint Hilaire de Brethmas, de la demande tendant au classement en zone urbanisée de précaution des parcelles occupées par le centre commercial Porte Sud, en tenant compte du caractère actuellement urbanisé de ces parcelles.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Foncière de France et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Gard.
Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Achour, première conseillère,
M. Aymard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
Le rapporteur,
F. AYMARD
La présidente,
C. CHAMOT
Le greffier,
B. GALLIOT
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026