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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2100955

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2100955

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2100955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLUCCIARDI BELLEMANIERE WATRIN GIRAUD VENZONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 25 mars 2021, le 19 avril 2022 et le 1er août 2022, Mme C A, représentée Me Giraud de la SCP Lucciardi-Bellemanière-Watrin-Giraud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la sanction disciplinaire d'avertissement prise à son encontre le 26 janvier 2021 par le maire de la commune de Morières-lès-Avignon ;

2°) de condamner la commune de Morières-lès-Avignon à lui verser la somme de 80 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de faits de harcèlement moral ;

3°) de condamner la commune de Morières-lès-Avignon à lui verser la somme de 24 000 euros au titre de la requalification de son engagement en contrat à durée indéterminée et de l'indemnité de licenciement à laquelle elle a droit ;

4°) de mettre à la charge de Morières-lès-Avignon la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est en raison des faits de harcèlement qu'elle a dénoncés qu'elle a fait l'objet d'une sanction disciplinaire ;

- elle a été victime de faits de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie de proximité ;

- ayant été recrutée par la commune de Morières-lès-Avignon entre le 19 décembre 2017 et le 28 février 2021 dans le cadre de trente-trois contrats de travail à durée déterminée, son dernier contrat n'a pas été renouvelé et son engagement doit dès lors être requalifié en contrat à durée indéterminée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2022, la commune de Morières-lès-Avignon, représentée par Me Lemoine de la SCP Lemoine-Clabeaut, conclut à l'irrecevabilité ainsi qu'au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires présentées par la requérante sont irrecevables en l'absence de demandes indemnitaires préalables de nature à lier le contentieux ;

- la requérante ne soulève aucun moyen à l'appui de ses conclusions d'annulation de la décision prononçant une sanction disciplinaire à son encontre ;

Par ordonnance du 13 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Chaussard,

-les conclusions de Mme Vosgien, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée du 19 décembre 2017 au 28 février 2017 par la commune de Morières-lès-Avignon en qualité d'adjointe administrative contractuelle pour exercer, dans le cadre de trente-trois contrats à durée déterminée successifs, les fonctions d'agents d'accueil jusqu'au 16 juillet 2018 puis d'agent au service du courrier jusqu'au 31 août 2020 et, enfin, de secrétariat au secrétariat des élus. Après avoir fait l'objet d'une décision de suspension à titre conservatoire le 22 décembre 2020, avec effet immédiat et jusqu'au 31 décembre 2020, l'intéressée a fait l'objet d'une sanction disciplinaire d'avertissement par une décision du maire de la commune du 26 janvier 2020. Par ailleurs, à échéance de son dernier contrat, conclut pour la période du 1er janvier 2021 ou 28 février 2021, le maire de la commune de Morières-lès-Avignon n'a pas procédé à son renouvellement. Mme A demande au tribunal l'annulation de la sanction disciplinaire d'avertissement du 26 janvier 2021. Elle demande en outre la condamnation de la commune de Morières-lès-Avignon à lui verser, d'une part, la somme de 80 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de faits de harcèlement moral et, d'autre part, la somme de 24 000 euros au titre de la requalification de son engagement en contrat à durée indéterminée et de l'indemnité de licenciement à laquelle elle a droit.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la sanction disciplinaire :

2. Mme A soutient que la sanction disciplinaire dont elle a fait l'objet a été prise en raison des faits de harcèlement moral dont elle a été la victime et qu'elle a dénoncés auprès de sa hiérarchie.

3. D'une part, les agents publics ne peuvent être sanctionnés lorsqu'ils sont amenés à dénoncer des faits de harcèlement moral dont ils sont victimes ou témoins. Toutefois, l'exercice du droit à dénonciation de ces faits doit être concilié avec le respect de leurs obligations déontologiques, notamment de l'obligation de réserve à laquelle ils sont tenus et qui leur impose de faire preuve de mesure dans leur expression. Lorsque le juge est saisi d'une contestation de la sanction infligée à agent public à raison de cette dénonciation, il lui appartient, pour apprécier l'existence d'un manquement à l'obligation de réserve et, le cas échéant, pour déterminer si la sanction est justifiée et proportionnée, de prendre en compte les agissements de l'administration dont l'agent public s'estime victime ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier a dénoncé les faits, au regard notamment de la teneur des propos tenus, de leurs destinataires et des démarches qu'il aurait préalablement accomplies pour alerter sur sa situation.

4. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable et aux termes duquel : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; () ". Aux termes de l'article 36 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale dans sa rédaction applicable : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal. ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

5. En l'espèce, pour caractériser les agissements de harcèlement moral dont elle estime avoir été la victime, Mme A soutient tout d'abord avoir subi, à de multiples reprises, des agressions verbales, des remarques vexatoires sur son travail et des pratiques de gestion discriminatoires de la part de sa responsable hiérarchique directe, Mme B, alors qu'elle exerçait des fonctions de secrétariat au sein du secrétariat des élus de la commune de Morières-lès-Avignon. Toutefois, il ne ressort pas des pièces produites par Mme A, notamment les échanges de courriels ainsi que les décisions relatives à l'organisation du service ainsi qu'au temps de travail de l'intéressée, que les propos ainsi que les agissements de sa hiérarchie aient excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, si Mme A soutient qu'elle a déposé plainte le 15 décembre 2020 pour harcèlement moral, il ressort des pièces du dossier que cette plainte a été classée sans suite par le procureur de la République d'Avignon le 5 janvier 2021 en raison de l'insuffisance des preuves pour établir l'existence de cette infraction. Enfin, l'annonce du non renouvellement de son contrat à échéance, par un courrier du maire de la commune du 17 décembre 2020, et la circonstance que l'intéressée a fait l'objet, le 22 décembre 2020, d'un arrêté de suspension à titre conservatoire suivi du déclanchement d'une procédure disciplinaire ayant conduit à la décision en litige, ne sont pas à eux seuls et au vu des pièces du dossier soumis à l'appréciation du juge, de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Par suite, en prononçant la sanction disciplinaire d'avertissement, dont il ressort des pièces du dossier que cette sanction fait suite à un courriel adressé le 21 décembre 2020 par Mme A au maire de la commune ainsi qu'à l'ensemble des membres de l'équipe de direction des services dans des termes qui méconnaissent l'obligation de réserve qui s'imposait alors à la requérante et en l'absence de faits de harcèlement perpétrés à l'encontre de la requérante, .le maire de la commune de Morières-lès-Avignon ne peut être regardé comme ayant pris une sanction disciplinaire en raison de la dénonciation de faits de harcèlement et le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction administrative ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

8. Mme A recherche la responsabilité de la commune de Morières-lès-Avignon en raison, d'une part, des faits de harcèlement moral dont elle indique avoir été la victime et, d'autre part, de l'absence de requalification de son contrat de travail à durée déterminée en contrat de travail à durée indéterminée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'elle aurait présenté une demande préalable d'indemnisation au maire de la commune de Morières-lès-Avignon avant de saisir le tribunal administratif, ayant donné lieu à une décision expresse ou implicite prise par l'administration. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le maire de la commune de Morières-lès-Avignon et tirée de l'absence de liaison du contentieux, doit être accueillie. Dès lors, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Morières-lès-Avignon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais d'instance . Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance exposés par la commune de Morières-lès-Avignon.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Morières-lès-Avignon la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Morières-lès-Avignon.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Boyer, présidente de la 2ème chambre,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

M. CHAUSSARD

La présidente de la 2ème chambre,

C. BOYER

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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