mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2100940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mars 2021, Mme B E demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Caseneuve a refusé d'autoriser le transfert du permis de construire numéro 08403203A0008T01 ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Caseneuve de communiquer le dossier d'instruction qui a été utilisé pour prendre cette décision ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Caseneuve une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté en litige est illégal dès lors qu'il est fondé sur des procès-verbaux et un rapport de contrôle dressés par des contrôleurs non-assermentés et non-commissionnés ; le procès-verbal dressé le 27 janvier 2010 doit être déclaré nul puisqu'il ne fait pas mention d'une autorisation d'entrée sur la propriété ; le procès-verbal dressé le 29 janvier 2013 fait mention d'une autorisation d'entrée sur la propriété qui n'a pas été annexée au procès-verbal ;
- la caducité du permis de construire obtenu le 21 janvier 2004 n'est pas démontrée dès lors que les travaux ont évolué entre le 27 janvier 2010 et le 29 janvier 2013 ; elle ne saurait dès lors servir de fondement à la décision attaquée ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de M. C, représentant la commune de Caseneuve.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 21 janvier 2004, le maire de Caseneuve a délivré à Yves E un permis de construire numéro 08403203A0008T01 autorisant l'aménagement en habitation d'un bâtiment agricole et son extension ainsi que la construction d'une piscine sur un terrain situé à " Les Laurons " sur le territoire de la commune. Par une demande présentée le 24 décembre 2020, Mme B E a sollicité à son profit le transfert de ce permis. Après avoir constaté que les travaux autorisés n'avaient connu aucune évolution entre le 27 janvier 2010 et le 29 janvier 2013, le maire de Caseneuve a, par arrêté du 22 janvier 2021, refusé d'autoriser le transfert de ce permis au motif qu'il était devenu caduc. Mme E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'acquiescement aux faits :
2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 8 mars 2022, la commune de Caseneuve n'a produit aucun mémoire en défense. Ainsi, elle doit être regardée comme ayant acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de l'irrégularité des procès-verbaux :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 160-1 et L. 480-4, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. / Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. (.) ". Les procès-verbaux d'infraction dressés en application de ces dispositions ont le caractère d'un acte de procédure pénale dont la régularité ne peut être appréciée que par les juridictions judiciaires et il appartient seulement au juge administratif de s'assurer que le procès-verbal constate une infraction autorisant le maire à prescrire l'interruption des travaux.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année ". L'autorisation de transfert d'un permis de construire est subordonnée à la condition que le permis de construire soit toujours en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente se prononce sur ce transfert.
5. Lorsqu'elle est amenée à se prononcer sur l'éventuelle caducité d'un permis de construire, l'autorité en charge de la délivrance des autorisations d'urbanisme peut prendre en compte tout élément de fait porté à sa connaissance. Lorsque cette autorité s'appuie comme en l'espèce sur un procès-verbal de constat établi dans le cadre de la procédure prévue à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, la régularité de ce procès-verbal ne peut être utilement critiquée qu'au regard des faits qu'il constate et non des règles spéciales sanctionnant les infractions au code de l'urbanisme. Dès lors que le procès-verbal sur lequel le maire de Caseneuve s'est fondé pour retenir la caducité du permis de construire délivré le 21 janvier 2014 à M. E a pu être utilement contesté dans le cadre de la présente instance, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que ce procès-verbal n'aurait pas été dressé par le contrôleur mentionné à l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme ou de ce qu'il ne ferait pas état d'un accord de sa part autorisant ce contrôleur à pénétrer sur sa propriété.
S'agissant de la caducité du permis de construire obtenu le 21 janvier 2004 :
6. En application des dispositions sus rappelées de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, un permis de construire devient caduc lorsque les travaux ont été interrompus pendant une période supérieure à un an, postérieurement au délai de trois ans imparti pour les commencer. Enfin, l'autorisation de transfert d'un permis de construire est subordonnée à la condition que le permis de construire soit toujours en vigueur à la date à laquelle l'autorité compétente se prononce sur ce transfert.
7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des procès-verbaux établis le 27 janvier 2010 et le 29 janvier 2013 par M. A F, que les travaux autorisés par le permis délivré en 2004 ont été interrompus pendant plus d'un an entre les mois de janvier 2010 et janvier 2013. Si Mme E soutient que les photographies annexées au procès-verbal de 2013 font apparaître des travaux en cours tendant à la réalisation d'une extension du côté Nord et que la construction de auvents est terminée, elle n'apporte aucun commencement de preuve tendant à démontrer que ces travaux ont été réalisés en exécution du permis de construire initial n° 08403203A0008T01 délivré le 21 janvier 2004. Au contraire, il ressort du même procès-verbal que l'extension du côté Nord et les auvents sont des constructions réalisées sans autorisation, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par Mme E. Enfin Mme E ne démontre pas que les travaux qu'elle affirme avoir réalisés n'auraient pas sur cette période été interrompus pendant plus d'un an et n'établit pas davantage que le délai de péremption prévu à l'article R. 424-17 précité aurait été interrompu. Dès lors, le permis de construire devenu caduc ne pouvait faire l'objet d'un transfert de permis de construire et c'est à bon droit que le maire de Caseneuve a refusé, par l'arrêté attaqué du 22 janvier 2021, de le transférer à Mme E.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2021 par lequel le maire de Caseneuve a refusé d'autoriser le transfert du permis de construire initial. Il y a lieu en conséquence de rejeter ses conclusions en excès de pouvoir ainsi que celles tendant à se voir communiquer le dossier d'instruction de la demande.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Caseneuve qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais non compris dans les dépens exposés par Mme E.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et à la commune de Caseneuve.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Antolini, président,
Mme Ruiz, première conseillère,
M. Lagarde, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
Le président-rapporteur,
J. D La conseillère la plus ancienne,
I. RUIZ
La greffière,
A. OLSZEWSKI
La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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